Le perroquet comme tout autre animal sait faire preuve d’agressivité dans diverses situations. Normalement, le comportement d’agression suit un modèle comportemental:

  1. Avertissement, menace, intimidation.
  1. Si la première phase de menace ne fonctionne pas, il passera à l’action en mordant plus ou moins fort, selon le degré d’irritation ou de danger.
  1. Après l’agression vient ce qu’on appelle une phase d’arrêt ou d’apaisement.

C’est ce qu’on appelle « l’agressivité réactionnelle », c’est-à-dire que l’oiseau réagit à un stimulus en suivant une séquence comportementale normale.

Cependant, en captivité chez le perroquet *dyssocialisé (eam), on observe trop souvent un genre d’agressivité qu’on ne devrait pas rencontrer entre un animal proie (le perroquet) et un animal prédateur (humain). Je parle ici d’une agression où les phases de menace et d’apaisement ont totalement disparu, c’est-à-dire que l’oiseau passe directement à l’agression sans autre forme d’avertissement. Ne faites jamais l’erreur de croire qu’un perroquet né en captivité, dyssocialisé, nourri par l’humain et imprégné à celui-ci vous avisera à tout coup de son intention de vous faire violence. Que nenni! Ce n’est pas que l’oiseau est traître ou hypocrite, c’est seulement que la méthode d’élevage à la main (eam), cette dyssocialisation primaire souvent accompagnée d’un *syndrome d’isolement (privation sensorielle),  a rendu le perroquet dit ‘de compagnie’ terriblement imprévisible.

Au stade instrumentalisé, le perroquet présente une hyperagressivité secondaire avec morsure (parfois très violente) sans avertissements ni menaces et de manière très impulsive.

*Dyssocialisation primaire: « Il s’agit du plus grave des troubles du développement entraînant de l’agressivité » – Isabelle Viera, vétérinaire comportementaliste.

C’est le défaut d’acquisition des conduites sociales propres à l’espèce qui se développent normalement en très bas âge dans les premières semaines / mois de la vie (selon l’espèce) et qui sont indispensables à la vie de groupe. C’est l’absence d’apprentissage des règles sociales et des codes de communication. Le perroquet séparé de ses parents n’a pas acquis, lors de son développement, les mécanismes primaires d’inhibition sociale; il ne sait donc pas comment se comporter avec ses congénères, ne sait pas comment résoudre un conflit. Ce qui le rend imprévisible, voire même dangereux.

* Syndrome d’isolement ou privation sensorielle:
C’est l’incapacité de l’oiseau à gérer correctement les informations sensorielles. C’est le résultat d’une insuffisance de stimulations au cours du développement de l’oisillon qui, n’ayant pu apprendre à connaître suffisamment son environnement, devient incapable de s’y adapter par la suite.

Q. Pourquoi le perroquet nous agresse?
En premier lieu, parce qu’il ne craint pas l’humain. Il faut savoir que normalement, les agressions, autres que celles liées à la prédation, se passent à l’intérieur même de l’espèce (intraspécifique). Alors pourquoi, le perroquet (animal proie) ne démontre aucune crainte envers l’humain (animal prédateur) et pire encore, n’a aucune hésitation à s’en prendre à celui-ci (agression interspécifique)?

R: C’est parce que le perroquet EAM s’identifie à l’espèce humaine. Pour l’oiseau, l’agression EST intraspécifique … parce que la méthode d’élevage « eam » imprègne les jeunes perroquets à l’humain! Beaucoup d’autres comportements aberrants de l’oiseau imprégné à l’homme se sont révélés découler directement de la méthode d’élevage « eam », mais l’agression en est certainement le plus douloureux pour nous.

