L'oiseau d'une seule personne
ou l’association préférentielle
par Johanne Vaillancourt
La cohésion d’un groupe de perroquets est renforcée par la formation de liens, c'est-à-dire, d’associations affectives. Le perroquet aura tendance à nouer des relations préférentielles très marquées puisqu’il ne faut pas l’oublier, c’est un animal monogame.
Lorsqu’une association préférentielle est formée avec un autre oiseau, les partenaires passeront la plupart de leur temps très près l’un de l’autre, en fait, beaucoup plus près que la distance interindividuelle naturelle du groupe, et s’accorderont des privautés qui ne seront pas permises aux autres membres du groupe social.
C’est tout simplement ce phénomène qui se transpose dans un contexte "domestique", dans la relation que l’oiseau développe avec son humain chouchou. Il serait irréaliste de s’attendre à ce que le perroquet socialise de façon égale avec toutes les personnes qu’il rencontre incluant les membres de votre famille.
Les relations sociales du perroquet sont complexes, et sur ce point, le perroquet ne diffère pas d’autres espèces dites monogames, incluant les humains. Dans notre environnement social, il y a des gens que nous aimons plus et d’autres moins. Nous avons des connaissances, des amis et, si on est chanceux, un meilleur ami que nous aimons entre tous, mais avec lequel nous ne développons pas la même intimité que celle que nous entretenons avec notre conjoint, notre amoureux.
Il en va de même pour le perroquet. Il y a le groupe social, qui serait en quelque sorte les "voisins ou le village", il y a ensuite les oiseaux plus près de lui avec lesquels il aura formé des alliances, qu’on pourrait nommer "les amis" et à l’intérieur duquel groupe se trouverait aussi "le meilleur ami". Puis, finalement, il y a le compagnon, celui qu’on pourrait désigner sous le nom "d’amoureux", avec lequel il aura tissé des liens d’attachement très forts et développé une relation presque fusionnelle. Les interactions de l’oiseau avec ces différents membres de son groupe seront très classifiées et bien définies dans sa tête.
Alors, que votre perroquet n’ait pas la même relation avec tous les membres de votre famille est un comportement tout à fait normal, et s’il développe une relation plus "sentimentale" avec un "ami de cœur" humain, à ce moment, ce n’est pas le comportement qui n’est pas normal, mais bien l’environnement dans lequel il évolue. Un perroquet qui agit de la sorte n’a pas de problème de comportement.
Tous les perroquets de compagnie sont l’oiseau d’une seule personne.
Si le comportement est naturel, il sera donc normal que l’oiseau démontre, de façon innée, des attitudes de défenses face à un rival potentiel, puisque son environnement artificiel (domestique) n’aura pas su produire les modèles sociaux appropriés à imiter (dans la nature, le perroquet imite les comportements sociaux des oiseaux de son groupe – en captivité, le perroquet n’a aucun modèle social). Ses comportements sociaux seront donc conduits par ses instincts et se forgeront en fonction des réponses obtenues par les membres de son groupe artificiel, c'est-à-dire, vous et votre famille.
Ce comportement se présente à la puberté, période où le jeune perroquet change graduellement de personnalité et commence à manifester les attitudes génétiques de ses ascendants. Les comportements sexuels de l’oiseau sont en émergence et le choix ainsi que la protection du partenaire font partie de ces attitudes reliées à l’instinct sexuel. Par contre, si l’oiseau a pu profiter d’une bonne socialisation dans sa première période, les comportements de défense reliés au choix du partenaire seront moindres et parfois même, pratiquement imperceptibles.
Le triangle amoureux
Le perroquet "domestique" sera un jour ou l’autre confronté à une situation tout à fait aberrante pour lui. Le triangle amoureux qu’il formera inévitablement avec vous et votre conjoint. Le perroquet aura à choisir un ou l’autre comme compagnon et, malheureusement, ça ne pourra pas être les deux. Lorsque l’élu sera choisi, l’oiseau adoptera des comportements similaires à ceux qu’il aurait développés dans son milieu naturel avec un autre perroquet, ce qui exclut d’emblée le ménage à trois. Il se peut que confronté à une telle situation, l’oiseau en vienne à considérer ce troisième acteur, dans le scénario, un peu trop envahissant et qu’il y réagisse d’une façon qui s’imposera d’elle-même pour chasser l’intrus, soit la défense active (agression).
Il faut comprendre ici que toutes les formes d’agressions n’ont pas pour finalité l’affrontement physique, bien au contraire. L’intimidation avec mimiques corporelles est la forme d’agression la plus souvent utilisée par l’oiseau dans son milieu naturel et aboutit généralement à l’abandon d’un des deux opposants sans qu’aucun coup de bec n’ait été donné. Par contre, il est impératif que "l’élu" n’encourage pas les comportements agressifs de l’oiseau en riant ou en banalisant l’attitude du perroquet et, surtout, il ne doit en aucun cas démontrer de la fierté ou de la satisfaction face à ce genre d'agissement, ce qui aurait pour effet de confirmer l’oiseau dans son comportement.
Personne n’est responsable de la situation. Pour le perroquet, le choix d’un seul compagnon est un comportement normal. L’oiseau choisira ce qui lui semblera le plus attirant, mais par contre, il faudra garder en tête qu’il n’a pas choisi de se retrouver au beau milieu d’un imbroglio amoureux. Il ne sait pas du tout comment y réagir puisque ce genre de situation est tout simplement inexistant dans son habitat naturel.
Même si c’est VOTRE perroquet, que c’est vous qui l’avez choisi, que c’est vous qui le nourrissez, l’entretenez et en prenez soin, le choix du "compagnon de cœur" de l’oiseau ne vous revient pas.
Pour que la troisième personne de ce triangle soit acceptée de l’oiseau, elle devra modifier son approche et tenter de devenir en quelque sorte, le "meilleur ami", ce qui en soi est une position très respectable dans la tête d’un perroquet.
Malgré qu’il soit très frustrant de constater que l’élu n’a aucune difficulté à manier NOTRE perroquet de toutes les façons possibles et imaginables, le "meilleur ami" doit développer des interactions différentes avec l’oiseau et ne surtout pas tenter de le manipuler ou le caresser comme se le permet l’humain chouchou. Ce sont des gestes très intimes qui ne sont pas accordés à tous. Le meilleur ami aura à faire un peu plus d’effort pour retenir l’attention du perroquet, il devra développer sa propre relation avec l’oiseau et cette dernière devra être construite sur des bases ludiques et agréables s’il désire que le perroquet s’y intéresse.
© Johanne Vaillancourt 2007 -2009
Photos
Psittacus erithacus erithacus, Marie-Josée Ouellet
Frappy, cacatua goffini, Marie-Josée Ouellet
Edgard, poicephalus gulielmi, Jeanne Bessette
Quita, ara ararauna, CAJV