Mieux vaut prévenir


par Johanne Vaillancourt


 

Les perroquets sont passés maîtres dans l’art de la mascarade physiologique, c’est à dire, le camouflage d’une maladie ou son incubation.

Ils peuvent donc transmettre très facilement un virus ou une bactérie fatale sans toutefois sembler affectés par ces derniers.

On les appelle les porteurs résistants.

Lorsque vous adoptez un nouvel oiseau, je ne saurais trop insister sur l’importance des tests de dépistage (virus et bactéries) et de la période de quarantaine, pendant laquelle ni l’air, ni vos vêtements ou autres équipements ne doivent venir en contact avec un ou des oiseaux déjà présents dans votre maison. Durant la période de quarantaine, il est important de bien vous laver les mains et de changer vos vêtements et chaussures avant d’approcher ou de toucher un perroquet sain.

 

Même avec un examen vétérinaire consciencieux, il est possible qu’un ou plusieurs agents pathogènes ne soient évidents ou ne se déclarent qu’après la période de transition du perroquet dans sa nouvelle maison.

 

C’est pourquoi, plusieurs spécialistes sont d’accord pour affirmer qu’il est préférable d’attendre au moins 6 mois ou plus après l’arrivée du dernier perroquet avant de faire l’acquisition d’un autre oiseau. Le meilleur moment pour empêcher la propagation d’une maladie, c’est maintenant. Si la maladie est détectée et que l’oiseau est traité rapidement, il y aura évidemment moins de dommages à réparer.

Chez le perroquet, l’instinct grégaire combiné à sa condition de proie dicte à l'oiseau de camouflage de toute pathologie, il puisera dans toutes ses réserves d’énergie pour avoir une apparence normale, des attitudes et agissements normaux de façon à masquer tout signe de détresse allant même jusqu'à vocaliser pour camoufler son piètre état. Lorsqu'on s’aperçoit que quelque chose ne va pas avec son perroquet, il est souvent trop tard pour le pauvre animal. Le traitement peut s’avérer difficile et bien souvent inutile.

D’où l’importance de faire passer une batterie de tests à son perroquet pour le dépistage des virus ou bactéries dès l'acquisition. C’est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour la détection des maladies chez les perroquets. Le vétérinaire ne fera pas qu’un examen physique visuel, ce genre d’examen ne lui donne pas les outils nécessaires pour affirmer si l’oiseau est en santé ou non. le vétérinaire regardera sous la surface par des tests laboratoire et pourra de cette façon dépister rapidement les ennemis.

 

Le TNO (test du nouvel oiseau) pourrait devenir le moment le plus important de la vie de votre perroquet si celui-ci la lui sauve!

 

Si votre oiseau n'est pas encore passé entre les mains d'un vétérinaire, aujourd'hui n'est pas trop tard et ce, peu importe l'espèce de l'oiseau. J'inclus dans le terme oiseau tous ceux qui ne font pas partie de la famille des psittacidés, tels les pinsons, les canaris, tourterelles, etc.  Tous peuvent être porteurs de maladies. vous ne seriez pas très fier de vous, si vous appreniez que votre magnifique ara a été contaminé d'un virus mortel par votre dernier petit pinson.

Le problème avec les perroquets est que les signes d’affection ou de maladie sont très subtils et nous prennent souvent par surprise. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de signes du tout, mais bien que ces symptômes ne sont pas toujours évidents à reconnaître. Ces signes sont d’autant plus difficiles à percevoir chez un nouvel oiseau dont on ne sait pas reconnaître, ce qui chez lui est un comportement normal, puisque c’est l’oiseau lui-même qu’on ne connaît pas!

Il est important de bien observer son perroquet afin de bien identifier ses comportements normaux, son langage corporel et ses habitudes. Vous serez alors plus habilités à constater et à réagir s’il se produit un changement. Vous ne saurez probablement pas quelle est la nature du problème, mais vous pourrez tout au moins donner de bonnes indications à votre vétérinaire qui, lui, pourra trouver et prendre en charge le problème.

