Le picage


Manon Tremblay DMV


 

Le picage est sans aucun doute l’un des problèmes les plus complexes à régler chez les perroquets. Il y a plusieurs années, dès qu’un perroquet s’arrachait les plumes ou s’automutilait, plusieurs croyaient d’emblée qu’il était atteint de troubles psychologiques. On essayait donc de lui donner plus de jouets et d’attention, souvent sans résultat. Ce diagnostic facile privait donc les oiseaux de voir le vétérinaire et d’obtenir des traitements médicaux afin de régler leur problème.

Qu’on se le dise une fois pour toutes, ce ne sont pas toujours des "bibittes" dans la tête qui poussent un perroquet à abîmer son plumage.

La liste des causes possibles de picage est très longue! Alors, si vous consultez votre vétérinaire parce que votre oiseau a commencé à s’arracher les plumes, sachez qu’il est possible qu’il doive passer des tests et essayer quelques traitements avant que sa condition s’améliore. Chaque vétérinaire a son propre protocole de diagnostic afin d’établir ce qui pousse votre perroquet à s’arracher les plumes. L’apparence de la peau, la façon dont la plume est mutilée (arrachée vs coupée à sa base), la présence ou non de repousse et la région déplumée (tout le corps vs une zone bien délimitée) oriente déjà le vétérinaire sur les causes les plus probables du problème. Reste ensuite à faire les tests nécessaires pour confirmer le diagnostic.

 

Passons donc en revue quelques possibles causes de mauvais plumage ou de picage chez les oiseaux

 

Les parasites externes

Les mites et les poux occasionnent de la démangeaison et de l’inconfort. Certaines sont microscopiques (exemple : Knemidocoptes responsable entre autres de la galle de bec des perruches) et d’autres sont visibles à l’œil nu sous forme de minuscules points rouges ou noirs. Très souvent, le parasite n’est pas observé directement sur l’oiseau. On remarque soit les séquelles de sa présence (hyperkératose du bec et/ou des pattes occasionnée par le knémidocoptes) ou on les retrouve dans la cage (poux rouges). Quoi qu’il en soit, on ne pourra jamais dire hors de tout doute qu’un perroquet n’a pas de parasites. Ce petit problème arrive dans les meilleures familles! Alors, il est sage de traiter en prévention avec de l’ivermectin, tout perroquet qui présente un problème de picage. Vous seriez surpris de voir combien d’oiseaux répondent à ce simple traitement.

Parasites intestinaux

La présence du protozoaire Giardia dans l’intestin provoque des démangeaisons cutanées sous les ailes et sur les pattes. De façon caractéristique, les perroquets enlèvent toutes les plumes à ces endroits et ne touchent pas aux autres. Cependant, quand le parasite n’est pas traité, la condition dégénère souvent et il n’est pas rare de voir l’oiseau étendre son picage à tout le corps. Le parasite Giardia est difficile à observer au microscope. Alors, si votre perroquet présente ce type de picage, votre vétérinaire vous proposera probablement un traitement pour le Giardia même s’il ne l’a pas vu lors de l’analyse des selles.
N.B. Les perruches calopsittes sont particulièrement touchées par ce problème.

Dermatites bactériennes et ou fongiques

Quelle que soit la cause des démangeaisons de votre perroquet, il arrive souvent qu’à force de se gratter, sa peau s’infecte secondairement. Une peau infectée devient normalement plus épaisse et prend une teinte jaunâtre. Il n’est pas non plus impossible qu’une infection primaire soit responsable du déclenchement du comportement de picage. Un traitement avec des antibiotiques et/ou antifongiques est souvent instauré chez les perroquets qui s’arrachent les plumes.

Toxines

Certaines toxines, dont la fumée de cigarette et la nicotine provoquent chez le perroquet une réaction cutanée ressemblant à une allergie de contact. Il n’est pas rare de voir les oiseaux vivant en présence de fumeurs se gratter anormalement. De plus, les résidus de nicotine présents sur les doigts des fumeurs sont facilement transférés sur les pieds des oiseaux qui s’y perchent. Certains individus plus sensibles réagissent fortement à la nicotine et s’automutilent les pieds au sang. Chez l’ara, une dermatite de la peau sensible de ses joues peut être secondaire à l’exposition à la nicotine. Le seul traitement efficace consiste à garder l’oiseau dans un environnement sans fumée ni résidus de nicotine. Du picage est aussi parfois observé chez les perroquets intoxiqués par le zinc.

Les virus

Le polyoma virus et le virus du bec et des plumes (PBFD) sont bien connus et affectent le plumage des oiseaux. Des tests de dépistage fiables existent. Lorsque le plumage est abîmé sur tout le corps, incluant les plumes de queue, de vol et celles que le perroquet ne peut pas rejoindre sur la tête, il faut rapidement faire le test. Cependant, ce ne sont pas tous les perroquets qui développent les lésions aux plumes caractéristiques. Chez l’inséparable, le virus provoque plutôt des démangeaisons autour de la queue et du cou et le pousse parfois à s’automutiler. Il est donc sage de faire le dépistage de ces virus chez tout perroquet souffrant de picage. Ces virus sont incurables, mais un oiseau affecté peut quand même avoir une belle vie, en autant qu’il soit strictement isolé de tout autre oiseau. Des oiseaux porteurs sains existent. Faites tester tout nouvel oiseau avant de le mettre en contact avec les vôtres.

