Papillomavirus aviaire


par Kym Le Cault TSA


 

Voilà un terme qui pourra en effrayer plus d’un… mais ne vous en faites pas! Je vais sans doute répondre à la première question qui vous viendra à l’esprit: non les papillomes aviaires ne sont pas contagieux pour l’humain! Vous n’aurez pas à vous débarrassez de votre oiseau (ou pire encore à le faire euthanasier) si jamais (et je dis bien si jamais, car les papillomes aviaires sont très rares) il est atteint par un papillomavirus ou par une papillomatose (définition de ce terme plus loin dans le texte). En second lieu, il vous faut savoir que si vous avez un oiseau qui présente des lésions, il aura rarement besoin d’être traité (je vous en expliquerai aussi le pourquoi plus loin).

 

Le virus

Famille: Papovaviridae, famille qui se divise elle-même en deux sous-familles: Papillomavirinae (dont il sera question dans ce texte) et Polyomavirinae (les polyomavirus, virus eux aussi bien connus chez nos perroquets).

Les virus de la sous-famille des Papillomavirinae sont généralement associés à la formation de tumeurs cutanées bénignes que l’on appelle communément papillomes.

Le virus est fortement spécifique à un seul hôte, c’est-à-dire qu’il ne se transmet pas facilement d’une espèce à une autre. Les oiseaux gardés en contact étroit avec d’autres perroquets infectés demeurent très souvent sains.

Les lésions sont habituellement prolifératives (elles ont tendance à se multiplier) et rarement nécrotiques (le mot "nécrotique" est l’adjectif du mot "nécrose" qui signifie la mort des tissus vivants).

Les papillomes aviaires sont plutôt rares chez les psittacidés. Certaines hypothèses pourraient expliquer cette rareté:

  • plusieurs lésions suspectes ne sont en fait pas causées par un virus;
  • les lésions sont causées par un virus, mais ce dernier est très peu transmissible;
  • les lésions sont causées par un virus, mais la majorité des oiseaux atteints développent des infections subcliniques et une immunité à la maladie.
     

La période d’incubation est inconnue, donc il est très ardu de déterminer quand, où et comment l’oiseau a été exposé au virus.

 

Points importants à retenir

À ce jour, toutes les tentatives de prouver que les masses papillomateuses retrouvées au niveau du cloaque des oiseaux étaient causées par un papillomavirus sont demeurées vaines. Dans le cas des lésions se retrouvant sur la peau des pinsons et gris d’Afrique, elles sont bel et bien causées par un papillomavirus, mais ce sont les seules. Chez l’oiseau, des lésions ressemblant aux vrais papillomes ont été observées à plusieurs endroits tout au long du tractus alimentaire. Elles se retrouvent communément dans la cavité orale et au niveau du cloaque. Ce qui cause ces lésions demeure indéterminé. Pour différencier les vrais papillomes (ceux causés par un papillomavirus) des faux papillomes, nous utiliserons le terme papillomatose qui désignera les faux papillomes.

 


Première apparition chez l’oiseau

La première fois qu’un virus de la famille des Papovaviridae a été identifié chez un oiseau, ce fut en 1959 chez des pinsons. Le virus se caractérisait par des masses prolifératives sur la peau des pattes et des pieds. Chez des gris d’Afrique, il a aussi été démontré que des masses cutanées persistantes sur la tête et la face étaient provoquées par un papillomavirus.

 

Signes cliniques

En général, les perroquets ayant des lésions papillomateuses ne démontrent aucun signe clinique. De plus, le bilan sanguin demeure normal, exception faite des cas où

  • les lésions internes deviennent nécrotiques;
  • la nourriture ingérée demeure piégée sur les lésions le long du tractus digestif, ce qui induit une réponse inflammatoire;
  • les lésions sont infectées par des bactéries ou des fongus.
     

Les problèmes surviennent donc quand une lésion interfère avec l’ingestion et/ou la digestion de la nourriture ou bien encore quand une lésion interfère avec la défécation.

Lorsque les lésions se retrouvent au niveau du cloaque, nous pouvons noter:

  • ténesme (envies continuelles presque inutiles d’aller à la selle provoquant de la douleur à la région anale);
  • fèces putrides malodorantes ou fèces plus molles (plumes souillées autour du cloaque;
  • infertilité (selon la localisation des lésions et leur sévérité);
  • entérite récurrente;
  • prolapsus récurrent.

 

Lorsque les lésions se retrouvent au niveau de la cavité orale ou de l’œsophage, nous pouvons noter:

  • halitose (mauvaise haleine);
  • dysphagie (difficulté à manger);
  • dyspnée (difficulté à respirer);
  • respiration sifflante.
     

Lorsque les lésions se retrouvent au niveau du tractus intestinal supérieur, nous pouvons noter:

  • anorexie;
  • vomissements;
  • perte de poids chronique.