 

Signes pour reconnaître un perroquet malade

 

  • L’appétit: un changement dans l’appétit du perroquet (mange moins ou au contraire, mange de façon excessive). Idem en ce qui concerne l’eau, si l'oiseau vous semble boire de façon excessive. Le métabolisme rapide d’un perroquet peut devenir son pire ennemi s’il mange moins ou plus du tout. Les oiseaux ne peuvent être privés de nourriture, même pour une courte période de temps, sans en ressentir de désastreux effets. Si vous constatez un changement dans l’appétit de votre perroquet, c’est probablement qu’il se passe quelque chose d’anormal.


  • Fientes: tout changement du volume total, de fientes, de texture, de couleur qui n’est pas dû à l’alimentation est un sérieux signe d'alarme (si votre oiseau a mangé des betteraves ou de la moulée colorée, ne paniquez pas, c'est tout à fait normal).  Dans certains cas, on peut voir du sang dans les fientes.


  • Activité: diminution de l’activité ou du volume de bruit (parler/hurler). Le perroquet dort beaucoup, joue moins ou plus du tout et ne parle plus. L'oiseau semble moins tolérant à l’effort et se fatigue rapidement.


  • Apparence: plumes gonflées (même s’il fait confortable dans la pièce), ébouriffées, ailes basses ou pendantes, yeux mi-clos, perché sur ses 2 pattes sur sa branche ou au fond de la cage sont tous des signes de problèmes très sérieux.


  • Respiration: rapide, bruyante (ne pas confondre avec les respirations "asthmatiques" du pionus lorsqu’il est excité), changement de la voix, l’oiseau semble essoufflé, la queue "pompe" de bas en haut, ce mouvement de la queue est associé à l’effort pour respirer (parfois difficile à remarquer chez les espèces à queue courte).


  • Régurgitation / vomissements: les vomissements sont toujours inquiétants (ne pas confondre avec une régurgitation affective).  Normalement un perroquet régurgite en faisant des mouvements de va-et-vient avec sa tête (bobbing), et c’est probablement un signe d'attachement ou une parade sexuelle. Le perroquet  vomit en bougeant la tête de gauche à droite alors qu’un liquide visqueux et collant s’échappe de façon horizontale de son bec, cet oiseau est en détresse et a besoin d’aide.


  • Équilibre: le perroquet ne semble plus avoir d’équilibre et a de la difficulté à se percher ou à marcher.


  • Personnalité: changement dans la personnalité et les attitudes du perroquet. Un oiseau amical et relationnel qui soudainement devient agressif sans raison apparente ou un perroquet généralement hostile qui devient colleux et recherche le contact physique ou se laisse caresser.


  • Éternuements, toux et écoulement nasal.


  • Plumes souillées au dessus et autour des narines ainsi que sur la tête du perroquet.


  • Plumes souillées autour du cloaque.


  • Diarrhée, polyurie.


  • Perte de poids anormale.


  • Masses ou bosses anormales sur le corps.


  • Saignements.


Chaque nouvel oiseau devrait passer un examen médical complet, surtout s’il y a d’autres perroquets à la maison. Il y a maintenant trop de polyoma, reovirus et de maladie du bec et des plumes pour ignorer ce simple mais très sérieux avertissement!

 

Contamination

Plusieurs virus et bactéries se propagent en étant propulsés du corps de l’oiseau infecté uniquement par vaporisation (éternuements, ou simplement lorsque l'oiseau expire). Ces virus et bactéries sont ensuite inhalés ou ingurgités dans de la nourriture infectée, par d’autres perroquets sains.

Les maladies peuvent aussi se diffuser si un oiseau sain marche sur un perchoir ou mange de la nourriture infectée par les fientes d’un oiseau infecté ou malade.

