La maltraitance: pouvons-nous agir?


par Johanne Vaillancourt



Aujourd’hui, en discutant avec une de mes étudiantes, il m’est resté un arrière-goût d’amertume et de tristesse face aux réactions des gens qui sont confrontés à des situations dans lesquelles ils se croient dans l’impossibilité d’agir ou de réformer.

Bien oui, encore une fois, le sujet est revenu sur le tapis… une animalerie médiocre où les oiseaux sont très mal traités, presque abusés.

Je reçois une quantité impressionnante de lettres de plaintes concernant telle ou telle animalerie où les perroquets et autres oiseaux divers sont quotidiennement confrontés à la maltraitance par ignorance ou par mercantilisme, et chaque fois que je demande à ces gens quels moyens ils ont mis en œuvre pour faire cesser ces mauvais traitements subis par les oiseaux, je me bute la plupart du temps à la même sacro-sainte réponse: " Rien du tout… Je suis parti sans rien faire, mais j’étais révolté."

Ce genre d’attitude de la part de passionnés pourtant conscientisés ne fait que confirmer le propriétaire de l’animalerie dans sa façon d’agir. Pourquoi y changerait-il quoi que ce soit, puisque tout semble parfait? Ainsi…, personne n’a rien à redire. Mais voilà, il y a à redire et surtout à faire…!

PIJAC

PIJAC (Pet Industry Joint Advisory Council) a créé pour ses membres un programme de formation continu sur les soins de base et l’entretien des animaux domestiques, incluant les oiseaux exotiques, et des standards ont été établis par des spécialistes. Rien d’extraordinaire, mais quand même une bonne base pour assurer un minimum de confort (dimension de cage et alimentation), de salubrité et de compréhension des besoins et comportements des espèces.

L’information est donc très disponible pour toutes les animaleries membres de PIJAC et, ici, au Québec, presque toutes les animaleries sont membres PIJAC. L’ignorance n’est donc plus un prétexte pour le propriétaire de ladite animalerie. Il me semble que si l’on désire "vendre" correctement un animal, peu importe l’espèce, le minimum serait au moins de connaître les soins appropriés à l’espèce et de voir à ce que les jeunes employés soient minimalement informés.

Combien de fois ai-je vu des animaleries confier le sevrage de bébés perroquets à des adolescents employés à temps partiel sans aucune expérience. Combien de fois ai-je vu des oiseaux nourris exclusivement aux graines, bas de gamme par surcroît (l’oiseau ne doit pas coûter cher à nourrir), et ce, peu importe l’espèce ou la grosseur… Des loris nourris aux graines, des amazones et gris d’Afrique nourris aux graines à perruches, des insectivores nourris aussi aux graines pour canaris.

Combien de fois ai-je vu de gros perroquets confinés à de petites cages à peine suffisantes pour une calopsitte; des oiseaux enfermés à l’arrière-boutique parce qu’il souffraient de picage sévère (on les cache, ce n’est pas bon pour l’image de l’animalerie); des oiseaux sans jouets ni distraction; des cages tellement sales, franchement insalubres; des petites perruches ou pinsons entassés dans de toutes petites cages n’ayant même pas assez de perchoirs pour tous les desservir; et encore et encore…

Et vous, combien de fois avez-vous rencontré ce genre de situation en vous retirant la tête basse, le cœur oppressé avec ce foutu sentiment d’impuissance qui vous suit comme une ombre et qui vous empêche de dormir la nuit venue…? Trop de fois, je le sais!

Que pouvons-nous faire?

Vous êtes la personne qui peut faire le plus pour ces oiseaux, vous êtes la personne la plus puissante à l’intérieur de cette animalerie. Vous êtes le client, celui qui paie le loyer du propriétaire de l’animalerie, vous savez, lui… ce revendeur sordide, lui… qui fait son argent sur le dos de ces animaux que vous aimez tant! Vous êtes le client et sans client, ce commerçant n’est plus rien du tout! Pas de client, pas de belles voitures ni de vacances. C’est vous qui détenez la clé, ne minimisez jamais votre importance.

Si vous êtes confronté à ce genre de situation, demandez à parler au propriétaire ou au gérant de l’animalerie et faites-lui part (poliment) de votre indignation face aux traitements qu’il fait subir aux animaux. Si ce dernier vous envoie sur les roses (ça arrive souvent) vous pouvez toujours ajouter:
 

  • Il y a de fortes chances qu’en entrant à la maison, votre premier geste sera de contacter la SPA de votre région.
     
  • Vous allez, de plus, ajouter le nom de son commerce à la liste des animaleries à éviter lors de la prochaine réunion de votre Club d’amateur de perroquets.
     
  • Vous pouvez aussi lui souligner que vous êtes membre assidu d’un forum Internet pour amoureux de perroquets de plus de 3000 membres…

Voilà les genres d’argument qui peuvent sensibiliser le propriétaire de l’animalerie en question. Ces gens-là détestent littéralement qu’on menace… leur porte-monnaie et leur confort, alors, c’est là qu’il faut viser…

N’hésitez jamais à déposer une plainte à votre SPA locale pour négligence. Je sais, vous allez me dire que les SPA ne savent pas reconnaître un cas de maltraitance chez des oiseaux et n’ont aucune législation à cet égard. C’est vrai, je vous l’accorde.

Vous allez aussi me dire que votre plainte ne sera pas tenue en compte? Tout aussi vrai.

Par contre, votre plainte, jumelée à une autre et une autre et une autre et une autre encore, pourrait faire en sorte que ces SPA commencent à se poser de sérieuses questions et s’intéressent au sujet.

Soyez insistants et téléphonez souvent pour vous informer de l’état de votre plainte. Demandez à parler au directeur ou à un inspecteur et offrez votre aide s’il le faut. Ne soyez pas larmoyant ni émotif, mais exposez les faits clairement et logiquement. Si votre SPA ne sait pas reconnaître les signes d’un oiseau en détresse, organisez un petit groupe de spécialistes ou d’amateurs de perroquets en privé ou avec l’aide de votre Club et élaborez ensemble au moins les bases des besoins et des soins appropriés aux différentes espèces et allez les soumettre à votre SPA.

Contactez PIJAC Canada au 1-800-667-7452 et mettez-les au courant de ce qui se passe dans cette animalerie (qui devrait être membre) et demandez-leur ce qu’ils peuvent faire pour remédier à la situation. Ne négligez pas de le faire, cet organisme est sûrement le plus puissant sur lequel on peut agir dans l’industrie des animaux de compagnie.

 

 

 

Vous pouvez faire changer les choses.
En fait, vous êtes les seuls à pouvoir le faire!

 

 

 

© Johanne Vaillancourt 2005

 

Photos
Gege, psittacus erithacus erithacus, Nathalie Sohier
Psittacus erithacus erithacus, Guillaume Lalanne
Amazona aestiva, Diane Vachon
Nymphicus hollandicus, CAJV