Ce qui menace nos oiseaux à l'extérieur


par Manon Tremblay DMV


 

Prendre l'air, c'est bien...

Gilbert le gris est bien heureux de pouvoir mettre son bec dehors. Le soleil est bon et une petite brise chatouille doucement ses plumes. Ses amis roselins le saluent en lui offrant leurs plus belles mélodies. À l’occasion, ils viennent se percher sur le dessus de sa grande cage. Espèrent-ils trouver là quelque chose de plus attrayant que les graines dans leurs mangeoires ou sont-ils tout simplement intrigués par le ramage de ce curieux volatile vert? Nul ne pourrait dire. Cependant, leur présence près de la cage du perroquet n’a rien de rassurant. Les oiseaux de la faune ne sont pas tous en bonne santé et certaines de leurs maladies sont potentiellement transmissibles à nos perroquets domestiques.

 

Les parasites

Plusieurs oiseaux sauvages sont infestés de parasites. Les plus fréquemment rencontrés sont les petits poux de corps. Ils se nourrissent (de sang) en piquant l’oiseau, et leur présence est très dérangeante. Les oiseaux infestés souffrent de démangeaisons et parfois même d’anémie. Ces petites bestioles effrontées osent parfois vagabonder, c’est-à-dire qu’ils quittent leur hôte. Il n’est donc pas surprenant de constater que l’environnement immédiat de l’infortuné oiseau parasité soit contaminé (nid, branches d’arbre, table de jardin, balcons, etc.). Tout endroit visité par les oiseaux sauvages est potentiellement infesté. Il peut donc arriver que des parasites grimpent sur la cage d’un oiseau posée sur la table de jardin. Après quelque temps, ils atteignent votre oiseau et se multiplient. Lorsqu’ils sont en assez grand nombre, des signes d’inconfort apparaissent. Un oiseau parasité se gratte beaucoup, son plumage est terne et il semble nerveux. Il arrive que les mues se prolongent anormalement ou que l’oiseau s’arrache lui-même les plumes (picage). Les parasites sont parfois difficiles à observer. En cas de doute, un traitement antiparasitaire est recommandé.

 

La salmonelle

Cette année, plusieurs ornithologues amateurs ont trouvé une quantité anormale d’oiseaux morts ou mourants autour de leurs mangeoires. Des analyses bactériologiques effectuées dans les laboratoires du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ont permis de déterminer la cause du décès de ces petits passereaux: une infection par la bactérie salmonelle. La plupart des mortalités ont été recensées chez des oiseaux provenant des régions des Laurentides et de Lanaudière. Les sizerins flammés sont tout particulièrement touchés. La salmonelle est une bactérie qui est contagieuse pour les humains ainsi que pour les autres animaux. Des chats ayant attrapé des oiseaux malades ont dû être hospitalisés, souffrant de désordres gastriques plus ou moins sévères. Les endroits souillés par les selles d’oiseaux contagieux deviennent rapidement contaminés. Il n’est donc pas très rassurant de voir des oiseaux de la faune venir visiter le dessus de la cage de votre oiseau et y déféquer. En étant bien informés de la situation, vous ne cesserez pas de nourrir les oiseaux sauvages ni de faire profiter votre oiseau de l’été, mais vous prendrez simplement plus de précautions.

  • Désinfectez les mangeoires une fois par semaine avec une solution d’eau de Javel (une partie de Javel pour neuf parties d’eau). N’utilisez pas l’évier de la cuisine ou le lavabo de la salle de bain pour vous acquitter de cette tâche; vous pourriez les contaminer. Employez plutôt le robinet extérieur. Le port de gants de plastique est recommandé. Ne laissez pas les jeunes enfants jouer près des postes d’alimentation d’oiseaux sauvages. Interdisez formellement à votre chien ou à votre chat l’accès autour des mangeoires où des fientes s’accumulent.


  • Inspectez quotidiennement l’activité des oiseaux autour des mangeoires. Si des oiseaux morts sont trouvés ou si certains vous semblent malades, cessez provisoirement de les nourrir. Vous éviterez ainsi la propagation du problème.


  • Portez des gants pour manipuler les oiseaux morts. Un sac de plastique peut également faire l’affaire.


  • Nettoyez-vous les mains au savon et à l’eau chaude systématiquement après avoir touché un oiseau de la faune ou tout autre objet qui lui est lié de près ou de loin.

