Un perroquet comme animal de compagnie


par Natacha Larivière, intervenante en comportement

 

Oui, mais y avez-vous bien pensé?

Il y a de nombreuses raisons qui motivent notre envie de faire l’achat d’un perroquet. En ce qui me concerne, lorsque j’ai décidé d’adopter un perroquet, les raisons qui justifiaient ma décision étaient guidées par des émotions purement humaines que je n’avais pas analysées avant d’aller chercher ma cocotte d’amour.

Je ne suis pas fière de l’avouer, mais je crois que c’est une étape normale qui touche la majorité des gens qui font le choix d’avoir un perroquet ou un animal de compagnie. Nous voulons un oiseau qui nous aimera nous, qui dépendra de nous et pour lequel nous serons le centre de l’univers. C’est cet état d’esprit qui m’a habitée durant le premier mois où j’ai vécu avec Misha, ma femelle ara bleu et or qui avait à l’époque 4 mois. Puis petit à petit, au fil de mes lectures, mais surtout après une conversation téléphonique avec Johanne Vaillancourt, j’ai appris que les perroquets étaient des êtres libres de leurs choix. Que ce n’est pas parce qu’un humain réalise son rêve d’avoir un perroquet que le volatile en question lui sera dévoué. Il peut préférer le conjoint ou la tante en visite à la personne qui s’en occupe chaque jour.

Depuis, je regarde le temps qui s’est écoulé et je peux voir avec fierté et étonnement tout le chemin que j’ai parcouru depuis près de 3 ans. J’ai adopté d’autres perroquets par la suite, mais mes motivations étaient toutes autres. Ceux qui sont venus se greffer au groupe n’ont pas eu à combler un besoin affectif ou des attentes spécifiques de ma part. Ils arrivent comme membres à part entière du groupe avec des choses à apporter, mais aussi avec des limites et un passé qui leur est propre. Ils ont à se développer eux et à être heureux le plus possible et non à contribuer de quelque façon que ce soit à mon épanouissement personnel. Tant mieux si leur présence et la vie que je partage avec eux me permet de me dépasser et de relever certains défis, mais ils n’en sont pas responsables.

Le fait aussi pour mes oiseaux de ne pas être "l'animal de compagnie unique" vivant dans un groupe d’humains leur enlève un grand poids sur les épaules. Ils sont davantage acceptés pour ce qu’ils sont et non pas suivant les espoirs que l’on met en eux. De toute façon, ce n’est pas un service à rendre à l’oiseau que de le faire dépendre complètement de nous. C’est en quelque sorte l’infantiliser et lui enlever sa dignité de créature sauvage. Le rendre "libre" en captivité, voilà notre but!

Une deuxième raison qui motive l’acquisition d’un perroquet et que j’entends souvent autour de moi: "Je veux un perroquet qui parle". Oh! La, la! Que de déceptions en vue! À peine sorti de l’œuf et il doit s’exprimer mieux que nous. Quand l’oiseau arrive à l’âge d’un an et qu’il ne sait que dire "allo", les gens sont alors déçus et cela, le perroquet le sent très bien grâce à sa grande capacité d’empathie. Quand les attentes ne sont pas comblées, l’intérêt pour l’oiseau diminue souvent. Avoir un perroquet, c’est davantage que posséder un animal ayant la faculté de parler. C’est un être qui a beaucoup plus à offrir que cela, il faut prendre le temps de le découvrir.

Quand les gens viennent à la maison ils sont souvent surpris de voir mes oiseaux qui se promènent librement dans la maison (sous supervision) et de les voir partager nos repas et activités. Souvent, ceux qui souhaitent adopter un perroquet manquent d’informations et n’ont aucune idée des capacités intellectuelles et des émotions qui habitent un perroquet. Ils ont bien sûr tous rencontré quelqu’un dans leur entourage ayant une perruche ondulée. La plupart du temps, cette dernière était solitaire, enfermée 24 heures sur 24 dans une cage trop petite, ne mangeant que des graines. L’expression "avoir une cervelle d’oiseau" est encore bien présente dans l’imaginaire populaire. Un oiseau, c’est fait pour être gardé en cage et observé. Après tout, ce n’est qu’un oiseau! On choisit un oiseau pour sa beauté et ses couleurs magnifiques. Bien dommage, car le potentiel de l’oiseau est étouffé et on ouvre la porte à une panoplie de problèmes de comportement. Ces problèmes résultent alors du mal-être de l’oiseau dont les besoins fondamentaux sont ignorés; ce qui amène tôt ou tard l’abandon de l’oiseau que l’on arrive plus à supporter.

