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Plaidoyer pour un prisonnier


par Johanne Vaillancourt


 

Perroquet en cage.

Les êtres humains ont depuis toujours aimé tout régenter; que ce soit les villes, les gens, la nature ou les animaux.

Un jour, l’être humain a senti le besoin d’une compagnie autre que celle de ses semblables. Il a donc décidé d’adopter des animaux. L’animal de compagnie était né, mais l’humain étant… humain, il se devait naturellement de lui imposer SA manière d’être et de vivre. Hé oui! L’être humain est ainsi fait; il a soif de pouvoir et de domination. Il lui était inconcevable de "domestiquer" des animaux en les laissant être… eux-mêmes. Il se devait de les contrôler, les soumettre et surtout, leur retirer ce qui est essentiel à tout être vivant… la liberté.

Le perroquet n’a malheureusement pas échappé à cette volonté de conquête. Victime de sa grande beauté, l’humain a voulu posséder comme parure dans sa maison le plus libre des animaux de la création: l’oiseau.

Le perroquet ne possède aucun droit dans le monde des humains.

Lorsqu’il eut capturé l’oiseau, ce qu’il jugea de plus "humain" à faire fut de le mettre en cage. LUI, l’oiseau qui, dans son habitat, a toujours eu des kilomètres de territoire à survoler, on le voue à l’oisiveté perpétuelle, on lui impose un mode de fonctionnement qui en bien des points, est contraire à ses instincts de conservation. Il doit, pour survivre dans le monde de l’humain, trahir sa nature ainsi que ses modes naturels de communication. Tout ce qui lui est essentiel pour survivre en liberté lui est dénié dans le monde de l’humain.

Puis, vient le moment où l’humain veut faire de l’oiseau SA créature. Il veut qu’il parle comme l’humain, qu’il mange comme l’humain et aux heures décidées par l’humain, qu’il s’occupe avec des jouets d’humain, bref, qu’il soit semblable à l’humain.

L’oiseau n’a aucun droit dans le monde des humains. Jamais il ne peut protester ou se plaindre de sa condition. Il doit être prêt à jouer et distraire l’humain lorsque ce dernier en a envie. Par contre, le perroquet qui tente de prétendre à un peu d’attention se doit trop souvent de refouler ses envies sous peine de conséquences. L’oiseau n’a pas le droit de revendiquer dans le monde des humains, il doit attendre le bon vouloir de son MAÎTRE.  

Les perroquets sont des prisonniers qui se souviennent de leurs jours de liberté.

Mais les perroquets sont des prisonniers récalcitrants. Ils sont rebelles et se souviennent trop bien du temps de la liberté. Alors, ils développent en captivité des comportements qui leurs étaient jusqu'à maintenant inconnus: picage, obésité, agressivité, stéréotypies, cannibalisme et autres comportements aberrants.

L’ennui et le désoeuvrement sont les pires ennemis du perroquet qu’on dit "domestique"! Que peut-il donc faire pour meubler ses journées, lui pourtant si actif dans la nature? Chez les humains, il n’y a rien à faire… Rien !

Donc, il observe. Toute la "sainte" journée, il observe et il attend. Sa vie de perroquet de compagnie est réglée comme en prison, au rythme des levers, des repas et des couchers. Il observe et attend son MAÎTRE. Il attend que celui-ci daigne bien lui accorder une petite heure dans la journée. Mais, que doit-il faire des 23 autres heures???


Alors, de grâce, vous l’humain qui lisez ces lignes, soyez indulgent avec votre perroquet. Aucune sentence ne se veut plus cruelle que la prison à perpétuité pour qui n’a commis aucun crime… un innocent !

 

© Johanne Vaillancourt 1997

 

 

 

Photos
Psittacus erithacus timneh,Olivier Wecxsteen
Amazona ochrocephala ochrocephala, Olivier Wecxsteen
Psittacus erithacus erithacus, Olivier Wecxsteen