Problème hormonal

L’hypothyroïdie était plus souvent diagnostiquée lorsque les oiseaux n’avaient pas accès à une alimentation équilibrée. Le cas classique était celui de la perruche obèse qui s’arrachait les plumes autour du cou. Le mauvais fonctionnement de la thyroïde était causé par un manque d’iode dans l’alimentation et l’ajout d’un supplément d’iode réglait facilement le problème. Cependant, la thyroïde peut parfois fonctionner au ralenti pour d’autres raisons difficiles à déterminer. Le perroquet qui a un retard marqué dans sa mue, qui a le plumage clairsemé et dont les nouvelles plumes sont anormales (plumes sans barbules, retenues dans leurs enveloppes de kératine) souffre peut-être d’hypothyroïdie. Le diagnostic n’est cependant pas toujours facile à établir.

Malnutrition

Les perroquets nourris principalement aux graines (manque de vitamine A) et jamais exposés aux rayons du soleil ont plus de risque d’avoir une mauvaise qualité de plumage.

Douleur ou inconfort localisé

Certains perroquets arrachent leurs plumes à l’endroit précis où un organe interne est malade ou douloureux: exemples: amazone qui arrache ses plumes sur son abdomen juste où se situe le foie (ses enzymes hépatiques se sont avérées très élevées à la prise de sang), pionus qui fait du picage au niveau du cou (il avait une infection bactérienne de son jabot), ara qui a enlevé toutes ses plumes sur sa hanche droite (une radiographie a permis de constater des lésions d’arthrite).

Maladies hépatiques

On remarque à l’occasion chez les perroquets au foie malade, qu’ils sont incommodés par des démangeaisons anormales.

Chalmydophilose

Certains perroquets porteurs de la bactérie Chlamydophila psittaci font du picage.

 

Maladie inflammatoire cutanée généralisée

Certains oiseaux sont incommodés par de l’inconfort et des démangeaisons cutanées parce que leur peau est infiltrée par des cellules inflammatoires. L’inflammation est soit le résultat d’une hypersensibilité cutanée secondaire à une allergie (allergène dans l’environnement ou alimentaire) ou la manifestation cutanée d’une maladie inflammatoire généralisée (PDD - maladie de la dilatation du proventricule). Alors, si toutes les causes possibles de picage ont été éliminées chez votre perroquet sans donner de résultat, il serait sage qu’il subisse une biopsie cutanée pairée. Un petit morceau de peau incluant une plume en croissance est prélevé à un endroit où l’oiseau se pique et un autre morceau est pris sur la tête ou derrière le cou (endroit inaccessible pour le bec). L’analyse microscopique des pièces par un pathologiste permet de voir s’il y a présence d’inflammation cutanée généralisée (les deux morceaux présentent de l’inflammation).

Si c’est le cas, il faut vérifier si le perroquet a des symptômes de PDD. S’il n’y a aucune évidence de cette maladie, il est fort probable que votre perroquet souffre d’allergie. Malheureusement, les tests d’allergies dermiques utilisés chez les humains et les mammifères ont été essayés chez les oiseaux sans grand succès. Il est donc presque impossible de déterminer avec certitude à quel allergène un oiseau réagit. Les allergies chez les oiseaux peuvent être saisonnières ou durer toute l’année. Elles ne se guérissent pas, mais certaines mesures visent à les contrôler. Alors, si votre perroquet s’est avéré positif à la biopsie cutanée pairée et qu’il présente des symptômes associés à une maladie inflammatoire cutanée généralisée (démangeaisons, picage, destruction du plumage, peau sèche, beaucoup de pellicules, parfois rougeurs cutanées, mutilation de la peau), ces mesures vous aideront à le rendre plus confortable

  • Administrer des antihistaminiques tel que prescrit par votre vétérinaire.
  • Éliminer les allergènes si possible.
  • Donner une moulée hypoallergénique faite à base de riz et de graines de lin (Kaytee Product, HA Prescription diet) si possible.
  • Donner un supplément d’omega3 et omega6 tel que prescrit par votre vétérinaire.
  • Bains d’eau fraîche (éviter tout autre produit sur le plumage) et faire sécher l’oiseau au soleil.


Psychologique

Après tout ce que nous venons de voir, cette catégorie existe bel et bien! Un perroquet peut s’arracher les plumes par frustration, angoisse, stress, manque de sommeil, ennui, etc. Cependant, avant de sauter à la conclusion que votre oiseau est perturbé, assurez-vous qu’aucune cause médicale ne puisse expliquer la cause de son picage.

Des consultations en comportement du perroquet avec un ou une professionnel/le qualifié/e permettent de régler la majorité des problèmes. Des médicaments antipsychotiques (halopéridol) sont aussi parfois utilisés.

Idiopathique

Cette dernière catégorie est la plus frustrante de toutes. Elle signifie que malgré tous les tests effectués et tous les traitements essayés, la cause du picage de Coco demeure un mystère. Il arrive donc parfois qu’il soit impossible de contrôler parfaitement un perroquet qui fait du picage.

 

 

 

© Manon Tremblay 2007

 

Photos
Cacatua alba, Marie-Josée Ouellet
Paulie, psittacus erithacus erithacus, Isabelle Lavoie
Psittacus erithacus erithacus, CAJV
Kiwette, ara auricollis, CAJV
Arthur, forpus coelestis, Sylvie Arsenault
Myiopsitta monachus, Marie-Josée Ouellet