L'huile de théier d'Australie (tea tree oil),
un danger pour les perroquets


par Johanne Vaillancourt




 

Chaque année nous ramène son nouveau produit révolutionnaire pour les perroquets, généralement un produit "naturel", puisque malheureusement, le mot "produit naturel" a une connotation de "sans danger pour la santé". Il est difficile de trouver de nos jours un produit qui ne contienne pas le mot "naturel" sur son emballage ou dans sa présentation; l’imagerie populaire voulant que tout ce qui est "naturel" soit meilleur que ce qui n’est pas "naturel".

Avant d’aller plus loin dans l’histoire, j’aimerais vous rappeler que l’arsenic est un produit naturel et la digitaline aussi. Les substances produites naturellement par les plantes peuvent être des poisons mortels ou rendre très malade. Les plantes contiennent plusieurs substances dont certaines ont une action biologique minime et sont considérées comme des aliments comestibles, d’autres ont des effets pharmaceutiques qui sont utiles si elles sont utilisées à bon escient et d’autres encore contiennent une foule de substances, toxiques mêmes en infime quantité, comme l’arsenic, la ciguë et tous les poisons alcaloïdes.

Ces mêmes substances peuvent agir différemment dépendant de la fragilité des espèces. L’avocat en est un bon exemple: il est délicieux et inoffensif pour les humains, mais horriblement toxique (mortel) pour les perroquets. Il en va ainsi de plusieurs aliments ou produits à but pharmaceutique. L’aspirine est géniale pour les petits bobos humains, mais mortelle pour les chats! Alors, avant d’appliquer quoi que ce soit sur votre oiseau chéri, n’oubliez jamais que c’est de la vie de votre perroquet dont il est question et que ce qui ne semble pas nocif pour vous ou vos enfants peut être très dangereux pour Coco.

Ce qui m’amène donc à parler du dernier produit en vogue dans le monde aviaire, c’est à dire l’huile de melaleuca ou huile de théier d’Australie, communément appelé "tea tree oil". L’huile de melaleuca qui provient du théier d’Australie (melaleuca alternifolia) serait un antibactérien et antifongique miracle et il fait fureur en ce moment au rayon des huiles essentielles. Une fureur vraiment dangereuse pour qui ne sait se servir adéquatement de cet "inoffensif produit naturel".

Malheureusement, l’huile de théier a beaucoup trop de points communs, de structures et d’actions avec la térébenthine (pinus pinaster) qui est excessivement toxique pour nos perroquets.
 

 
Huile de théier

(Melaleuca alternifolia)

Térébenthine

(Pinus pinaster)

Famille

Mytracées

Abiétacées

Profil biochimique

Cinéole-1,8, A-Pinène

A-Pinène, B-Pinène

Organe


Feuilles distillées à la vapeur d’eau sans pression

Résine distillée à la vapeur d’eau sans pression

Actions thérapeutiques


Expectorant, anti-infectueuse, décontractante, cicatrisante

Antiseptique, expectorante, stimulante

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Attention: à utiliser avec précaution, peut être toxique chez les jeunes enfants et les animaux

Attention: à utiliser avec précaution, peut être toxique chez les jeunes enfants et les animaux

 

Des cas d’empoisonnement de plus en plus nombreux sont dénombrés suite à l’utilisation topique ou ingérée du "tea tree oil", autant chez les humains que chez les animaux. Selon Gillian Willis, pharmacienne et toxicologiste, "l’huile de melaleuca est fortement lipophile (molécule qui est absorbée par la graisse) et peut être absorbée par la peau et causer une toxicité systémique". Plusieurs cas d’empoisonnement divers sont exposés sur son site www.exoticbird.com/gillian/.

Le "National Animal Poisoning Control Center, NAPCC" a rapporté plusieurs cas d’empoisonnement, dont certains mortels, chez des chiens et des chats ayant reçu des traitements antipuces ou des traitements dermatologiques à l’huile de melaleuca. Ils en concluent que c’est la nature fortement lipophilique de cette huile qui, non seulement renforce ses propriétés antiseptiques, mais également son absorption cutanée.

Plusieurs cas sont aussi rapportés chez les vétérinaires aviaires allant d’empoisonnement léger à mortel chez nos perroquets de compagnie. Ces cas sont nouveaux et commencent seulement à sortir du clos des cabinets de vétérinaire. Faire le rapprochement entre l’effet et la cause ne fut pas évident au premier abord, puisque les signes cliniques sont variés (ataxie, tremblements, faiblesse, désordres comportementaux, dépression, etc.) et peuvent ressembler à beaucoup d’autres pathologies. L’huile peut être absorbée par la peau ou par ingestion lors du toilettage.

Avant de traiter vous-même vos perroquets par des médecines "naturelles", mieux vaut consulter votre vétérinaire. Heureusement, la mienne était au courant et m’a évité de faire une grosse bêtise. Les spécialistes "ès médecine naturelle" ne sont pas des vétérinaires aviaires. Mon médecin me dit de consommer régulièrement des avocats parce qu’ils contiennent du bon cholestérol… Imaginez un peu le dégât si j’utilisais ce judicieux conseil avec mes perroquets...

 

Références
Gillian Willis, www.exoticbird.com/gillian
Dr Roger W Gfeller, Dr Shawn P Messonnier, Handbook of small animal toxicology and poisoning, Mosby 2004

 

 

 

© Johanne Vaillancourt 2005

 

Photos
Pepette, cacatua alba, Maggy Costa