 

L’inhalation et l’ingestion sont les routes les plus communes de l’infection.

N’oubliez pas que vous pouvez aussi être les vecteurs de ces maladies. Le simple fait de marcher dans un endroit où il y a d’autres oiseaux (animalerie, oisellerie, etc.) peut faire en sorte que vous rapportiez à la maison un quelconque agent pathogène. Ce dernier peut loger sur vos vêtements, chaussures ou sac à main. C’est encore plus dangereux si vous avez manipulé ou caressé un perroquet dans un de ces endroits. Comme je l’ai expliqué un peu plus avant, les perroquets dissimulent leurs maladies ou peuvent en être porteurs asymptomatiques. Donc, la qualité de l’éleveur ou de l’animalerie n’est pas mise en cause ici. Même l’élevage ou l’animalerie le plus propre et le mieux entretenu peut sans le savoir héberger un animal contaminé parmi ses pensionnaires.

 

Évitez les endroits propices à la contagion tels que :

  • Animalerie
  • Oisellerie
  • Élevage
  • Exposition d’oiseaux
  • Zoo
  • Personne ou ami qui possède un oiseau non testé
  • Garderie qui ne vous pose aucune question sur la santé de votre perroquet et qui ne demande pas de certificat de santé

 

Les bons éleveurs, animaleries, oiselleries refuseront catégoriquement l’entrée à un perroquet inconnu par crainte de la contamination et de la propagation des maladies. Souvent, un éleveur responsable n'autorisera quiconque (ni humain, ni perroquet) à visiter son élevage; non pas qu'il ait  nécessairement des choses à cacher, mais par mesure préventive d'hygiène. Imaginez la catastrophe si un virus réussissait à s'infiltrer dans son élevage.

Lors de formations ou d'activités requérrant la présence de vos perroquets, demandez toujours si des mesures de sécurité adéquates ont été prises pour minimiser les risques de contagion (qui demeurent néanmoins possibles) entre les perroquets participants.

En ce qui concerne les expositions d’oiseaux, je vous laisse seul juge. Ce genre d'événement est excessivement anxiogène pour les perroquets et ces derniers peuvent dégager plus d'agents contaminants s'ils sont porteurs de maladie. De plus, toujours à cause du stress, les perroquets sont naturellement plus fragiles et plus facilement exposés aux contaminations de toutes sortes.

L’inverse est aussi vrai. Si vous vivez avec un perroquet malade ou porteur résistant, faites attention de ne pas propager la maladie en vous baladant dans ces endroits ou en caressant d’autres oiseaux. Soyez responsables.

 

Prévention

Il y a malheureusement de nos jours, plusieurs maladies très sérieuses ou carrément incurables et fatales qui peuvent affecter nos perroquets:

  • Chlamydophilose (peut être transmise à l’humain)
  • La maladie du bec et des plumes (PBFD)
  • Polyoma
  • La maladie de Pachéco
  • Le syndrome de la dilatation proventriculaire (PDD)

Ce n’en sont que quelques unes. Il y a maintenant des vaccins disponibles pour prévenir certaines de ces maladies. Informez-vous auprès de votre vétérinaire.

 

Le gros bon sens

Il est important ici de se rappeler que les animaleries ne sont pas des cliniques vétérinaires;  que l'éleveur ou le commis d’animaleries ne sont pas des docteurs en médecine vétérinaire. Ils n’ont ni les études ni les qualifications pour traiter un oiseau malade de façon adéquate et surtout sécuritaire. De plus, si vous traitez votre perroquet avec des médicaments ou produits miracles vendus en animalerie ou provenant de toute source (autre que votre vétérinaire), ces médicaments risquent d'être inefficaces et vous finirez quand même votre parcours en clinique chez un médecin vétérinaire. Par contre, avec lesquels vous aurez traité votre oiseau risquent  d'altérer ou carrément fausser les examens ou tests que le vétérinaire fera  subir à votre perroquet. Ces fausses lectures n'auront comme résultat que de retarder le traitement approprié à la condition de votre perroquet. Il faut aussi compter avec le risque de passer complètement à côté du problème, ce qui entraînerait de graves (voire fatales) conséquences pour votre perroquet.

