Parasites et virus chez les perroquets


par Manon Tremblay DMV


 

Les ennemis invisibles

Une armée de quelques centaines de petits poux rouges envahit la cage de Charlie l’inséparable. Marie comprend enfin pourquoi il était si nerveux ces derniers temps. Une fois identifiés, les indésirables sont rapidement éliminés à l’aide de la bonne médication et d’une désinfection rigoureuse de l’environnement. Le problème est rapidement réglé. Il est facile de prendre les bonnes dispositions devant un ennemi que l’on voit aisément. Cependant, il en est autrement lorsqu’il s’agit de bactéries ou de virus. Ils sont tellement petits qu’il est impossible de détecter leur présence à l’œil nu. Ils n’en sont que plus dangereux car ils peuvent envahir un endroit sans alarmer qui que ce soit, jusqu’à ce que des oiseaux soient malades ou meurent tout simplement.

Dans la pièce ou tout autre endroit où loge un ou des oiseaux malades ou porteurs de virus, il peut y avoir plusieurs centaines de milliards de virus sur les poussières des murs, meubles, cage, rideaux, etc. Ils collent à vos mains, vêtements, cheveux et souliers à chaque fois que vous visitez cette pièce. Vous devenez donc, à votre insu, un taxi pour ces agents infectieux qui espèrent bien que vous visiterez d’autres endroits occupés par des oiseaux. Ils auront alors la chance de les infecter eux aussi. Tout ceci se passe à votre insu.

Tout propriétaire d’oiseau devrait être prudent face à des évènements impliquant un regroupement d’oiseaux. Ce sont des situations à risque. Elles augmentent de façon significative les risques de propagation de maladies virales et autres, car tous les oiseaux présents à ces évènements ne sont pas nécessairement testés et prouvés exempts de maladies contagieuses. La prudence est de rigueur.

 

Trois virus principaux retiennent notre attention chez les perroquets

 

  • Le virus de Pacheco
  • Le virus du bec et des plumes
  • Le polyomavirus

 

Un test de dépistage fiable se basant sur la recherche de l’ADN de ces virus est disponible et devrait être effectué chez les perroquets présentant des symptômes de maladie ainsi que chez les individus sains. Le dépistage permet d’identifier les oiseaux sains et ceux porteurs de virus. Cette dernière catégorie est tout particulièrement importante à cibler, car elle représente un réservoir d’infection insidieux. On peut aussi utiliser ce même type de test pour déterminer si une pièce est contaminée. Il s’agit de faire un prélèvement des poussières présentes sur les murs ou tout autre objet. Cette pratique s’avère utile particulièrement suite à une épidémie afin de déterminer si l’endroit ayant hébergé les oiseaux malades a été désinfecté adéquatement. Aucun de ces virus ne se soigne, bien que certains médicaments peuvent à l’occasion atténuer les malaises qu’ils provoquent. L’idéal est donc de faire tester tout nouvel oiseau que vous voulez obtenir avant qu’il ne soit mis en contact avec ceux que vous possédez déjà et dont vous connaissez la bonne santé. De là la grande importance de mettre en quarantaine tout nouvel oiseau, dans un lieu physiquement séparé de l’endroit où vivent d’autres oiseaux dont la bonne santé est connue. La prévention vaut mieux que l’éclatement d’une épidémie qui peut coûter cher en terme de vie d’oiseaux. La vaccination est aussi un moyen de prévention non négligeable.

Cette brève description des trois virus dont il est question dans cet article vous convaincra certainement de l’importance de tout mettre en œuvre afin d’éviter toute exposition à vos oiseaux.

 

Le virus de Pacheco

La maladie causée par ce virus a été décrite pour la première fois en 1929 par M. Pacheco. Il avait observé un épisode d’hépatite aiguë et fatale chez des psittacidés résidant dans un zoo du Brésil, sans toutefois connaître la cause exacte de la maladie. Ce n’est qu’en 1975 qu’un virus de la famille herpès a été formellement identifié comme étant l’agent responsable de la maladie de Pacheco.

Les signes cliniques de cette maladie varient selon la virulence de la souche. Un oiseau tout à fait normal et en santé peut décéder subitement sans aucun autre symptôme. Si le perroquet est infecté par une souche de virus un peu moins méchante, le cours de la maladie se fera un peu moins rapidement. Il aura la possibilité de montrer différents signes cliniques: dépression, anorexie, diarrhée parfois teintée de sang, régurgitation parfois contenant du sang, urates teintés verts ou jaunes (secondaire aux dommages sévères des cellules du foie), sinusite, conjonctivite, soif intense, production abondante d’urine, atteinte du système nerveux central (perte d’équilibre, convulsions, tremblements). La mort survient en moyenne deux jours après l’apparition des signes cliniques. De rares perroquets développent des symptômes un peu moins marqués (problèmes respiratoires, diarrhée, surproduction d’urine) et s’en sortent après quelques semaines de malaises. Ces survivants deviennent très dangereux pour les autres perroquets, car ils sont maintenant fort probablement porteurs du virus et ils l’excréteront par intermittence. Un oiseau peut ainsi demeurer tout à fait normal pendant des années, et même cohabiter avec d’autres oiseaux sans les rendre malades jusqu’au jour où, sous l’effet d’un stress, il commencera à excréter des virus et sera responsable du décès de ses congénères ailés.

