Version anglaise

Mon perroquet hurle


par Johanne Vaillancourt


 

Crier est une forme de communication innée chez le perroquet.

Crier pour se faire entendre

Crier est la première forme de communication innée pour le perroquet. Que ce soit dans la nature avec ses congénères ou avec nous dans nos maisons, un perroquet qui crie (lire hurle) essaye toujours de communiquer, d’exprimer quelque chose.

Une des formes acquises de la communication est l’apprentissage des appels de liaison. Dans son environnement naturel, le jeune perroquet apprend les vocalisations qui lui serviront de signaux pour garder un contact avec son groupe social. Ces vocalisations sont apprises par l’écoute et l’imitation des parents et des membres du groupe social très tôt dans la socialisation du jeune perroquet.

Si les appels de liaison pour garder le contact font partie des comportements innés de l’oiseau, les vocalisations qui les composent seront acquises. Ces dernières feront partie du bagage individuel de l’oiseau et dépendront de ce qu’il apprendra et retiendra du milieu dans lequel il évoluera, selon les réponses qu’il obtiendra. Beaucoup de modulations et sons divers seront ainsi assimilés (si ils rapportent, si ils permettent de communiquer) afin de pouvoir maintenir des rapports serrés avec le groupe.

Il est dans la nature du perroquet de vouloir communiquer par des vocalisations et il est donc normal que cette partie acquise d’appels de liaison se transpose aussi dans un contexte de domesticité.

Il apprendra les sons quotidiens et familiers qui servent à attirer l’attention, à demeurer en contact ou à faire connaître un désir ou une frustration et retiendra naturellement… ceux qui fonctionnent bien (pour lui).

Le perroquet s’exprime et vous devez tenter tant bien que mal de déchiffrer ce langage en comprenant bien que c’est un appel, une communication, et essayer de comprendre ce que votre oiseau essaie de vous notifier… Pas une mince affaire! Si vous ignorez ces vocalisations, l’escalade risque de s’amorcer et c’est à ce moment que les appels de liaison se transformeront en cris, que dis-je - hurlements de liaison.

Il y a une multitude de sons (appels) qui définissent les états d’âme de votre perroquet. La modulation de l’appel ou du cri sera différente selon les circonstances ou les émotions mises en cause.

  • Localiser les membres de son groupe social. Le perroquet fera des appels de liaison pour tenter de localiser son humain chouchou ou les membres de son groupe dans la maison. Parfois, une simple réponse lui suffira et il retournera à ses occupations. D’autres fois, il aura simplement envie de venir vous rejoindre et il saura, par votre réponse, où vous trouver (s’il en a la possibilité bien entendu).


  • Vocalisation d’alerte ou de détresse. Un perroquet normal crie lorsqu’il se retrouve soudainement confronté avec ce qui lui semble menaçant: un objet nouveau, un étranger, un bruit soudain, etc. Ce n’est pas un comportement anormal, c’est une situation d’alarme ancestrale transposée dans un contexte domestique qui sert principalement à aviser son groupe d’un danger probable ou imminent. On ne parle pas ici de problème de comportement. Ces genres de cris sont très définis et circonstanciels (peur du chien ou des gros oiseaux à l’extérieur, l’arrivée d’une voiture dans votre espace stationnement, un promeneur sur le trottoir face à votre domicile, etc.). Par contre, si votre perroquet émet fréquemment ce genre de cris d’alarme, vous devrez réévaluer l’environnement de l’oiseau; il n’est pas normal qu’un perroquet soit en constante situation de détresse.


  • Le perroquet se sentant exclus criera pour faire connaître sa localisation.

  • L’exclusion. Rien de pire pour un animal social qui dépend de son groupe pour survivre. L’oiseau est isolé du groupe, et il tente de vous localiser ou de vous faire connaître sa position dans la maison. Le perroquet étant un animal grégaire, il ne supporte tout simplement pas l’exclusion. Il fera à ce moment des petits appels de liaison (généralement les mots qu’il connaît: allooo, comment ça va? t’en viens-tu? Bisous, etc.). S’il ne reçoit pas de réponse à ces appels répétés, il haussera doucement le ton et, si la méthode douce ne fonctionne pas, il utilisera la corsée…celle qui fonctionne à tous les coups. Si vous attendez jusqu’à cet extrême pour réagir, l’oiseau en retiendra (bêtement) qu’il doit hurler à tue-tête pour qu’on daigne bien venir s’occuper un peu de lui. Il vient d’apprendre à crier pour communiquer ou avoir votre considération, puisque c’est à ce moment-là qu’il a retenu votre attention.