 

Le bon vétérinaire

Avant d’emmener votre perroquet chez un vétérinaire, assurez-vous que ce dernier ne pratique pas qu’occasionnellement la médecine aviaire. Ne prenez pas pour acquis que le vétérinaire recommandé par une connaissance ou l’animalerie locale est qualifié pour prendre en charge la santé et la vie de votre perroquet. Soigner un chien ou un chat est très différent que de soigner un perroquet.

Dans le cas des oiseaux exotiques, les spécialistes sont peu nombreux. Les bonnes sources de référence pour trouver LE vétérinaire qui convient à votre perroquet sont les clubs d’amateurs d’oiseaux, le vétérinaire de votre chien ou votre chat en qui vous avez pleine confiance et qui vous recommandera un collègue qualifié ou tout simplement en allant visiter le site de l’AAV (association of avian veterinarians) au http://www.aav.org/

Ils ont sur leur site la liste des vétérinaires membres; ce sont des spécialistes qui se mettent à jour régulièrement et qui sont au courant des nouveautés médicales dans le monde aviaire.

 

Voici, selon Liz Wilson, behavioriste aviaire reconnue et toujours très pertinente:

Comment reconnaître si vous faites affaire
avec un "réel" vétérinaire aviaire...

 

1. Lorsque vous appelez pour un rendez-vous avec un oiseau malade et que la réceptionniste vous répond qu’il fait trop froid pour sortir un oiseau dehors. ???

2. Lorsque vous vous présentez à la clinique avec votre oiseau et que personne ne sait de quelle espèce d’oiseau il s'agit ( à part bien sûr dans le cas d’une espèce très rare).

3. Tous les employés de la clinique sont effrayés par votre bébé ara de 2 mois!

4. Le vétérinaire ne sort pas l’oiseau de sa cage pour faire un examen complet.

5. Le vétérinaire ne prend pas la peine de peser votre oiseau.

6. Le vétérinaire ou les techniciens(nes) ne prennent pas le temps, lors de votre toute première visite, de vous expliquer la diète appropriée pour votre oiseau.

7. Les rendez-vous sont pris aux 15 minutes.

8. Le vétérinaire ne croit pas qu’un examen annuel est nécessaire. (L’AAV recommande pourtant une visite annuelle, surtout dans les cas de très jeunes ou vieux oiseaux).

9. Le vétérinaire considère que la taille du bec est une affaire de routine comme la taille des plumes et des griffes.

10. Dans le cas de l’examen d’un nouvel oiseau, le vétérinaire fait un examen physique de surface et affirme que l’oiseau est en parfaite santé sans recommander ou faire de tests diagnostiques.

 

La santé de votre perroquet dépend de vous. Il a besoin de votre vigilance et de votre sens des responsabilités. Vous êtes en effet responsables de sa bonne forme physique. Un oiseau bien nourri, en santé avec une bonne hygiène physique et de vie courra moins de chances de développer des problèmes de comportement et de stress.

Les maladies virales et bactériennes ne sont ni un mythe ni une légende. Elles sont malheureusement bien réelles et excessivement contagieuses.

La pensée magique elle, ne fonctionne qu’avec les mythes et les légendes, pas avec les vraies maladies.






© Johanne Vaillancourt 2003



Photos
Bib, psittacus erithacus timneh, CAJV
Maestro, cacatua alba, Jeanne Bessette
Béb, aratinga finschi, CAJV
Edgar, poicephalus gulielmi, Jeanne Bessette
Peanut, psittacus erithacus erithacus, CAJV
Cacatua goffini, Annie Bevilacqua
Etienne, amazona aestiva, CAJV