La thermorégulation chez le perroquet


par Kym Le Cault TSA


 

Chaque être vivant doit avoir une certaine constance au niveau de sa température corporelle et certains ont développé des moyens bien particuliers pour y arriver. Plusieurs animaux comme les reptiles sont ectothermes, c’est-à-dire qu’ils ont besoin d’un apport de chaleur extérieur (dispositif chauffant) pour conserver maintenir leur température, car ils sont incapables de thermorégulation. D’autres sont endothermes, c’est-à-dire qu’ils possèdent certains mécanismes leur permettant de réguler eux-mêmes leur température corporelle.

Vous ai-je déjà mentionné à quel point les oiseaux sont des animaux tout à fait charmants, intelligents et bien entendu exceptionnels? Eh bien, ils en feront encore une fois la preuve au cours de ce texte. Les perroquets possèdent leur façon bien personnelle de contrôler leur température. À l’inverse des mammifères, ils ne possèdent pas de graisse brune, mais parviennent à l’aide d’une variété de comportements et de mécanismes physiologiques à se thermoréguler. La température normale du corps de votre perroquet est beaucoup plus élevée que chez les mammifères. Elle se situe entre 39° et 42°C, les petits oiseaux ayant une température corporelle plus élevée que les gros. Un point important à retenir est que les perroquets  supportent très mal les hautes températures et que lorsque le mercure atteint 46º C; cela leur est fatal. Il est particulièrement important de connaître les écarts de température dans lesquels il convient de garder un perroquet (idéalement 23 à 25°C) et à plus forte raison dans les cas où l’oiseau en question est hospitalisé et gardé en incubateur. Il est ainsi beaucoup plus aisé de régler la température adéquate à laquelle il sera confortable. En effet, lorsqu’un perroquet est malade, il est nécessaire de réchauffer légèrement son environnement, car ses mécanismes physiologiques sont dérangés et déréglés par son problème de santé. Donc il aura de la difficulté à se thermoréguler seul.

Alors, quelles sont ces merveilleuses capacités que possèdent les perroquets pour parvenir à réguler leur température corporelle? Attardons-nous d’abord au plumage. En plus d’être à la fois chatoyant et doux, le plumage de l’oiseau sert tant à l’évacuation qu’à la conservation de la chaleur. Les plumes dites "de contour" (celles que vous voyez lorsque vous regardez l’oiseau) offrent une certaine isolation, mais le duvet (les toutes petites plumes blanches et douces camouflées sous les plumes de couverture) est celui qui fait le plus gros du travail. Lorsqu’ils ont froid, les oiseaux vont "gonfler" leur duvet pour piéger l’air entre leurs plumes, puis ils se mettront à trembler pour produire de la chaleur. Un autre aspect astucieux de notre copain à plumes: il parviendra à réduire la perte de chaleur de 12% en camouflant sa tête dans ses plumes et de 40 à 50% en "s’asseyant" (c’est-à-dire, en appuyant son abdomen et son cloaque contre la surface sur laquelle il se trouve).

J’aimerais apporter ici un détail supplémentaire que je trouve très important: vous avez sans doute remarqué que le gonflement des plumes et le camouflage de la tête dans ces dernières ainsi que le tremblement peuvent aussi être les premiers indices qu’un oiseau n’est pas dans son "auget". Accompagnés de certains autres signes cliniques (par exemple anorexie, yeux mi-clos, léthargie, ataxie, et autres), ils peuvent être les indicateurs de problèmes de santé chez votre oiseau. Il incombe toujours d’agir très rapidement avec un perroquet démontrant de tels signes. Lorsqu’il en est à ce point, c’est que votre copain n’est plus apte à vous cacher qu’il ne va pas bien (je vous réfère ici au livre La tripolarité comportementale du perroquet: l’instinct de proie). Une visite chez le vétérinaire s’impose! Si je pouvais vous donner un seul conseil, je vous dirais: quand le perroquet semble mal en point, il s’agit toujours d’une urgence. De par sa petite taille, c’est un animal qui verra son état général se détériorer à une vitesse fulgurante (amaigrissement, déshydratation) lorsqu’il est touché par une maladie ou lorsqu’il subit une hémorragie qui n'est pas prise en charge et traitée.

