La punition et le perroquet


par Johanne Vaillancourt


 

La punition d'un perroquet n'entraîne pas les modifications recherchées du comportement.

Problématique de la punition

De nombreuses personnes considèrent (par anthropomorphisme) la punition comme le traitement le plus facile, efficace et le plus logique face à un comportement jugé inacceptable de la part de leur perroquet. Cette perception est erronée, il est entendu depuis longtemps, que le perroquet ne reconnaît pas la punition, du moins, pas de la façon dont nous, humains, la concevons:

1) Cette notion ne fait pas partie de son bagage génétique (c’est biologique).

2) La punition présente le désavantage d'appauvrir le répertoire comportemental en supprimant un élément sans le remplacer par un autre.

3) La plupart du temps, le perroquet se fait disputer pour une faute qu’il ne sait pas avoir commise.

4) Le perroquet ne reliera pas la punition à son propre comportement, mais l’associera plutôt à la colère de l’humain.

5) Les punitions, en plus de n’avoir aucune prise sur l’oiseau, ajouteront à l’insécurité et l’anxiété de ce dernier et peut même augmenter la réponse qu’on désire supprimer si elle présage d’un renforcement positif.

6) La punition n’a souvent qu’un effet temporaire sur le comportement.

7) Le perroquet qui se fait punir risque de relier la punition à un stimulus discriminatif, tel l’humain qui administre la punition, une situation ou un évènement précis et ne pas généraliser la sanction à d’autres personnes, situations ou événements. Il tentera d’éviter ces personnes ou ne s’abstiendra de répondre que dans ces circonstances.

8) Les punitions à répétition peuvent amener l’humain à développer une perception négative de son oiseau, ce qui aura pour conséquence de lui faire porter plus d’attention aux bêtises qu’aux bons coups de leur perroquet.

9) Offrir des alternatives de manière positive est de beaucoup plus efficace que la punition sur un comportement.

 

  • Il serait plus profitable pour l’humain et l’oiseau d’encourager et récompenser les comportements désirés.


  • Plus le perroquet recevra d’attention pour ses bons coups, moins il aura besoin de recourir aux mauvais pour l’obtenir.


  • Les punitions exagérées ainsi que les expédients rapides "quick fix" ne sont en aucun cas justifiables. (exclusion, corrections physiques, couvrir la cage, arroser, tremblement de terre, etc.) Je les apparente plutôt à de la maltraitance.


  • Ce sont des actes abusifs, délivrés de façon inconséquente et disproportionnés par rapport à la faute commise qui ne servent qu’à effrayer l’oiseau.


  • Elles ne reflètent que la difficulté de l’humain à contrôler ses propres émotions.

 

Mieux vaut s’efforcer de prendre l’oiseau sur le fait à bien agir, et le plus souvent possible. Il sera alors plus disposé à être attentif à ce qui se passe quand il n’agit pas de la bonne façon.

Le perroquet ne reconnaît pas la punition, n’en retire aucune leçon et, dans bien des cas, le simple fait de remarquer un mauvais comportement de sa part vient renforcer ce comportement!!! Par contre, il peut comprendre qu’une action amène une réaction qui risque d’avoir des développements désagréables pour lui, généralement le retrait d’un plaisir ou l’inassouvissement d’un désir.

 

Des comportements approprié de l'humain amènent de "bonnes" réactions du perroquet.

Des pistes de solutions

La conséquence d'un comportement

 

  • L’ajout d’un stimulus positif (agréable) renforce positivement un comportement.


  • Le retrait d’un stimulus négatif (aversif) renforce positivement un comportement.


  • Aucune présentation de stimulus affaiblit le comportement et le fait disparaître.


  • Le retrait d’un stimulus positif affaiblit le comportement et le fait disparaître.


 

Pour être efficace, la "conséquence" doit être:

  • Constante (inadéquat un jour, inadéquat toujours)
  • Suivre immédiatement le comportement.
  • Être annoncée.
  • De courte durée.
  • S’assurer qu’on ne renforce pas le mauvais comportement.

 

Un exemple:
Vous jouez avec votre perroquet à d’innocents jeux de batailles avec vos mains, et l’oiseau devient de plus en plus excité parce qu’il aime se tirailler avec vous, et naturellement, vous mordille de plus en plus fort.

1. Vous annoncez: "trop fort!"

2. Retrait du plaisir  cessez le jeu et retirez vos mains. Tout ceci doit se faire sans le disputer ni élever la voix; en fait, sans lui donner aucune réponse.

