La santé du perroquet passe par la bonne alimentation


par Manon Tremblay, DMV


 

Offrir ce qu’il y a de mieux à son perroquet est certes le souhait de chacun, mais malgré toutes ses bonnes intentions, le meilleur des propriétaires peut se retrouver dépourvu devant les caprices alimentaires de son volatile. Des situations cocasses sont parfois observées.

Il y a la personne qui aime tellement son oiseau qu’elle ferait tout pour lui plaire. Elle va même jusqu’à observer ce qu’il aime le plus dans son mélange de grains et lui en achète en surplus. Éventuellement, le perroquet se réjouit de ne trouver que des bols de graines de tournesol dans sa cage. Son foie finira probablement par crier:"Au secours!". Il y a aussi la personne autoritaire qui se dit que l’oiseau ne gagnera pas à faire des caprices. "Il finira bien par manger quand il sera assez affamé." Malheureusement, l’oiseau qui n’aime pas ce qui lui est offert comme nourriture peut parfois se laisser mourir de faim. Le métabolisme rapide des perroquets ne permet pas qu’ils soient longtemps sans s’alimenter. S’il devient anorexique, sa glycémie (taux de sucre sanguin) chute rapidement et il peut perdre jusqu’à 10% de son poids en seulement 24 heures.

Dans certaines situations, il peut être aussi difficile de faire avaler des bonnes choses à son perroquet qu’il est difficile de faire manger du brocoli ou du navet à un petit enfant. La patience et l’ingéniosité sont deux qualités que possèdent ceux qui finissent par gagner l’estomac de leur petit capricieux à plumes. C’est par l’exemple et le jeu qu’ils y arrivent.

Manger des aliments sains en présence de l’oiseau et l’amener à participer aux repas familiaux sont des stratégies gagnantes. Présenter des légumes variés et colorés sur une brochette de bois que l’on attache (verticalement ou horizontalement) aux barreaux de la cage ne peut faire autrement que d’attirer l’attention de celui à qui le festin est destiné. Certains oiseaux refusent catégoriquement de goûter à la moulée pour perroquet. Comme le succès d’une bonne alimentation réside dans la grande variété et la fraîcheur des aliments, la moulée fait partie de la liste de ce que vous pouvez offrir. Pour les perroquets à la tête dure, il est avantageux de leur donner une moulée concassée de telle façon qu’elle ressemble à des grains de millet (exemple: Lafeber pour pinsons). Le millet est en général aimé de tous et cette très petite moulée est beaucoup plus souvent acceptée par les irréductibles. Lorsque le perroquet en consomme, on peut alors y mélanger d’autres sortes. Certains vont commencer à prendre la moulée seulement si elle est détrempée dans du jus de fruits. D’autres la préfèrent tiède. Pourquoi ne pas la mélanger à de la purée de pommes de terre? Cette fameuse pomme de terre en purée, lorsqu’un oiseau en raffole, nous permet de cacher plein de choses qui n’auraient pas passé autrement: toutes sortes de légumes cuits et parfois même un médicament.

Définir avec exactitude les réels besoins alimentaires des différentes espèces de perroquets n’est pas une mince affaire. En principe, on pourrait dire sans trop se tromper que les besoins alimentaires varient d’une espèce d’oiseau à l’autre. Il faut donc tenir compte de son écosystème d’origine et tenter de déterminer ce qu’il mangerait dans la nature. Il ne faut pas oublier non plus que selon les saisons, la disponibilité et la variété des aliments changent. La condition physique (en santé vs malade), les besoins énergétiques (l’oiseau en reproduction vs celui en maintenance), l’âge (l’adulte en maintenance vs le bébé en croissance), l’activité physique (l’oiseau sédentaire aux ailes taillées vs celui qui vole librement) sont autant de situations qui font varier les besoins énergétiques et nutritionnels des individus dans une même espèce. Nourrir adéquatement les perroquets et autres oiseaux de compagnie est depuis toujours un grand défi. À ce jour, aucun aliment commercial (mélange de grains ou moulée) ne peut prétendre rencontrer complètement et exactement tous les besoins de l’oiseau. Le mieux reste donc de varier le plus possible ce que l’on offre: grains, moulée, fruits et légumes, pains, pâtes, céréales, produits laitiers (toujours transformés: exemples: fromage, yogourt. Évitez le lait et la crème), viandes et autres sources de protéines (ne pas en abuser).

Il faut aussi prendre note que pour se nourrir dans la nature, l’oiseau doit se déplacer et chercher. Ça occupe l’esprit ça ! Dans sa cage il n’a qu’à s’étirer le cou, mâchouiller un peu, et voilà que le repas est terminé. C’est franchement ennuyant. C’est pourquoi, en plus des avantages nutritionnels, varier beaucoup les aliments procure une expérience nouvelle à chaque bouchée. Cacher de la nourriture non périssable dans des jouets spécialement conçus à cet effet ou tout simplement dans une boule de papier ou un trou dans un morceau de bois est une belle attention envers votre oiseau.

