Le syndrome de la dilatation du proventricule


par Manon Tremblay DMV


 

Depuis deux ans, Eliot l’ara sévère vit paisiblement dans une grande maison de campagne. Il est le roi de la maison. Il passe des heures à s’amuser dans l’immense parc à jouets aménagé à son intention. Son alimentation est complète et variée et il reçoit beaucoup d’attention de la part de ses maîtres qui travaillent tous deux à la maison. Un matin de novembre, au moment de souhaiter bonjour à son oiseau et de le faire sortir de sa cage, Anne remarque qu’il n’est pas comme d’habitude. Son regard semble vitreux et Eliot n’est pas empressé de venir lui faire son câlin. En essayant de le faire monter sur sa main, Anne provoque la chute d’Eliot. Il se retrouve au fond de sa cage, les ailes ouvertes. Il est en convulsions.

Eliot est emmené d’urgence à l’hôpital. À son arrivée, il n’est plus en convulsion, mais il est incapable de se tenir sur ses pattes et sa tête bouge dans tous les sens. L’examen révèle un oiseau maigre, déshydraté et ataxique (incoordination des mouvements). Une selle faite lors des manipulations contient plusieurs graines non digérées. La propriétaire indique qu’elle avait remarqué ce symptôme depuis quelque temps, mais qu’elle ne s’en était pas inquiétée. Eliot était quand même enjoué et son appétit était excellent. Après une série de tests sanguins et une série de radiographies avec milieu de contraste (baryum), la maladie de la dilatation du proventricule est fortement suspectée. Le soupçon se confirme par le résultat d’une analyse microscopique d’une section de son jabot. Le perroquet est chanceux. Il prend du mieux. Il termine sa convalescence à la maison après quelques jours d’hospitalisation. Ses médicaments ont arrêté presque tous les symptômes de la maladie. Cependant, il n’est pas possible de déterminer combien de temps durera sa rémission. La maladie de la dilatation du proventricule est insidieuse et progressive.

 

Description de la maladie

La maladie de la dilatation du proventricule est causée par un virus. Il provoque une réponse inflammatoire caractérisée par une infiltration des cellules sanguines (lymphocytes et plasmocytes) dans les tissus nerveux de l’organisme. Les nerfs les plus sensibles sont ceux du proventricule, du gésier, du jabot et du petit intestin. La maladie entraîne une paralysie plus ou moins importante des muscles nécessaires à la contraction et au tonus du système digestif. La digestion des aliments et l’absorption des éléments nutritifs ne se font donc plus de façon normale. Tous les tissus nerveux ont le potentiel d'être affectés. Il arrive donc que des symptômes associés au mauvais fonctionnement des autres nerfs (paralysie commençant par les pattes et progressant dans les ailes) ou du cerveau (pertes d’équilibre, convulsions) soient rencontrés.

 

Historique

Les symptômes de la maladie de la dilatation du proventricule ont été décrits pour la première fois vers la fin des années 1970. Le problème a été constaté principalement chez les perroquets ara ararauna importés aux États-Unis et en Allemagne. La santé de ces oiseaux se détériorait graduellement et ils finissaient par décéder. Une grande maigreur caractérisait chacune des victimes, signe secondaire d’une mauvaise absorption de leurs aliments causée par un mauvais fonctionnement de leur système digestif. Très peu d’informations étaient disponibles à l’époque sur cette nouvelle maladie nommée par les scientifiques "Macaw wasting disease", car elle semblait affecter tout particulièrement cette espèce. Avec le temps, il a été possible de diagnostiquer le problème chez plus d’une cinquantaine d’espèces (amazone, cacatoès, conure, toucan, gris d’Afrique, éclectus, perruche calopsitte, lori, inséparable, canari, poicephallus, pionus, etc.)
 

Le nom "Macaw wasting disease" est alors remplacé par le terme maladie de la dilatation du proventricule qui décrit mieux la maladie. Il est donc permis de croire qu’à une époque où la maladie était encore très peu connue, plusieurs oiseaux porteurs ont été intégrés dans différents élevages, contaminant ainsi le cheptel.

 

L’oiseau souffrant de la dilatation du proventricule peut manifester un ou plusieurs des symptômes suivants:

Les symptômes de la maladie

 

  • Amaigrissement constant et progressif (avec ou sans perte d’appétit).
  • Régurgitations constantes ou intermittentes.
  • Selles pâteuses avec ou sans graines non digérées.
  • Polyurie (surproduction d’urine) et polydipsie (soif exagérée); le jabot est toujours rempli
    d’eau.
  • Abdomen distendu.
  • Signes neurologiques (dépression, faiblesse des pattes, perte d’équilibre, incapacité de voler, paralysie des pattes et des ailes, convulsions).

 

Chez le très jeune perroquet, il est possible de remarquer :

  • Une lenteur dans la vidange du jabot.
  • L’incapacité de le sevrer de ses repas donnés à la seringue.

