Morsures de chats


par Manon Tremblay DMV


 

Un coup de patte ultra rapide et précis, c’est tout ce que Minet devait faire pour déstabiliser Ben le perroquet youyou du Sénégal. Le voilà par terre, prisonnier de ses plumes d’ailes taillées. Il est tout à la merci de ce matou qui attend patiemment depuis des mois ce moment de pur plaisir. Louise est sous la douche, il aura donc tout son temps pour s’amuser et peut-être se délecter de ce petit poulet terrorisé. Tout à coup, le téléphone sonne. Par un curieux hasard, Louise décide de terminer hâtivement sa douche et de répondre. En arrivant dans le salon, elle découvre la scène du crime… Elle attrape Ben en vitesse, Minet se sauve à vive allure et le téléphone cesse de sonner. Ben semble correct, mais peut-on en être vraiment certain?

Des histoires de prédation d’oiseaux de compagnie par le chat ou le chien de la maison, il en existe des centaines. Elles ont toutes une chose en commun: les mauvaises bactéries de la gueule et des griffes sont terriblement dangereuses pour l’oiseau.

Même si aucune blessure n’est visible de l’extérieur, une intervention vétérinaire est absolument nécessaire. Parfois, les griffes acérées de minet n’ont fait que transpercer la peau du perroquet, ne laissant qu’un minuscule trou invisible à l’œil nu. Malgré tout, le mal est fait. Des bactéries viennent d’être déposées dans le pauvre oiseau.

Ces bactéries, si elles ne sont pas traitées à temps, ne prendront que 24 à 48 heures pour se multiplier et causeront éventuellement une infection fatale.

Tout oiseau ayant eu un contact douteux avec un chien ou un chat doit être traité rapidement aux antibiotiques, et pas n’importe lesquels. Il est hasardeux de vouloir traiter soi-même son perroquet avec un restant de Baytril prescrit quelque temps auparavant pour un autre problème.

Dans certains cas, le Baytril à lui seul ne sera pas efficace contre tous les microorganismes pouvant être impliqués dans les morsures de chats et chiens.

Des études menées chez les humains ont démontré que plusieurs bactéries peuvent être transmises lors d’une morsure. Elles ont toutes de jolis noms:

  • Pasteurella
  • Streptococcus
  • Staphylococcus
  • Neisseria
  • Corynebacterium
  • Moraxella
  • Enterococcus
  • Fusobacterium
  • Bacteroides
  • Porphyromonas
  • Prevotella
  • Propionibacterium
  • Peptostreptococcus
     

...mais ne sont certainement pas gentilles !

De ces microorganismes, trois bactéries sont plus fréquemment isolées des plaies de morsures infectées: Staphylococcus aureus, Pasteurella multocida et des coccies anaérobies. C’est la bactérie Pasteurella multocida qui semble être plus à craindre! En présence d’une souche virulente, une septicémie (infection généralisée se propageant par le sang) se produit et la mort survient rapidement. Les souches moins virulentes ont le temps de coloniser les poumons, le foie, les reins, la rate et le cœur.

Les toxines produites par la bactérie endommagent les vaisseaux sanguins, ce qui provoque des hémorragies qui endommagent définitivement ces organes. Il est prouvé que le taux d’infection est beaucoup plus élevé lors d’une morsure de chat (jusqu’à 80% des cas) comparé aux morsures de chiens (jusqu’à 18% des cas). Bien que la plupart des souches de Pasteurella multocida soient sensibles au Baytril, ce médicament seul ne peut contrôler tous les microorganismes normalement identifiés dans la gueule des chiens et des chats.

C’est pour cette raison que l’administration d’un seul antibiotique pour traiter ce type d’infection se solde quand même parfois par le décès de l’oiseau. Quelques combinaisons de médicaments sont bien connues pour contrôler la majorité des pathogènes impliqués dans les morsures: Baytril (Enrofloxacin) + Antirobe (Clindamycine), Pénicilline G + Cefadrops (Cephalexin), Antirobe (Clindamycine) + Trimetroprim sulfa. Une prise en charge rapide de tout oiseau ayant été exposé à un chien ou à un chat par votre vétérinaire est donc vitale. Certains de ces antibiotiques ne se donnent que par injections.

Il ne faut pas non plus oublier qu’un perroquet peut ingérer des mauvaises bactéries en se toilettant si ses plumes sont venues en contact avec la salive d’un chien ou d’un chat. Un contact étroit (même sans attaque) entre ces prédateurs et un oiseau est suffisant pour décider, dans certaines situations, d’instaurer une antibiothérapie.

En cas de blessure, nettoyez bien la plaie avec de la chlorexidine (Hibitane) et rendez vous rapidement chez votre vétérinaire. L’oiseau attaqué peut aussi souffrir de fracture, rupture de sac aérien, hémorragie interne secondaire et dommages causés aux organes internes. La victime est souvent en grande douleur, même si rien n’y paraît. Elle a souvent de la difficulté à respirer et est déjà déshydratée et en hypothermie lorsqu’elle est présentée au vétérinaire. L’administration d’antibiotiques seuls n’est donc pas suffisante. Le protocole de traitement de ces oiseaux inclut des fluides, un médicament pour contrôler la douleur, la chaleur (incubateur) et l’oxygène si nécessaire. Il est aussi parfois nécessaire de suturer une plaie ou de réparer une fracture.

 

 

© Manon Tremblay DMV 2005

 

Photos
Charlie, amazona ochrocephala oratrix, Denise Bourdeau
Nandayus nenday, Johanne Benoit
Paco, myiopsitta monachus, Stéphanie Duval
Psittacus erithacus erithacus, Norbert Cru