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De la psychologie chez les perroquets?


par Johanne Vaillancourt


 

Ornithopsychologie

Les perroquets sont des êtres dotés d’une grande intelligence, d’une grande sensibilité et… nous avons souvent tendance à l’oublier, d’une gamme de comportements naturels, conçus spécifiquement pour le milieu dans lequel ils ont évolué, un habitat de perroquet; celui de leurs ancêtres. L’intervention comportementale avec les perroquets doit tenir compte de ces attitudes innées qui viennent de série avec nos charmants volatiles…
Faire de la "psychologie" avec un perroquet vivant en captivité est en tout point semblable à l’ethnopsychologie ; cette discipline qui relève de l’anthropologie, de la sociologie et de la psychologie.

Dans le cas de notre perroquet, le terme ornithopsychologie, malgré sa consonance un peu inusitée… serait certes plus approprié.

Dans cette discipline inusuelle, nous tiendrons compte de la condition de l’oiseau (l’animal proie), de son environnement sociologique (en captivité; nos familles et maisons), et nous recourrons à un réjouissant touillage d’éthologie et de psychologie.
L’ornithopsychologie s’obligerait donc à l’interdisciplinarité en considérant les concepts-clés de l’ornithologie (éthologie) et de la psychologie, de façon à pouvoir intervenir dans des situations de dysfonction de la communication ou désordre comportemental que l’on peut repérer chez nos perroquets de compagnie.

Si nous ignorons les comportements innés de nos oiseaux, la moindre tentative d’intervention sera inévitablement vouée à l’échec. Nous pouvons tout au plus influer sur les attitudes naturelles de notre perroquet en tentant d’aider l’oiseau à s’adapter (du mieux possible) aux contraintes sociales de la vie "domestique", mais nous ne saurions les invalider complètement. Il nous faudra donc composer avec, et ce, pour le bien-être psychologique de Coco (et accessoirement du nôtre).

Comme je l’ai souvent spécifié, nos perroquets ne sont ni des chiens, ni des chats et encore moins des humains! Ce sont des perroquets qui vivent en compagnie des humains et qui doivent être socialisés à ce milieu on ne peut plus étrange pour eux. De plus, toutes tentatives de dressage qu’on utilise (souvent à tort) avec nos chiens seront vouées à autant de cuisants échecs si utilisées avec notre perroquet et risquent de lui causer des torts considérables, et ce, à plusieurs niveaux.

Le perroquet pour sa part, doit, en quelque sorte, s’essayer à l’ethnopsychologie pour tenter de nous comprendre, nous humains, et notre étrange milieu. Nous avons nos codes, nos modes d’expression et nos règles qui doivent souvent lui sembler bien insolites. Vivre avec des perroquets, c’est en quelque sorte le choc des cultures, autant pour eux que pour nous.

 

Coco en thérapie?

Les "thérapies" cognitives et comportementales utilisées avec les perroquets (et leurs humains) suivent sensiblement les mêmes schèmes que les celles du même ordre chez l’humain avec l’humain:

  • Analyse fonctionnelle
  • Définition des objectifs
  • Mise en œuvre d’un programme
  • Évaluation des résultats

 

Il est important de comprendre que l’humain désirant prendre la voie d’une "thérapie" comportementale avec son perroquet se doit d’acquérir l’ouverture d’esprit ainsi que la cohérence et la constance prérequises pour l’aventure.
L’analyse fonctionnelle permet de déterminer une intervention différente selon son milieu, le tempérament du perroquet, en incluant les caractéristiques de son espèce, en fonction de la problématique qui lui est propre. Elle vise à définir les problèmes-clés, leurs fondements, ainsi que leurs corollaires.

Les problèmes-clés sont, dans une visée pragmatique, ceux sur lesquels on pense qu’une action positive est possible et dont la solution permettra d’influer ou rééquilibrer l’environnement et subséquemment, les vilains comportements de Coco.