  • Influence environnementale. Vous ne devez jamais minimiser la très forte empathie des perroquets. Souvent l’atmosphère ou l’animation ambiante dans la maison a une incidence (très) directe sur le niveau sonore exprimé par l’oiseau. Votre perroquet ne saurait demeurer impassible face aux enfants qui se chamaillent, la télé ou la radio qui jouent à tue-tête, le chien qui ne cesse d’aboyer dans la cour. S’il y a de l’action dans la maisonnée, le perroquet en sera, soyez-en certains!

    De plus, n’oubliez jamais que crier est un moyen de communication naturel pour le perroquet et que, si vous renchérissez en criant après lui pour tenter de l’impressionner et le faire taire… il en conclura tout simplement que vous communiquez avec lui et il tentera d’imiter la puissance de votre voix… À ce jeu-là, croyez-moi, vous n’êtes pas de taille pour la compétition.


  • Lorsque ses plumes de vol sont taillées, le perroquet requiert un taxi pour ses déplacements dans la maison.

  • Taxi. Un perroquet qui a les plumes de vol taillées a besoin d’un moyen de locomotion dans la maison. Alors que fait-il? Il appelle son taxi! Et si le taxi n’arrive pas rapidement, le perroquet n’est pas du genre à abandonner; il appellera tant et aussi longtemps qu’il le faudra… Mieux vaut laisser à Coco ses modes de locomotion naturels (ailes), il y gagnera en autonomie et vous y gagnerez en quiétude!

 

Ces cris, qui sont utilisés dans des situations normales, peuvent rapidement dégénérer en fonction des réponses que vous offrirez à l’oiseau. En effet, en animal intelligent, le perroquet risque de comprendre rapidement comment il peut influer sur les comportements de son entourage… à son avantage, par l’utilisation de sons stratégiques afin d’en recevoir des bénéfices. Assurez-vous d’envoyer les bons messages à votre perroquet, ceux que vous désirez qu’il retienne… Plusieurs perroquets apprennent assez rapidement à obtenir ce qu’ils désirent de leur humain en hurlant, puisque certaines personnes feraient n’importe quoi pour faire taire l’oiseau en lui donnant exactement ce qu’il souhaite au moment où il s’exécute. En effet, le perroquet peut émettre des cris d’alarmes et de détresses pour vous faire réagir, ou encore, imiter de façon assourdissante les bruits de la maisonnée, tels le détecteur de fumée, le jeu vidéo ou n’importe quel son inapproprié, tout en étant certain de bien agir, en étant convaincu qu’il communique de façon adéquate, même s’il vous rend fou… puisque ça fonctionne!

Généralement, le perroquet ne crie pas pour rien. Il y a toujours une raison (du moins, selon son point de vue), toutes ses actions résultant de motivations bien précises. Parfois il peut nous être difficile de discerner ce qui incite notre oiseau à s’égosiller: ce qui peut nous sembler très anodin a peut-être d’une tout autre dimension pour notre perroquet.

Le perroquet crie sporadiquement; c'est un comportement normal auquel il faut s'attendre.

Un criaillement sporadique est tout à fait normal, il ne faut pas oublier que c’est un moyen de communication inné et que même le plus socialisé des perroquets se servira de temps à autre de ce moyen comme appel de liaison pour vous localiser. À ce moment, une simple réponse, telle: "je suis dans la cuisine", saura satisfaire votre oiseau, en autant que vous ayez pris la peine de, préalablement, lui faire visiter et connaître son territoire.

 L’important ici est de ne pas récompenser indûment ce comportement en donnant l’attention désirée à l’oiseau. Si on réagit à ce genre de comportement soit en criant sur lui de plus belle ou en répondant de façon positive à ses yeux (venir vers lui, lui offrir une gourmandise pour le faire taire, et… etc.), nous le confirmons dans cette attitude et il n’en retiendra seulement que: s’il désire de l’attention (ou quoi que ce soit d’autre), il n’a qu’à l’exprimer haut et fort!

Naturellement, il faut faire la part des choses. Si c’est un tout jeune perroquet ou un bébé qui crie, la situation demande une attention immédiate – un petit, ça ne crie jamais pour rien; par contre, vos réactions face à un comportement de ce genre venant de la part d’un perroquet plus "expérimenté" demanderont plus de réflexion de votre côté avant de poser LE geste malheureux... Seul un perroquet mal socialisé, "insécure", anxieux, insatisfait, voire même accablé, criera de façon forte, persistante, répétitive sans raison apparente ou encore parce qu’il ne sait comment réagir face à une situation même des plus banales. À vous de voir!

 

 

Article connexe
Le perroquet autonome

 

© Johanne Vaillancourt 2006-2009

 

Photos
Picasso, ara severa, CAJV

Psittacus erithacus erithacus, Manon Lacoursière
Cacatua alba, Marie-Josée Ouellet
Chiko, ara ararauna, Sylvain-Luc Richard



annuaire