 

Quant aux lésions se retrouvant au niveau du proventricule, du ventricule et du jabot, les signes cliniques peuvent s’apparenter de très près au PDD (proventricular dilatation disease).

Il semblerait que les perroquets atteints de papillomatoses ont aussi communément des cancers du pancréas ou du foie. Cela pourrait suggérer que les lésions cloacales ou orales pourraient être causées par un virus qui aurait la capacité de transformer les cellules infectées.

 

Diagnostic

Pour diagnostiquer des papillomes, une évaluation histologique (étude des tissus) de la lésion suspecte prélevée par biopsie est nécessaire. De plus, il faudra examiner le tout au microscope électronique pour démontrer les particules virales de 45 à 50 nm qui se retrouvent communément dans les corps d’inclusion (particules étrangères à la cellule) dans le noyau des cellules.

Visualisation des lésions papillomateuses au niveau du cloaque: on utilise un coton-tige imbibé de saline physiologique pour éverser la muqueuse cloacale et on applique quelques gouttes de vinaigre. Si la lésion tourne au blanc, il s’agit fort probablement d’une papillomatose. Les lésions présentes au niveau du cloaque sont friables, d’apparence rougeâtre, rosée ou blanchâtre, et elles sont portées à saigner de manière profuse quand elles sont manipulées ou endommagées.

Visualisation des lésions au niveau du tube digestif: il est possible de faire une radiographie avec milieu de contraste (c’est-à-dire qu’on envoie un produit colorant dans le tube digestif pour pouvoir identifier les lésions à la radiographie) ou une endoscopie (appareil muni d’une caméra que l’on peut insérer dans le tube digestif pour visualiser les lésions). À l’aide de l’endoscope, il est possible de prélever un spécimen de lésion (biopsie).

 

Traitement pour les vrais papillomes

En général, les vrais papillomes que l’on retrouve sur la peau des perroquets ne nécessitent aucun traitement. Par contre, une lésion endommagée pourrait causer une infection secondaire et devrait ainsi être traitée. Une autre possibilité serait une entrave au mouvement naturel de l’oiseau par une lésion ou bien encore une lésion qui causerait une difficulté à la préhension de la nourriture ou à la mastication de cette dernière.

Les lésions peu sévères demeurent à surveiller. Si des changements surviennent et que les lésions évoluent avec sévérité, il sera peut-être nécessaire de les exciser chirurgicalement. Lorsque c’est le cas, les lésions doivent être excisées par radiochirurgie (destruction des tissus par irradiation qui se fait à l’aide d’un appareil de stéréotaxie pour cibler la région à atteindre) pour rendre l’oiseau plus confortable et prévenir les infections secondaires.

 

Traitement pour la papillomatose

Les lésions papillomateuses peuvent régresser spontanément et demeurer indétectables pour une période variant de 2 à 18 mois. Ensuite, elles peuvent réapparaître. Les lésions qui se retrouvent dans la cavité orale sont souvent localisées et donc faciles à exciser et souvent non récurrentes. Par contre, celles au niveau du cloaque sont souvent diffuses et donc difficiles à exciser, et elles ont tendance à être récurrentes. Lorsqu’il est nécessaire d’exciser des lésions papillomateuses, nous pouvons aussi utiliser la cryothérapie (utilisation thérapeutique du froid intense pour détruire les tissus), la radiochirurgie (comme mentionné plus haut) ou la chirurgie au laser. L’utilisation du nitrate d’argent est aussi possible pour "brûler" les lésions papillomateuses au niveau du cloaque. Par contre, avec ce type de procédure, il faut répéter le traitement à des intervalles de 2 semaines jusqu’à ce que les lésions soient toutes résorbées.

 

Prévention

Jusqu’à ce que nous ayons plus d’information sur l’étiologie des lésions papillomateuses, il serait recommandable d’isoler l’oiseau infecté des autres oiseaux.

La malnutrition ainsi que l’hypovitaminose A (déficience en vitamine A) pourraient être des facteurs prédisposant. Une bonne alimentation est PRIMORDIALE pour la bonne santé de votre perroquet; non seulement dans ce cas ci, mais en tout temps. Pour de plus amples informations sur l’alimentation, je vous réfère aux chroniques : alimentation.

 

Référence
Branson W. Ritchie, Avian Viruses, 1995 Wingers Publishing, Inc.

 

 

 

© Kym Le Cault 2008

 

Photos
Étienne et Lili, amazona aestiva, CAJV
Lilo, ara ararauna et Jo, cacatua galerita eleonara, Cristina Marques
Mélusine, eclectus roratus et Suzie, aratinga jandaya, Frédéric Faure
Cacatua alba et psittacus erithacus erithacus, CAJV