L’action modificatrice à entreprendre porte la plupart du temps (et même, presque tout le temps) sur les facteurs de maintien du comportement/problème. En effet, dans la plupart des cas, si le comportement perturbé est l’écho résiduel d’événements traumatiques anciens (imprégnation hétérospécifique à l’humain, sevrage inadéquat ou trop rapide, absence de socialisation, dysfonction de la communication, abus physiques ou psychologiques), il aura, au fil du temps, acquis d’autres sens, d’autres fonctions dans la structure organisationnelle de l’oiseau. Ce sont souvent ces vestiges qui font perdurer le comportement.
 

De plus, dans plusieurs cas de réels troubles du comportement chez les perroquets, les problèmes-clés sont aussi très souvent associés à des troubles environnementaux et il en découle des difficultés psychologiques et relationnelles qui favorisent de façon dramatique les excès (picage, automutilation, anxiété, stéréotypies, agression, etc.).

D’un point de vue empirique, l’analyse fonctionnelle se pratique au moyen d’entretiens avec les humains (propriétaires) de l’oiseau, de recherches auprès des humains (propriétaires) précédents, incluant l’animalerie ou l’éleveur, et, idéalement - quoique pas toujours possible - d’analyses sur le terrain: observation de l’oiseau dans son environnement (chez lui, dans sa maison, les interactions avec son groupe social (humain)), en plus de l’historique de l’oiseau, les méthodes précédemment utilisées et l’examen détaillé des échecs précédents. Tout cela permet de définir les objectifs ainsi que les obstacles principaux.

Il est essentiel d'obtenir la plus totale coopération de l’humain pour bien noter le comportement-problème: variations, pertes de contrôle, compulsions, fréquence et durée des épisodes de crise, etc.

De plus, il est important de prendre en compte les troubles psychopathologiques qui sont associés au comportement: troubles anxieux, phobies/panique, perturbations émotionnelles et affectives, etc. et les dérèglements tels: le picage, l’automutilation, les stéréotypies, etc.
En ce qui concerne l’agression et l’hypervocalisation, ce sont plus souvent qu’autrement des réponses apprises, associées à des situations spécifiques et relève plus de la dysfonction de la communication (facilement rectifiable avec de la bonne volonté de la part de l’humain) que d’un réel problème de comportement.

Il est entendu que les carences, les interruptions ou la discontinuité dans les soins parentaux chez les EAM (perroquet élevé à la main) durant la première année de vie de l’oiseau, contribuent plus que significativement au développement de réels problèmes de comportements - non seulement précoces, mais aussi tardifs. À ce point, l’intervenant dispose ici de différentes actions possibles qui seront à discuter avec le client, entre autres :

Une approche cognitive - apprentissage permettant la modification ou la maîtrise du comportement. Elle a une finalité d’adaptabilité ; apprendre à l’oiseau à modifier un comportement. L’activité cognitive affecte le comportement et elle peut être modifiée.

Une approche comportementale - série d’actions/réactions ayant pour but de faire réagir le perroquet face à un comportement de façon progressive. Il s’agit d’un stimulus (évènement) qui agit sur l’oiseau et qui entraîne une réponse qui, elle, entraîne une conséquence positive ou négative (renforcement). Il ne s’agit pas ici d’appliquer une suite de recettes prédéterminées, chaque cas étant différent, mais d'établir une stratégie individuelle pour chaque perroquet en fonction de son tempérament, de ses antécédents et de sa problématique propre.

La suite de l’aventure dépend de la volonté des humains responsable à s’investir avec constance et cohérence et, règle générale, on risque fort d’obtenir rapidement des résultats très encourageants. Un perroquet irrécupérable… je n’en ai jamais rencontré!

"Une fois résolu, un problème est d’une étonnante simplicité." Paulo Coelho

 

© Johanne Vaillancourt 1996 à 2009

 

Photos
Pepette, cacatua alba, Maggy Costa
Molly, anodorhynchus hyacinthinus, CAJV
Kiwette, ara auricollis, CAJV
Elmo, ara macao et Molly, anodorhynchus hyacinthinus, CAJV
Jade, pionus menstruus, Jean-Luc Robichaud