 

 

Le diagnostic

Le diagnostic n’est pas nécessairement facile à poser, car plusieurs autres conditions peuvent mimer les symptômes de la maladie de la dilatation du proventricule. Comme cette maladie est contagieuse et incurable, une grande prudence est de mise face à un oiseau présentant suffisamment de symptômes, spécialement si d’autres oiseaux vivent dans le même milieu que lui. Il est pertinent de procéder à l’analyse microscopique d’une section de jabot prélevée en biopsie. Cette analyse s’avère un outil intéressant afin de préciser le diagnostic, même si son efficacité varie de 66 à 76%. Un résultat positif confirme la maladie, mais un résultat négatif ne l’écarte pas. Dre Nathalie Antinoff le démontre clairement dans sa conférence présentée au congrès annuel 2001 de l’Association of Avian Veterinary. Elle présente trois cas. Les symptômes radiographiques de la maladie de la dilatation du proventricule sont entièrement disparus après que les oiseaux aient été traités pour leurs problèmes respectifs.

1. Un gris d’Afrique de 6 ans régurgite et perd du poids graduellement depuis quelques jours. Son proventricule et son gésier sont très distendus à la radiographie et le transit intestinal est très ralenti: il reste encore du baryum dans son système digestif 18 heures après son administration (le temps normal d’excrétion étant d’environ 6 heures). L’oiseau souffrait d’une intoxication par le plomb.

2. Un cacatoès des Moluques de 11 ans qui a eu des contacts avec des oiseaux étrangers a de la diarrhée depuis une semaine. Encore une fois, le proventricule et le gésier sont distendus à la radiographie et un retard est noté dans l’excrétion du baryum ingurgité (plus de 14 heures). La biopsie du jabot est négative pour la maladie de la dilatation du proventricule. Finalement, des vers intestinaux sont identifiés comme étant le problème.

3. Un cacatoès blanc de 6 ans qui a la réputation de tout grignoter et avaler, régurgite depuis quelque temps. Son appétit est diminué, il a perdu du poids et est léthargique. Les radiographies démontrent aussi une forte distension du proventricule et du gésier ainsi qu’un transit intestinal ralenti (temps d’élimination du baryum: plus de 13 heures). La biopsie du jabot est aussi négative. Aucun corps étranger n’est remarqué à l’exploration endoscopique. Le problème de l’oiseau est identifié comme étant des masses papillomateuses présentes dans le gésier et le proventricule.

 

En résumé, les méthodes de diagnostic de la maladie de la dilatation du proventricule sont les suivantes

 

Signes cliniques présentés par les perroquets

 

  • Radiographie avec baryum : le proventricule et le gésier sont très distendus et le transit gastro-intestinal est ralenti.
  • Biopsie du jabot représentative dans 66 à 76 % des cas.
  • Biopsie du proventricule et du gésier. La procédure est beaucoup plus risquée.
  • Une analyse au microscope électronique des selles met en évidence les particules virales, mais comme elles sont très instables à l’extérieur de l’oiseau, elles ont disparu de l’échantillon au moment où il arrive au laboratoire.

 

 

 

Conditions pouvant mimer les symptômes de la maladie de la dilatation du proventricule:

 

  • Intoxication par des métaux lourds.
  • Infestation massive de vers ronds.
  • Infection sévère du système digestif avec des bactéries ou des levures.
  • Infection par le giardia.
  • Impaction avec des corps étrangers.
  • Masse dans le système digestif.

 

 

Que faire avec un perroquet diagnostiqué positif pour la maladie?

 

  • Éviter tout contact avec d’autres oiseaux.
  • Prodiguer des soins attentifs (nourriture hautement digestible, le retour à la pâtée à la seringue est à envisager, traiter aux antibiotiques et/ou antifongiques s’il y a présence d’une infection secondaire, environnement calme).

 

Comment surveiller les perroquets ayant eu un contact avec un oiseau positif?

 

  • Peser chaque individu régulièrement (deux fois par semaine). La pesée doit toujours se faire à la même heure. En traçant un graphique, il sera plus facile de suivre l’évolution de l’oiseau.

 

Les résultats de recherches indiquent qu’un perroquet qui a contracté le virus aura des symptômes subtils de la maladie au cours des trois premiers mois suivant son infection. Une perte de poids est souvent le seul indice que quelque chose se prépare. Les signes évidents du problème viennent beaucoup plus tard.

Si après deux ans, aucun symptôme de dilatation du proventricule n’est survenu chez les oiseaux exposés, il est permis de croire que la maladie ne fera pas son apparition.

 

 

 

© Manon Tremblay 2005

 

Photos
Ara severus, CAJV
Bébé, aratinga finschi, CAJV
Peanut, psittacus erithacus erithacus, CAJV
Chichou, cacatua alba, CAJV
Lili et Etienne, amazona aestiva, CAJV