La maladie du bec et des plumes
(PBFD)


par Manon Tremblay DMV


 

L’aventure de bébé Kiwi et de petit Oscar

Quand Laura a adopté bébé Kiwi, elle ne s’attendait pas à un tel coup de foudre. Kiwi est un bébé perruche tout à fait adorable qui s’est rapidement imposé le clown de la maison. Maintenant éperdument amoureuse des oiseaux, Laura s’apprête à accueillir un autre volatile dans sa maison. Un plus gros cette fois-ci. Son choix s’arrête sur un amazone.

Petit Oscar, comme elle se plaît à le nommer (non pas qu’il soit petit mais plutôt parce qu’il agit comme un petit bébé oiseau) arrive donc chez Laura par une belle journée de printemps. Il est reçu comme un prince, ayant droit à sa propre chambre privée: quarantaine oblige! On n’est jamais trop prudent. Qui sait ce qu’un gros perroquet pourrait transmettre comme maladie à un petit bébé Kiwi? Quand Laura aura un peu plus de temps libre, elle compte bien prendre rendez-vous chez son vétérinaire afin qu’un bilan de santé soit fait à Oscar.

Deux semaines passent et voilà venu le temps de la mue pour bébé Kiwi. Les plumes tombent, tombent, tombent encore. Les nouvelles repousses se font attendre. Les quelques plumes qui osent se pointer sont croches, pointues et retombent facilement. Bébé Kiwi commence à ressembler à un hérisson avec tous ces pics sur sa tête et son corps. Entre-temps petit Oscar change aussi d’apparence. Il mâchouille et coupe les plumes de ses pattes, sur son corps ainsi que ses plumes de vol. Petit Oscar est pour sa part plus coquet que bébé Kiwi, les plumes de sa tête demeurent intactes. Quels drôles d’oiseaux dans la maisonnée de Laura! Voyant que visiblement, le problème de ses deux protégés ne se réglerait pas tout seul, Laura consulte le vétérinaire.

Ce qui devait être une banale histoire de plumes tourne soudainement au drame. Bébé Kiwi est atteint d’une maladie contagieuse grave et plus souvent qu’autrement incurable chez les perroquets: la maladie du bec et des plumes (Psittacine beak and feather disease – PBFD). Le cœur de Laura s’étrangle. Et si petit Oscar avait été contaminé? Heureusement, tous les tests sanguins de Petit Oscar sont normaux. Il est en parfaite santé physique. Le diagnostic le plus probable qui expliquerait son problème de plumes serait l’ennui. En étant confiné dans sa chambre privée, petit Oscar commence à trouver le temps long malgré les visites de courtoisie qu’on lui rend. Il faut dire que Laura avait mal jugé l’ampleur réelle de la responsabilité qu’implique l’adoption d’un gros perroquet. Elle doit se rendre à l’évidence, non sans chagrin, que la présence de l'amazone lui pèse de plus en plus. Une décision rationnelle s’impose. Les deux perroquets ne doivent absolument plus vivre sous le même toit. C’est donc petit Oscar qui déménage. Il s’en va chez Élise, la compagne de travail de Laura. À leur grand regret, Élise et son conjoint n’ont pas pu avoir d’enfant. Ce sera donc petit Oscar qui aura le loisir de se voir servir une montagne d’affection si longtemps retenue. Déjà Élise avait visité l’oiseau chez Laura et une réelle complicité avait vu le jour.

En ce qui concerne bébé Kiwi, l’avenir à moyen et long terme est certes moins rose. Cependant, à court terme, parce qu’il a la chance d’être encore en bonne santé générale, ça ne s’annonce pas si mal. L’apparence physique ce n’est pas une priorité. Laura décide de le ramener à la maison. "On prendra ça un jour à la fois bébé Kiwi. Pas question que tu sois malheureux ou que tu souffres. On te laissera partir pour le paradis des oiseaux quand tu le décideras."

Aux dernières nouvelles, bébé Kiwi se portait encore bien et petit Oscar s’était tout replumé. Merci aux millions de bisous et calins.