Ceux qui choisissent un oiseau pour combler un manque affectif ou pour se sortir d’un état dépressif ne rendent service ni à l’oiseau ni à eux-mêmes. Il faut ici tenir compte de la grande capacité d’empathie que les perroquets possèdent. Arrivant à se mettre au même diapason que nous, nos émotions ils les ressentent. Une personne qui a un tempérament caractériel ou qui a un besoin de soumettre les êtres qui l’entourent devrait y penser à deux fois avant l’adoption d’un perroquet. Elle éviterait alors de vivre en perpétuelle confrontation avec son animal de compagnie.

Le perroquet n’est pas un animal que l’on achète pour les enfants. Leurs besoins physiques, affectifs et intellectuels sont trop complexes pour cela. Un enfant d’une dizaine d’années peut très bien avoir comme compagne une perruche ondulée ou une calopsitte. Il pourra lui offrir les soins adéquats (sous la supervision d’un adulte), mais il ne sera pas apte à prendre soin d’un perroquet ayant plus de tempérament. Quand on a de jeunes enfants de 2 - 3 ans, ce n’est pas le bon moment de faire l’acquisition d’espèces qui demandent beaucoup d’attention et d’énergie comme l’ara ou le cacatoès. Il vaut mieux reporter son projet à plus tard pour avoir davantage de temps à consacrer à l’oiseau.

Il y a aussi l’habitude de consommer facilement et rapidement qui est à la mode dans notre société humaine d’aujourd’hui, qui nous influence quand vient le temps de choisir un animal comme compagnon. Malheureusement, ce sont ces derniers qui en sont les principales les victimes. Avec l’arrivée des cartes de crédit, ils sont devenus facilement accessibles pour la plupart d’entre nous. Le perroquet est devenu un bien de consommation que l’on utilise et que l’on jette quand bon nous semble. Les surfaces en animaleries consacrées aux oiseaux sont immenses. La demande pour les bébés perroquets nourris à la main est toujours aussi forte et le marché des animaux de compagnie est en plein essor.

Mais où iront tous ces pauvres oiseaux quand leurs humains se lasseront d’eux? Nous vivons dans un monde où les concessions et le don de soit ne sont plus à la mode. Les gens veulent beaucoup de plaisir avec le moins de trouble possible. Je suis pessimiste penserez-vous peut-être? Non, je crois que je suis réaliste. Il n’y a qu’à regarder le nombre de chiens et de chats abandonnés dans les refuges pour comprendre la problématique, sans compter les milliers d’entre eux qui sont euthanasiés chaque année. Est-ce cela qui attend ces êtres sauvages et libres que sont les perroquets? J’en tremble juste à y penser. Chez moi, j’ai vingt oiseaux et 12 d’entre eux proviennent de gens qui avaient mal évalué leurs besoins. Il faut réveiller les consciences. Les animaux ne sont pas des biens de consommation, mais des membres à part entière de nos familles. Ne pas choisir la facilité, et cela pour rester unis.

Donc, il faut prendre le temps de s’analyser avant d’aller se chercher un ami à plumes (ou tout autre animal); évaluer notre situation familiale et personnelle et trouver réellement ce qui motive notre choix. Avoir un perroquet, c’est très amusant et stimulant, mais c’est aussi comme si nous avions des enfants humains. Il faut faire preuve d’une grande capacité d’empathie et faire preuve d’un grand don de soi afin de répondre le plus adéquatement possible aux besoins de son oiseau. C’est un investissement de temps, d’énergie et aussi d’argent. Les perroquets sont des animaux qui ont des besoins spécifiques. Il faut être capable de les combler et cela a un coût. Ce sont des animaux qui demandent de la diversité au niveau alimentaire, mais aussi en ce qui concerne les activités et les jouets. Ils ont une grande espérance de vie et ils devront être dirigés tout au long. C’est comme adopter un bébé humain, sauf que celui-ci ne pourra jamais partir pour voler de ses propres ailes. Il faut les aimer suffisamment pour savoir s’oublier soi-même.

Si vous avez réfléchi longuement à la question et que vous êtes prêt à faire le saut pour prendre un tel engagement, je vous souhaite une belle et longue vie avec votre petit amour à plumes. Une vie qui, vous pourrez le constater, ne sera jamais banale ou ennuyante; une vie pleine de défis et de joies. Avec des hauts et des bas certes, mais dont vous sortirez assurément grandi, au contact de cet être unique et sauvage qu’est le perroquet.

 

 

 

© Natacha Larivière 2005
http://www.ara-le-sanctuaire.com

 

Photos
Misha, ara ararauna, Natacha Larivière
Eva, cacatua sulphurea sulphurea, Natacha Larivière
Fred, ara chloroptera, Natacha Larivière
Eva, cacatua sulphurea sulphurea, Natacha Larivière
Fred, ara chloroptera, et Misha, ara ararauna, Natacha Larivière