Un perroquet malade contamine très rapidement son environnement. On retrouve des virus dans ses sécrétions respiratoires et ses selles. Une étude a démontré qu’un gramme de selles peut contenir entre un et dix millions de virus! L’oiseau sain se contamine donc facilement en inhalant ou en ingérant des particules virales.

Les psittacidés de tous âges sont susceptibles à la maladie. Un traitement avec un antiviral connu (acyclovir) parvient chez certains individus à diminuer la gravité des symptômes, mais le taux de mortalité dans une population demeure quand même élevé.

Ce ne sont pas toutes les espèces de psittacidés qui sont susceptibles au même degré à l’attaque du virus. Les perroquets de l’Ancien Monde semblent plus résistants à l’infection que les oiseaux du Nouveau Monde. On remarque aussi que les aras, les amazones et les conures sont très sensibles. Il y a même des variations à l’intérieur d’un même groupe: les conures soleil et à front orange par exemple ont tendance à mourir rapidement suite à l’exposition au virus tandis que les conures mitré, nanday et patagonien sont moins affectés par le virus. Ils ont plus tendance à survivre et à devenir porteurs par la suite. Des porteurs ont aussi été décrits chez les aras et les amazones.

Le virus de Pacheco est heureusement facile à détruire. La plupart des désinfectants réguliers le neutralisent ainsi qu’une chaleur de 56°C pendant 5 à 10 minutes. Il existe également un vaccin efficace que l’on peut administrer aux perroquets qui ont à côtoyer des oiseaux inconnus.

 

Le virus du bec et des plumes

(beak and feathers disease)
Cette maladie débilitante causée par un circovirus a été décrite pour la première fois chez des espèces de psittacidés australiens dans les années 1970. Le virus s’attaque principalement aux plumes (le virus abîme seulement les plumes en phase de croissance. Donc l’oiseau en mue montrera rapidement des plumes anormales) mais peut aussi causer d’autres symptômes selon l’âge où le perroquet a été infecté: les très jeunes oiseaux (moins d’un mois) vont présenter plusieurs jours de dépression. C’est une période de phase active de mue donc des lésions aux plumes vont être visibles rapidement (hémorragies, nécrose et étranglement à la base). Les plumes malades cassent et tombent facilement. Survient souvent par la suite une stase du jabot et de la diarrhée. Le décès survient généralement en 1 à 2 semaines après le début des signes cliniques.


Chez les jeunes perroquets de plus d’un mois, on remarque moins d’anomalies de plumage, car la plupart de leurs plumes sont déjà formées. Ce sont plutôt des signes de pneumonie, d’entérite, perte de poids rapide que l’on remarque. Le décès survient parfois sans que des lésions aux plumes soient décelables.


Chez le perroquet adulte, le cours de la maladie est plutôt chronique. Au rythme des mues, des plumes anormales apparaissent. L’oiseau se dégarnit progressivement. Des lésions au bec (allongement anormal, ulcération de la bouche) et aux griffes (allongement anormal) sont parfois présentes. Le système immunitaire est également affecté. L’oiseau est souvent incommodé par des infections secondaires. Le décès survient après plusieurs mois ou années.

Les poussières de plumes, selles et secrétions nasales ou buccales sont contagieuses pour les oiseaux qui les inhalent ou les ingurgitent. L’administration d’acyclovir et d’un stimulant d’immunité améliore quelque peu la vie des perroquets atteints, mais l’issue de la maladie est toujours fatale. Un vaccin est disponible en Australie mais pas encore en Amérique. Il est possible de désinfecter un environnement contaminé à l’aide d’eau de Javel, d’iode 1% ou de chaleur (80°C pendant 1 heure).

 

Le polyomavirus

Le virus a été largement décrit chez les perruches, chez qui il cause ce qu’on appelle communément la mue française. Des anomalies aux plumes apparaissent chez les jeunes perruches au sevrage. Celles qui ne meurent pas, demeurent souvent porteuses sans symptômes du virus et servent de réservoir de contamination pour les autres.

Tous les psittacidés et les pinsons sont susceptibles au polyomavirus.

Chez les psittacidés autres que la perruche, le virus provoque différents problèmes: mort subite de jeunes oiseaux sans aucun autre symptôme. Mort en 12 à 24 heures de jeunes perroquets ayant développé des signes de dépression, anorexie, stase du jabot, régurgitation, diarrhée, déshydratation, pâleur des muscles, problèmes respiratoires et saignements faciles.

Forme chronique chez les perroquets adultes avec perte de poids, anorexie intermittente, production abondante d’urine, malformation des plumes, infections bactériennes et fongiques récurrentes, problèmes neurologiques, décès.

Le virus se retrouve dans les poussières de plumes et les selles. La contamination s’effectue par inhalation ou ingestion de particules virales. Le virus est particulièrement résistant à la désinfection. L’eau de javel s’avère être un des meilleurs produits pour inactiver le virus.

Un excellent vaccin est disponible et devrait être administré à tout perroquet susceptible d’avoir des contacts avec des oiseaux inconnus ainsi qu’à tous les perroquets ayant côtoyé un individu malade.

 

 

 

© Manon Tremblay 2003

 

Photos
Picasso, agapornis personata, Josée Boutet
Tamara, ara severa, Joanne Bouchard
Amazona aestiva, Chistelle Desfrennes
Elmo, ara macao, CAJV
Fiona, ara ararauna, Laurianne Paquette
Agapornis roseicollis, Maggy Costa