La malnutrition chronique prédispose aux maladies en affaiblissant le système immunitaire. Insidieuse, elle ne provoque pas toujours des symptômes remarquables. Chez le perroquet mal nourri, on remarque donc un taux plus élevé d’infections, de maladies du foie ou des reins. Le plumage est souvent plus terne.

 

Quelques éléments nutritifs essentiels

Vitamine A : elle est essentielle à la santé du système immunitaire et des cellules épithéliales du corps. Elle joue aussi un rôle important dans la vision. Les symptômes d’une carence sont principalement associés à la perte de l’intégrité des cellules épithéliales (parfois compliqué d’une infection secondaire): érosion des papilles des choanes, plaques kératinisées dans la cavité orale, conjonctivite, infection respiratoire (narines, sinus, trachée, syrinx), problèmes digestifs, rénaux, reproducteurs et pododermatite. Exemples d’aliments riches en vitamine A: persil, épinard, endive, courge, carotte, jaune d’œuf, foie cuit. Les carences sont traitées sous supervision vétérinaire, car les intoxications par surdosage sont possibles.

Vitamine B1: cette vitamine assure la santé, entre autres la santé du système nerveux. Certains aliments (thé, café, bleuet et betterave) contiennent des inhibiteurs de cette vitamine. Leur surconsommation pourrait provoquer une carence. L’oiseau en manque de vitamine B1 éprouve de la faiblesse au niveau des pattes pouvant parfois aller jusqu’à la paralysie. Différents problèmes neurologiques sont aussi rapportés dont l’opisthotonos (tête renvoyée vers l’arrière). Exemples d’aliments riches en cette vitamine: produits céréaliers, levure de bière, pois. Le traitement de l’oiseau malade se fait par injections.

Vitamine D3: elle joue un rôle primordial dans l’absorption du calcium. En trop petite quantité, elle provoque des problèmes associés à la carence en calcium. Les graines ne contiennent pas de vitamine D3. L’intoxication par surconsommation est possible: la calcification de certains organes vitaux (aorte, autres gros vaisseaux sanguins, rein) n’est pas sans conséquence. Exemples d’aliments riches en cette vitamine: jaune d’œuf, huile de foie de morue.

Calcium: il est nécessaire à la santé des os et au bon fonctionnement des muscles. Les graines sont très pauvres en calcium alors qu’elles contiennent une bonne quantité de phosphore. Le phosphore devrait toujours être consommé en plus petite quantité que le calcium (deux fois moins, car sa présence entrave la bonne assimilation du calcium. Une diète composée uniquement de graines favorise donc l’hypocalcémie (bas taux de calcium dans le sang) et le corps réagit en puisant directement dans ses réserves: les os. Le squelette se décalcifie graduellement et est beaucoup plus sujet aux fractures. La condition devient catastrophique chez la femelle qui par surcroît, perd son précieux calcium dans la coquille de ses œufs. Les symptômes de l’hypocalcémie incluent les fractures, difformités des pattes ou des ailes, bréchet croche, fractures, tremblements, convulsions, œufs retenus et autres. Le perroquet gris d’Afrique est particulièrement sensible au manque de calcium. Exemples d’aliments riches en calcium: coquilles d’œufs, écailles d’huître, fromage, yogourt.

Iode: l’iode est essentiel au bon fonctionnement de la glande thyroïde. Les carences sont surtout rencontrées chez la perruche et parfois la perruche calopsitte. Par manque de ce minéral, la glande thyroïde gonfle et fait pression sur la trachée et l’œsophage. On observe alors un oiseau qui s’essouffle facilement, la respiration est parfois sifflante et parfois un changement dans la tonalité de la voix est remarqué. Si l’œsophage est également comprimé, il y a régurgitation, mauvaise vidange du jabot avec ou sans infection secondaire. L’oiseau malade a souvent un mauvais plumage d’où sortent des duvets anormalement longs. Il est aussi possible qu’il arrache ses plumes dans la région de son cou. Il n’est pas toujours facile d’obtenir suffisamment d’iode dans l’alimentation. La poudre de petit lait, la viande et le poisson en contiennent. Pour les oiseaux, il est donc préférable de l’ajouter à la diète sous forme de supplément. On retrouve de l’iode en quantité suffisante dans la plupart des suppléments multivitamines et multi minéraux.

 

 

 

© Manon Tremblay 2007

 

Photos
Peanut, psittacus erithacus erithacus, CAJV
Quita, ara ararauna, CAJV
Bilbo, pionites melanocephala, CAJV
Amazona ochrocephala oratrix, Natacha Larivière