Je sais, j’en parle encore… de « l’eam », mais si on veut comprendre la raison des agressions si souvent rencontrée dans une cohabitation humain-perroquet (faites un tour sur les réseaux sociaux, vous verrez), je ne peux pas ne pas en parler. L’agression d’un animal proie envers un animal prédateur est contre nature, sauf bien évidemment si la proie se défend contre son prédateur, mais autrement, le genre d’agression par irritation, par frustration ou parce que Coco a la mèche courte ne devrait pas se passer. Imaginez un chien qui agirait de la sorte: on dirait qu’il a un sérieux problème de comportement. Les chiens agressifs sont des « erreurs » et malheureusement, trop souvent euthanasiés.

Avec les perroquets, on a fini par s’imaginer que les agressions, même très violentes,  font partie de la fatalité de vivre avec ces oiseaux. Ceux-ci sont élevés dans la visée de ne pas craindre l’homme et pour ce faire, on les *imprègne à l’humain (certains éleveurs s’en vantent même) et à partir de ce moment, très justement… les perroquets ne craignent plus l’humain, il s’y identifient! Voilà!

*Empreinte filiale: « Processus d’apprentissage par lequel les jeunes oiseaux apprennent à reconnaître les caractéristiques de la mère ou des deux parents, dont ils n’ont aucune connaissance innée. » – Bateston- Sluckin – Hess.

 L’empreinte sexuelle: « Processus d’apprentissage par lequel un jeune animal acquiert la connaissance des caractères qui lui permettront ultérieurement d’identifier un partenaire adéquat auquel s’accoupler. Si un jeune d’une espèce sexuellement « imprégnable » est élevé par des parents adoptifs appartenant à une autre espèce, il en résulte des empreintes aberrantes. » Lorenz- Immelmann – Hess – Scudo – Bateston.

Pourquoi je fais plein de citations? Simplement que quand ça vient de moi, on dirait que ça fait moins sérieux. Alors, je cite des vétérinaires comportementalistes, des éthologistes et des biologistes… ainsi, s’il y a des confrontations suite à un de mes textes anti-eam, je ne me sentirai pas visée… Na!

Coco vient de passer sa mauvaise humeur sur nos doigts, ça fait mal et on en cherche naturellement la raison parce qu’encore une fois… ‘il nous a mordus pour rien.’ Alors, c’est devenu la norme,  on se tourne vers les réseaux sociaux, il y a bien quelqu’un qui aura une réponse toute faite pour moi.

On expose notre problème et les réponses, surtout les solutions ne se font pas attendre. Elles se résument bien souvent par ceci:

Réponse: C’est parce qu’il cherche à vous dominer. C’est connu, les perroquets sont tellement dominants.

Solution: Ne vous laissez pas faire, vous devez lui démontrer que c’est vous qui commandez, que c’est vous le dominant du groupe.

Ainsi, selon nos experts médias-sociaux, la bonne question à se poser quand on cohabite avec un perroquet serait ‘Who is the boss?’ Qui de vous ou de lui commande dans cette maison… La dominance des perroquets semble encore de nos jours faire consensus dans les milieux aviaires.

Mais d’où vient cette proposition? Des éthologistes? Des chercheurs sur le terrain? Des biologistes?  D’une recherche scientifique quelconque? La réponse est: aucune de ces réponses!  Aucune hiérarchie de dominance chez les perroquets n’a été observée ni répertoriée à ce jour dans les groupes de perroquets en milieu naturel et rien dans leur éthogramme ne laisserait à penser que ces oiseaux auraient des tendances à la dominance.

Un mensonge répété des milliers de fois peut-il devenir vérité?
Avec l’omniprésence des médias sociaux dans l’univers de nos perroquets, cette citation devient de plus en plus d’actualité. Nous sommes entrés dans une ère où les faits ne sont plus vraiment importants; dans une ère où l’unanimité collective devient vérité et circule à vitesse grand ‘V’ sur Internet… Nous sommes entrés dans l’ère de la ‘Fake news’ commode qu’on tient pour vérité simplement parce qu’elle nous arrange bien.