 

La salmonellose, chez la faune ailée du Québec, n’est pas un phénomène nouveau. Il semblerait simplement qu’on assiste cette année à une épidémie.

 

Le mycoplasme

Ce micro-organisme a été identifié (surtout chez des roselins) depuis déjà quelques années. Les oiseaux malades souffrent d’infection du système respiratoire supérieur. Des écoulements oculaires et nasaux importants souillent les plumes du tour des narines et des yeux. L’accumulation de ces sécrétions finit par coller les paupières ensemble et les oiseaux ne peuvent plus voir. Ils sont alors très vulnérables à l’attaque des prédateurs (principalement les chats). S’ils ne finissent pas sous la dent d’un gros minet, ils meurent de faim, car il leur est impossible de trouver leur nourriture. Une fois encore, cette bactérie pourrait infecter l’oiseau en cage si des petits visiteurs contaminés venaient se poser tout près. Chez l’oiseau de compagnie, le mycoplasme se traite généralement bien, mais peut parfois être difficile à éliminer.

 

Le virus du Nil de l’Ouest

Comme si on avait besoin d’un autre virus!
C’est en août 1999 que le virus du Nil de l’Ouest a pour la première fois causé des problèmes sur le continent nord-américain. Ce sont des corneilles de la ville de New York qui furent les premières affectées par des signes neurologiques: pertes d’équilibre, tremblements, convulsions et mort. Par la suite, des gens des États de New York, du Connecticut et du New Jersey ont rapporté avoir observé les mêmes symptômes chez d’autres oiseaux de la faune. En septembre 1999, des oiseaux résidents au zoo du Bronx, à New York, subissaient le même sort. Les décès de ces oiseaux étaient tous attribuables au virus du Nil de l’Ouest.

Ce virus, bien connu en Afrique et ses alentours, n’avait encore jamais été identifié en Amérique. Il se transmet par les piqûres de moustiques (un peu comme le ver du cœur chez le chien) et les oiseaux sauvages servent de réservoir au virus. L’arrivée de ce virus sur le continent américain met la santé publique en alerte, car en plus des oiseaux, il peut infecter plusieurs espèces d’animaux (le cheval semble particulièrement sensible) et les humains. En novembre 1999, soixante personnes domiciliées dans la ville de New York ont été infectées par le virus et sept d’entre elles en sont mortes.

L’infection chez l’humain est généralement bénigne: fièvre, maux de tête, maux de gorge, fatigue, nausées, diarrhées. Ce sont les gens plus âgés qui sont les plus susceptibles de développer des complications fatales. Heureusement, le virus n’a pas encore fait son entrée au Canada, mais selon les spécialistes, ce ne serait plus qu’une question de temps. Environnement Canada a mis sur pied un système de surveillance à la frontière canado-américaine. Des poulets servent de sentinelle et sont testés à intervalles réguliers. De plus, la collaboration du public est sollicitée: si vous trouvez une corneille morte ou plus de trois oiseaux morts appartenant à d’autres espèces, avisez le ministère au 1-800-561-1616. Ne touchez pas à ces oiseaux de vos mains nues, utilisez gants et sacs de plastique!

Des analyses seront faites pour déterminer la cause exacte du décès. Si le virus du Nil de l’Ouest venait à faire son entrée au Québec, la meilleure arme demeurerait la prévention contre les piqûres de moustiques.

Ne pas exposer vos oiseaux aux moustiques; il faudrait les garder à l’intérieur jusqu’à ce que le danger soit écarté, selon l’avis officiel du ministère.

Protégez-vous des piqûres de moustiques en appliquant un répulsif efficace. Dans les régions particulièrement peuplées de ces insectes (boisés, bord des lacs, etc.), portez des vêtements de couleur claire, couvrant bien les bras et les jambes.
L’introduction de ce virus sur notre continent porte à réfléchir. Avec les moyens de transport modernes, les déplacements sont de plus en plus faciles et rapides. Sans la collaboration et l’honnêteté des voyageurs, qui sait quel microbe pourrait débarquer chez nous, bien caché dans un fromage, une plante ou un animal clandestin?
 

Soyons vigilants!


 

 


© Manon Tremblay DMV 2005


Photos
Gazoo, psittacus erithacus erithacus, O'dree Larivière
Agapornis, CAJV
Ariane, cacatua moluccensis, Christine Cadoux
Roselin familier
Tico, ara ararauna, Stéphanie Coulombe