L'ivermectin et le perroquet


par Manon Tremblay DMV


 

Lettre à mon vétérinaire

Mon perroquet se gratte beaucoup! A-t-il des parasites sur la peau ou des bibittes dans la tête? Il m’inquiète beaucoup. Je l’aime tellement. Je ne voudrais pas le perdre. Chaque jour, il passe de longues minutes à jouer dans ses plumes. Il les lisse avec son bec et se gratte la tête avec ses pattes. Il effectue cette tâche avec beaucoup de soins. Parfois il prend une arachide avec sa patte et la frotte longuement sur les plumes de son cou. Il y a aussi sur le dessus de l’aile gauche (celle qu’il s’est déjà cassée), une zone de plumes mâchouillées et arrachées. Dernièrement, je remarque beaucoup de plumes au fond de sa cage et il se gratte plus qu’à l’habitude. Lorsqu’il est sur moi et qu’il joue dans ses plumes, je vois tomber de minuscules grains gris et blancs. J’ai peur que ce soit des parasites. Ma copine m’a conseillé de lui donner de l’Ivermectin. Il semble que ce produit tue les parasites. Selon ses informations, il faut que je traite mon perroquet (quelques gouttes par la bouche) à tous les changements de saisons si je veux contrôler le problème. Par chance, elle en avait chez elle et j’ai pu commencer le traitement. Cela fait déjà quatre fois que je lui en donne, mais je ne vois pas beaucoup d’amélioration, sauf que les plumes ne tombent presque plus. Est-ce que l’Ivermectin est réellement un bon produit pour tuer les parasites?

Mme Pepper

Réponse

Chère Mme Pepper, Il est fort probable que votre perroquet n’ait pas de parasites du tout. Tous les oiseaux prennent un soin jaloux de leur plumage et c’est normal. Le bec est utilisé pour lisser les plumes accessibles et les griffes font le travail pour les plumes de la tête. Il y en a même qui aiment se flatter avec divers objets! Tant que l’oiseau n’arrache pas lui-même ses plumes ou qu’il n’y a pas de zones dégarnies, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Comme les parasites se promènent partout sur le corps, lorsqu’ils infestent un oiseau leur présence occasionne une démangeaison généralisée et non pas localisée sur les dessus d’une aile par exemple. Votre oiseau essaie de vous dire quelque chose. Faites vérifier son aile. Peut-être souffre-t-il d’arthrite ou tout autre inconfort relié à son ancienne fracture? Pour ce qui est de sa perte de plumes, il ne faut pas oublier que le printemps c’est le temps de la mue. Pendant cette période, les perroquets s’activent plus à entretenir leur plumage. Les nouvelles plumes sont enveloppées dans une mince enveloppe lorsqu’elles émergent des follicules. En les dégageant de cette enveloppe, de minuscules particules blanc-gris sont produites. La façon la plus fiable d’identifier les petits grains noirs que vous avez vus, c’est d’en apporter un échantillon chez le vétérinaire. Il pourra les regarder au microscope. Ne traitez pas vous-même votre perroquet avec de l’Ivermectin. Premièrement, il est peu probable que votre oiseau ait des parasites selon les symptômes décrits (faites-le quand même examiner par le vétérinaire pour en avoir le cœur net) et deuxièmement, l’Ivermectin peut entraîner des effets secondaires graves, voire même la mort s’il n’est pas adéquatement dosé.


Carte d’identité de l’Ivermectin

L’Ivermectin est un médicament et non pas un banal produit antiparasitaire. Il doit être administré sous prescription, lorsque cela est réellement nécessaire. Le dosage est déterminé en fonction du poids précis de l’animal, surtout s’il est donné oralement ou par injection. À l’occasion il est dilué et appliqué sur la peau. Il ne faut pas oublier que ce médicament est destiné aux chevaux, bovins, moutons et porcs. Son utilisation chez les oiseaux représente un usage non homologué. Cependant, plusieurs références bibliographiques indiquent que lorsqu’il est administré adéquatement, il ne comporte que très peu de risques de complications. Cependant, les surdoses peuvent provoquer la mort.

L’Ivermectin fait partie de la famille des avermectins et provient de la fermentation d’un microorganisme vivant naturellement dans le sol: Streptomyces avermitilis.


Caractéristiques générales

L’Ivermectin est un antiparasitaire très efficace et à large spectre. Il est utilisé pour traiter les infestations de mites de corps (exemples: poux rouges, galle de bec des perruches), de mites de trachée et de certains vers intestinaux. Le mode d’action de l’Ivermectin est unique. Il agit sur un neurotransmetteur bien particulier (l’acide gamma-aminobutyrique ou GABA pour les intimes!) qui se retrouve en grande quantité chez certains parasites. Il stimule sa libération, ce qui a pour effet de bloquer la transmission normale de l’influx nerveux. Tout ce petit manège chimique provoque la paralysie du parasite, puis sa mort. Comme l’Ivermectin n’a aucun effet sur les œufs des parasites, une seule administration n’est pas suffisante pour se débarrasser d’une infestation. En plus de s’assurer que la dose est adéquate, l’Ivermectin doit être administré selon un intervalle de temps bien précis. Cela peut varier d’un parasite à l’autre. Ainsi, la première dose sert à tuer les parasites adultes, puis la deuxième tue les parasites nouvellement éclos, avant qu’ils n’aient atteint leur maturité sexuelle. Des traitements trop espacés permettent aux jeunes parasites de se reproduire, ce qui met le traitement en échec. Un traitement antiparasitaire annuel ou semi-annuel n’est absolument pas nécessaire si un oiseau n’a pas de parasites. En cas d’infestation, un traitement bien fait, couplé à une désinfection adéquate de l’environnement règle le problème pour toujours, à moins que l’oiseau ne soit remis en contact avec un autre individu infesté ou des accessoires contaminés.


Toxicité

Chez les oiseaux, des réactions indésirables de toxicité aiguë sont rapportées: troubles digestifs, anorexie, léthargie, troubles neurologiques, troubles cardiovasculaires, mort. Aucun antidote n’est disponible. Si l’oiseau ne décède pas rapidement, des soins de support (fluides, gavages) et symptomatiques peuvent être tentés. Les perruches et certains pinsons sont plus sensibles aux effets indésirables bien que des cas de toxicité ont été rapportés chez plusieurs espèces: pigeon, rapaces, pélican, cormoran, psittacidés.


Stabilité et considérations environnementales

L’Ivermectin est stable cinq ans lorsqu’il est entreposé de façon adéquate dans un contenant (entre 15 º et 30ºC et à l’abri de la lumière). Cette stabilité est inquiétante lorsqu’il est répandu dans la nature. Selon les circonstances, sa demi-vie dans le sol en hiver est de 9 à 217 jours et en été de 9 à 14 jours. Il adhère rapidement et fermement au sol. L’eau de ruissellement peut facilement le transporter vers les lacs et les cours d’eau où il peut faire des ravages; l’Ivermectin est très toxique pour les poissons, crustacés et tortues. Les résidus ainsi que les contenants d’Ivermectin devraient être incinérés ou enfouis de façon réglementaire.

La facilité avec la quelle les gens peuvent se procurer de l’Ivermectin est inquiétante tant pour la santé de nos perroquets que celle de certains animaux de notre faune.

 

Photos
Psittacus erithacus erithacus, CAJV

 

© Manon Tremblay 2005