Comme je l’ai souvent mentionné dans mes ouvrages, le perroquet est un animal qui n’a que quelques décennies de vie en compagnie des humains. Contrairement à nos chiens ou chats qui ont évolué pour vivre en compagnie des hommes depuis des millénaires, le perroquet lui n’a pas de générations successives d’adaptation à la vie dite ‘d’animal domestique’. Pour cette raison, sa programmation de base (qui a demandé des millions d’années à se construire) est demeurée intacte. Les instincts de la bestiole sont encore à ce jour indomptés, c’est-à-dire qu’ils n’ont subi aucune modification ni génétique, ni comportementale. Le perroquet même né en captivité, nourri et élevé par l’humain, réagira instinctivement à un stimulus.  Cependant, la réponse de l’oiseau risque d’être totalement inadaptée à la situation puisqu’elle ne sera pas supportée par une solide socialisation.

Votre perroquet est un animal d’instinct sauvage! Ainsi, les nombreux besoins physiques et psychologiques du perroquet se butent à notre mode de vie d’humain. C’est un animal exigeant, difficile à contenter à plusieurs niveaux. Par expérience, je peux vous affirmer que le perroquet demande beaucoup plus d’investissement en temps, en attention et en observation que nos chiens et nos chats.

Lorsqu’on acquiert un perroquet, nous avons une idée préconçue du compagnonnage idéal avec cet animal. Nous avons des attentes, des espérances, des aspirations, mais il y a peu de chances que ça se passe de la manière dont nous avons idéalisé cette relation. Parce qu’il a la capacité d’imiter notre langage, nous avons tendance à penser que cet animal s’accommodera de ce qui nous satisfait nous; que ce qui nous rend heureux fera aussi son bonheur; que ce qui est bon pour nous l’est aussi pour lui. We are wrong!

Dans le billet précédent, nous avons vu comme il est facile de se façonner un petit Dracula à plumes par nos propres actions et/ou réactions, et ce, sans que jamais le principal intéressé ne se rende compte qu’il a mal agi. C’est humain ça… Tout mettre en œuvre pour se créer son monstre à soi, pour ensuite se plaindre de lui et lui reprocher son déplorable comportement. En effet, M. Perroquet est persuadé de son bon droit quand il nous agresse. Pour lui, il ne fait que communiquer et qui plus est, il le fait correctement, c’est-à-dire de la manière qu’on lui a enseignée pour se faire comprendre.

Bon, bien évidemment on n’aime pas trop ça une croquée pour un oui et surtout pour un non; ça commence à bien faire! Alors, on rembobine le tout et on repart sur un canevas tout neuf. Excellent programme en perspective.

Avertissement: Ce qui suit vous servira dans plusieurs facettes de votre cohabitation avec Coco, pas seulement pour les croquées de communication. Je vous donnerai quelques exemples au fil des billets. Ce sera (je le souhaite) votre nouvel art de vivre avec Coco, qui devra toujours être gagnant-gagnant,  pour lui comme pour vous.

Comment faire diminuer un comportement ou une réponse (qu’on aime pas trop).

Vivre avec un perroquet, n’est-ce pas être confronté un jour ou l’autre à l’inévitable morsure?
Pourtant, vous lui donnez tout à ce petit gars (ou fille); vous en prenez soin, vous le nourrissez, jouez avec lui, le cajolez et puis… Crac! comme ça, pour rien (selon votre perception) Coco vous avise de son mécontentement par une de ces croquées de tous les diables; vous savez, de celles qui font encore plus mal dans notre cœur que sur notre main. Pourtant, je n’ai rien fait, me dites-vous, tout se passait comme d’habitude! Ce à quoi je vous réponds… ‘Ce comme d’habitude’, cette façon-là de faire, ça dure depuis combien de temps?
Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui Coco en a eu ras le bol, que le vase a débordé pour lui?
Il y a forcément une raison… parce que c’est comme ça avec les perroquets, il y a toujours une raison!

Quoi qu’on en dise, le perroquet n’agresse pas juste comme ça, ‘pour rien’.