Le persil, les perroquets et la photosensibilisation


par Manon Tremblay DMV


 

Toto le pionus vit depuis quelques années dans une demeure où il est roi et maître. Étant le seul animal de la maison, il reçoit toute l’attention et il ne s’en plaint pas. Être animal unique semble lui convenir parfaitement. Il ne lui est même pas nécessaire de partager l’amour de ses humains préférés avec des petits enfants, ils sont tous grands maintenant. Voilà pourquoi Anaïs sa maîtresse fut un peu inquiète de sa possible réaction lorsqu’elle ramena une petite boule de poils à la maison. Comment Toto allait réagir à la présence d’un nouveau lapin? Contre toute attente, les présentations furent des plus réussies. Toto, un peu craintif au début, devint rapidement très curieux envers ce nouvel arrivant. Rapidement, Anaïs put les laisser ensemble, sans qu’il n’y ait de danger. Bien qu’inattendue et inhabituelle, une belle amitié s’établit entre les deux. Toto aime bien regarder la télévision sur les genoux d’Anaïs blotti bien au chaud contre son ami à poils. Il s’amuse aussi à courir avec lui par terre et à explorer la maison du point de vue du lapin. Qui aurait cru à une telle complicité?

Ce matin, Anaïs a retrouvé les deux amis en train de festoyer dans le plant de persil qu’elle avait fait pousser pour le lapin. Ils en avaient mangé tous les deux et semblaient très ravis de cette expérience culinaire peu banale. Très inquiète, Anaïs prit Toto et vérifia sa condition. Elle avait déjà lu qu’un oiseau ne devait pas manger de persil. Toto allait bien, mais pour combien de temps? Elle l’amena chez le vétérinaire afin qu’il reçoive les premiers soins nécessaires. L’examen physique de Toto ne révèle rien d’anormal. L’oiseau se porte bien et aucun signe d’intoxication n’est présent. Le persil ne lui a causé aucun préjudice.

La liste des plantes toxiques pour les oiseaux varie souvent d’un ouvrage à l’autre. Il est souvent difficile de trouver un consensus entre les différents auteurs. La plupart de ces listes sont extrapolées de celles élaborées pour les mammifères ou des humains et ne sont pas nécessairement représentatives de la réalité des oiseaux. Par exemple, les humains mangent de l’avocat sans problème tandis que la consommation de ce fruit par les oiseaux peut avoir une issue fatale. En ce qui concerne le persil (Petroselium sp), des expériences en laboratoire ont démontré que son ingestion en grande quantité par des autruches et des canards provoque une photosensibilisation de la peau et des lésions cutanées apparaissent lorsque les oiseaux sont exposés à la lumière directe du soleil. Cette sensibilité anormale de la peau est transitoire et se manifeste seulement lorsque l’oiseau est exposé aux rayons ultra-violets de la lumière du soleil.

Comme la plupart des oiseaux de compagnie sont gardés à l’intérieur, ils ne sont donc pas susceptibles d’être incommodés par des problèmes cutanés même si le persil avait le même effet sur eux. Il ne faut donc pas nécessairement classer le persil parmi les plantes dangereuses pour les perroquets. Malgré ce fait, certaines personnes préfèrent s’abstenir d’en donner à leurs oiseaux. D’autres, par contre, en offrent régulièrement à leurs compagnons à plumes et n’ont jamais remarqué le moindre problème. Théoriquement, il serait possible de croire qu’un perroquet qui ingérerait du persil en très grande quantité pourrait peut-être lui aussi être incommodé par des problèmes cutanés s’il était exposé aux rayons du soleil. Cependant, cette situation demeure peu probable.

 

 

 

© Manon Tremblay 2007

 

Photo
Pionus senilis, Jacqueline Houle