3. Attente (10 secondes), puis reprise du jeu.

4. Dès que la pression se fait plus insistante, vous annoncez, cessez le jeu, attendez et reprenez.

La conséquence = le retrait du stimulus positif. Il s’agit simplement de retirer vos mains et cesser le jeu, ce qui, de prime abord, surprendra le perroquet qui ne comprendra pas tout de suite.

Après avoir repris le jeu, vous annoncez et cessez de nouveau si la pression du bec se fait trop forte, puis, vous recommencez et cessez… À ce moment, le perroquet cherchera à comprendre et fera des essais par lui-même en augmentant et en diminuant la pression de son bec, jusqu’à ce qu’il fasse la relation entre la pression trop forte de son bec et l’arrêt du jeu.

Ici, le perroquet fait un apprentissage par la méthode d’essai / erreur. Il récidivera plusieurs fois avant de faire la relation entre son geste et votre réaction. C’est par la constance de l’avertissement et du retrait du stimulus positif qu’il finira par faire l’association dans sa tête, qu’il trouvera son erreur.

Par la suite, si la situation se reproduit, parfois il ne suffira que d’annoncer "trop fort" pour que l’oiseau relâche sa pression. À ce moment, il n’y a pas de raison d’interrompre le jeu, le perroquet, par son attitude, a évité la punition: il a choisi un comportement alternatif. :-)

 

L’extinction

On utilise la méthode de l’extinction quand un comportement de l’oiseau n’entraîne aucune conséquence positive ou négative. Lorsqu’un comportement n’est pas renforcé, il finira par se modifier ou disparaître.

  • L’extinction aura lieu si la réponse de l’oiseau n’est pas ou plus renforcée.
  • L’extinction (pas du tout de conséquence) par elle-même ne sera jamais aussi efficace que si elle est utilisée en association avec un renforcement positif.

 

On renforce lorsque Coco fait un essai en empruntant la bonne voie à suivre (même si cet essai n’est pas parfait). Il a changé de stratégie et c’est cette attitude qu’il faut absolument renforcer.


Exemples

L’oiseau crie à tue-tête: on n’offre aucune réponse (on tourne le dos ou on sort de la pièce).

L’oiseau parle doucement ou fait des sons agréables: on répond immédiatement. (On le regarde, on vient vers lui, on répète joyeusement le son agréable, on félicite.)


Ici, l’oiseau apprendra que s'il hurle, il n’obtiendra absolument rien de vous. S’il parle ou émet des sons moins forts, il réussira à capter votre attention.


Important:
L’extinction, qu’elle soit partielle ou totale, n’est pas un phénomène instantané. Il faudra souvent plusieurs répétitions avant que Coco ne réalise qu’il perd son temps et qu’il décide qu’il serait plus judicieux de modifier son "modus operandi".

Par ces renforcements et ces non-renforcements, vous guidez votre perroquet vers la réussite de l’objectif. Il sera normal qu’il s’essaie de nouveau (souvent plusieurs fois) avant de se rendre compte que l’avenue qu’il s’entête à emprunter ne lui rapporte rien du tout.

 

 

Il faut offrir une possibilité d'évitement du comportement non désiré et de  la conséquence au perroquet

L’évitement

Le perroquet DOIT TOUJOURS avoir une possibilité de réponse alternative:

  • Soit arrêter de lui-même le comportement au moment où il s’apprête à l’exécuter


  • Soit une possibilité d’échappement, c’est-à-dire, accomplir un comportement alternatif (bon).


  • Dans un cas où l’oiseau est effrayé par quelque chose… la possibilité de fuir.

 

Comme la méthode prônée ici est en grande partie basée sur les essais et erreurs du perroquet:

1) Il s’agit de n’offrir aucune réponse suite à un comportement déplaisant de la part de l’oiseau (extinction).

2) Mieux vaut miser sur les réponses positives si on veut que notre oiseau se permette d’explorer des avenues en toute confiance, sans crainte de sanction.

La socialisation doit laisser une chance à l’oiseau de bien assimiler un bon comportement (ce qui se fera avec du temps et de la constance).

Le perroquet est un animal impulsif qui vit dans l’instantanéité du moment, et qui a par conséquent beaucoup de difficulté à refréner ses désirs ou ses réactions. Pour cela, il est primordial de mettre au point des procédures d’évitement de la conséquence avec votre oiseau plutôt que de tenter sans succès de le punir.

Bien communiquer évite bien des embêtements...

 

© Johanne Vaillancourt 2004 à 2011

 

 

Photos
Gazou, gris d'Afrique, (psittacus erithacus erithacus), CAJV
Arianne, cacatoès des Moluques(cacatua moluccensis), Cristine Cadoux
Jo, conure soleil (aratinga solstitialis), Cristina Marques