Les risques de la cohabitation multi-espèces de perroquets

par Manon Tremblay DMV


 

Cookie perd la face

On s'imagine aisément la puissance du bec d'un ara. Aussi, quand Cookie, l'inséparable, est allé saluer son présumé nouvel ami, Oscar l’ara, ce qui devait arriver arriva.

Le grillage de la cage d'Oscar permettait à Cookie d'y passer la tête pour mieux inspecter cette nouvelle installation récemment arrivée dans le salon. Oscar, peu sociable et froissé par une telle familiarité, a immédiatement fait comprendre à Cookie qu'il est le seul maître dans sa cage en lui infligeant une morsure d'avertissement sur la tête.

Le problème, c'est qu'un tel avertissement de la part d'un grand perroquet, tel l'ara, sur un inséparable peut se transformer en une morsure mortelle ou presque.

Cookie est arrivé d'urgence à la clinique à peine 10 minutes après l'accident. Il était semi-comateux et saignait du bec, des oreilles, du nez et d'une lacération sur le dessus de la tête. Le point principal d'impact se situait justement là: la peau était arrachée de 1,5 cm environ, mettant à nu l'os du crâne. Heureusement, la boîte crânienne était intacte, ce qui n'était pas le cas pour les os de la face. En effet, ceux-ci avaient enfoncé lors de l'impact, dévisageant ainsi le pauvre Cookie curieux.

Des soins intensifs d'urgence ont immédiatement été appliqués. Il s'agissait de stabiliser l'oiseau, de remplacer les fluides perdus, de donner de la vitamine B et du fer ainsi que des antibiotiques, des anti-inflammatoires et des antidouleurs. Un bandage spécial a été placé sur la plaie vive du crâne. Il s'est avéré impossible de faire des points de suture parce qu'il ne restait pas assez de peau. Le bandage, fait d'une matière gélatineuse, empêche le dessèchement de l'os et des structures vitales sous l'os, permet à la blessure de respirer sans se dessécher et recrée artificiellement la protection de la peau. L'oiseau étant incapable de se nourrir, il fallut le gaver et il ne restait plus qu'à l'installer confortablement au calme et laisser la nature faire le reste. Évidemment, les propriétaires de Cookie étaient bien conscients des risques de complications qui pouvaient survenir et même du décès possible du petit blessé.

La volonté de vivre et la force de caractère légendaire des inséparables ont certainement contribué, avec les soins médicaux, à la guérison presque miraculeuse de Cookie.

La convalescence fut longue. La plaie sur la tête s'est refermée par un phénomène qu'on appelle la "granulation", c'est-à-dire qu'un tissu cicatriciel s'est formé tout autour de la plaie et s'est avancé vers le centre pour finalement fermer complètement la blessure. Bien que Cookie soit demeuré presque chauve, les plumes de sa tête sont revenues peu à peu.

Comme les os de sa face avaient été enfoncés, il a fallu nourrir Cookie par gavage jusqu'à ce que la force soit revenue dans son bec et qu'il puisse manger par lui-même.

Aujourd'hui, Cookie ne garde que peu de séquelles de son accident. À part sa calvitie partielle et sa drôle de petite face, personne ne peut imaginer par où il est passé. Les propriétaires ont éloigné la cage d'Oscar de celle de Cookie. La prévention a toujours bien meilleur goût.

Des accidents impliquant des morsures chez les perroquets sont toujours très sérieux. Particulièrement quand il s'agit de morsures de chats ou de chiens. En effet, deux phénomènes principaux peuvent se produire.

1. La pression exercée par la mâchoire de l'agresseur sur le corps de la victime peut entraîner des hémorragies internes par éclatement des organes ou la suffocation si la pression est maintenue.


2. Toute blessure ou déchirure de la peau ou du muscle par les dents permet le passage d'une grande quantité de bactéries pathogènes; celles-ci présentes surtout dans la salive du chien et du chat. On peut dire qu'une morsure infligée par un oiseau est moins dangereuse.

Donc, à la suite d'une agression, même si les blessures de l'oiseau semblent mineures, il faut savoir que la situation est critique. Si la victime ne reçoit pas d'antibiotiques, les bactéries déposées dans les plaies, si petites soient-elles, se multiplient et se propagent dans tout l'organisme de l'oiseau par le biais de la circulation sanguine. On appelle ce phénomène "septicémie" et l'oiseau qui en développe une décède subitement dans les 2 à 4 jours suivant l'accident sans signe évident de malaise. De plus, une période critique d'environ 48 heures est observée chez tout oiseau attaqué en raison du risque d'hémorragie interne et/ou cérébro-vasculaire. Il est impossible d'évaluer l'intégrité des vaisseaux sanguins et des organes internes suite à une agression. La pression intense subie lors de la morsure a pour effet de fragiliser ces structures à des degrés différents.

En résumé, il faut être prudent et apprendre à reconnaître les situations à risque. Il faut cependant rester calme si un accident se produit malgré tout. Ainsi, il ne faut pas tirer sur un oiseau pris dans la gueule d'un chat ou d'un chien pour le libérer. Il faut essayer d'ouvrir les mâchoires de l'agresseur et d'en retirer délicatement la victime. Dans l'immédiat, on contrôlera le saignement en appliquant une pression à l'endroit blessé. Il est recommandé d'envelopper l'oiseau dans une serviette pour le calmer et le garder au chaud. Il faut ensuite consulter rapidement le vétérinaire, même si tout semble correct. Il en va peut-être de la vie de votre perroquet.



 

 

© Manon Tremblay 2005

Photos
Gumby, agapornis, Nicole Gélinas