J’aimerais ici introduire la notion de "l’état de choc". Le choc se défini comme étant une perfusion tissulaire déficiente (la perfusion est le transport des fluides et de l’oxygène à travers les vaisseaux sanguins jusqu’aux capillaires sanguins tandis que l’hydratation est la présence de fluides dans l’espace interstitiel qui est l’espace entre les cellules) en raison d’un flux sanguin trop lent ou d’une distribution inégale du flux sanguin. Cela amène une mauvaise oxygénation des tissus. Il y a plusieurs types de choc, mais un qui est souvent rencontré est le choc hypovolémique. La cause la plus commune du choc hypovolémique est l’hémorragie. Le choc hypovolémique se divise en trois phases. Encore ici, l’e perroquet se démarque des petits mammifères, car il entrera dans la troisième et dernière phase du choc (la plus grave évidemment) lorsqu’il aura perdu 60 % de son volume sanguin intravasculaire par rapport aux mammifères qui eux entreront dans cette phase dès que 40% de leur volume intravasculaire sera perdu. Les oiseaux supportent donc beaucoup mieux la perte sanguine que les mammifères. Exceptionnels ai je dis?

Nous avons vu les mécanismes permettant à l’oiseau de conserver sa chaleur; voyons maintenant ceux qui en permettent l’évacuation. Les perroquets ne possèdent pas de glandes sudoripares et ils doivent évacuer la chaleur par leur peau ou par des shunts (communication anormale de deux parties de l’appareil cardiovasculaire où règnent des pressions différentes) au niveau de leur système sanguin. Je m’explique: lors de périodes de stress, une large proportion du sang en provenance du ventricule gauche sera envoyé directement dans les pattes pour augmenter la perte de chaleur. Chez certaines espèces qui ont les pattes très longues, ces dernières peuvent recevoir jusqu’à trois fois plus de sang que les muscles pectoraux et deux fois plus que le cerveau, et ce, en un seul battement cardiaque. Chez certains oiseaux aquatiques et chez les échassiers, l’artère poplitée forme un réseau de vaisseaux artério-veineux au niveau du tibiotarse qui permet de réchauffer le sang froid qui revient des extrémités. Comment? Ces petits réseaux sanguins transfèrent la chaleur des artères plus chaudes aux veines qui ramènent le sang des extrémités et qui sont plus froides. Cela permet au sang de circuler dans les pattes sans perte de chaleur significative. On appelle ce réseau le "réseau admirable". Ensuite, lorsqu’ils devront évacuer de la chaleur, les oiseaux élèveront leurs ailes pour exposer les zones aptériques (sans plumes) qui se trouvent sous ces dernières. Ils pourront aussi haleter (eh oui, comme les chiens!). Ces deux mécanismes permettent une évacuation de chaleur par évaporation. Finalement, lorsque l’oiseau vole ou court, il y a une certaine évaporation qui se fera par les sacs aériens pour permettre de dissiper encore plus de chaleur.

Pour ce qui est des astuces comportementales adoptées par les oiseaux pour conserver leur chaleur ou pour la dissiper, on pense davantage aux oiseaux sauvages. Certaines espèces utiliseront de petits abris, tels des crevasses dans les arbres. Vous pourrez également observer chez les petites espèces, une bande de joyeux lurons tous "collés" les uns sur les autres. Pour ce qui est de se rafraîchir, les oiseaux se baigneront pendant les grosses journées de chaleur et rechercheront les coins ombragés. Ces deux aspects sont d’ailleurs très importants pour la garde en captivité de votre perroquet. Un oiseau ne devrait jamais être placé directement en plein soleil. Il devrait toujours y avoir un coin d’ombre dans la cage pour qu'il puisse s’y réfugier à sa guise lorsqu’il en aura assez de son bain de soleil. De plus, un perroquet devrait idéalement se "laver" tous les jours. Ceci est essentiel au maintien d’un beau plumage en santé.

Maintenant, vous serez très certainement en mesure de reconnaître les moments où votre perroquet a chaud ou froid. Ainsi, vous serez prêts à réagir pour adapter la situation, et la température sera une condition environnementale de la vie de votre oiseau qui ne lui fera plus… ni chaud, ni froid!

 

Références
O’ Malley, Bairbre, Clinical anatomy and physiology of exotic species, Elsevier Saunders 2005.
Lichtenberger, Marla, Principles of Shock and Fluid Therapy in Special Species, Seminars in Avian and Exotic Pet Medicine, Vol 13, No 3 (July), 2004, p. 142 à 148

 

 

 

© Kym Le Cault 2007

 

Photos
Forpus coelestis, Claudine Blain
Melopsittacus undulatus, Vicky Morin
Tarzan, agapornis, Myriam Gagnon
Agapornis, Nicole Gélinas