La maladie du bec et des plumes est causée par un circovirus non enveloppé dont le matériel génétique est contenu sur un simple brin d’ADN. Ce virus est très commun parmi la faune aviaire de l’Australie et a également été identifié chez des populations de gris d’Afrique sauvages. Si les perroquets de l’Ancien Monde démontrent une grande sensibilité au virus, ceux du Nouveau Monde semblent beaucoup plus résistants à l’infection. Chez ces derniers, la maladie clinique est rarement rencontrée. Deux scénarios sont donc possibles pour eux:

  • 1. Infection transitoire (avec ou sans symptômes de plumes) suivie de l’élimination du virus, c'est-à-dire la guérison


  • 2. Maladie active avec les mêmes symptômes que ceux décrits chez le cacatoès ainsi que le même pronostic.

 

Les espèces les plus souvent touchées par la maladie sont:


  • L’inséparable
  • Le cacatoès
  • Le lori
  • L’éclectus
  • Le gris d’Afrique

 

Maladie chez l’inséparable

La maladie semble commune chez cette espèce et est considérée enzootique dans plusieurs populations d’inséparables. Il existe des porteurs asymptomatiques. Différentes études aux États-Unis indiquent que 40% à 60% des inséparables testés sont positifs pour le virus. Les résultats d’une autre étude corroborent ces données.

 

Symptômes observés Résultats des tests sanguins
Dermatite ulcérative de l’inséprable


Environ 20 % sont positifs pour la maladie du bec et des plumes.
Plus de 50 % sont positifs pour polyoma virus.

Syndrome de perte de plumes


65 % sont positifs pour la maladie du bec et des plumes.
16 % sont positifs pour le Polyoma virus.

Polyfolliculite Tous négatifs pour la maladie du bec et des plumes et pour le polyoma virus.

 

Chez l’inséparable, la maladie se manifeste le plus souvent chez les jeunes adultes: mauvais plumage, plumes qui tombent facilement et qui ne repoussent plus, mue retardée, plumes déformées. Plusieurs oiseaux survivent plusieurs mois, voire des années après l’apparition des anomalies de plumes. Il arrive même que certains individus parviennent à éliminer complètement le virus de leur système et guérissent. C’est ce qu’on souhaite à bébé Kiwi!

 

Maladie chez le cacatoès

 

Chez le perroquet de plus de 6 mois, la maladie a tendance à être chronique et progressive. En général les symptômes au niveau des plumes font leur apparition dès la mue de 6 mois mais parfois prennent jusqu’à 3 ans avant de se manifester. Au début, ils sont généralement subtils:

  • Diminution de la production de poudre. Les plumes qui produisent la poudre sont très sensibles à l’effet du virus et sont donc les premières attaquées. Sans poudre, le bec et les pattes qui sont normalement gris deviennent noirs et lustrés.


  • Histoire de mue retardée. Présence de quelques plumes déformée : constriction à la base, hémorragies dans la pulpe, enveloppe de kératine épaissie et retenue sur la plume, plumes en croissance parfois courtes et étranglées. Plumes qui tombent anormalement. Des plumes déformées remplacent les belles. Avec le temps, l’oiseau se dégarnit et garde seulement quelques duvets et plumes de contour.


  • Conditions cutanées variables. Elles sont beaucoup moins fréquentes que les lésions aux plumes.
     


 

Comme la maladie évolue, des anomalies au bec peuvent apparaître:

  • Allongement anormal du bec dû à un épaississement de la couche de kératine qui le recouvre.
  • Fractures transverses ou longitudinales
  • Nécrose du palais
  • Ulcération de l’intérieur du bec
  • Fracture du bout du bec avec exposition de l’os. Cette situation est extrêmement douloureuse et provoque l’anorexie.
  • Les ongles peuvent aussi être touchés par des changements similaires à ceux du bec.

 

Des infections bactériennes et/ou fongiques secondaires ne sont pas rares en raison de l’affaiblissement du système immunitaire par le virus. La condition générale de santé de l’oiseau se trouve donc compromise. Advenant le cas où les lésions au bec sont peu marquées, le perroquet peut vivre plusieurs années avec la maladie. Cependant, la plupart décèdent entre 6 et 12 mois suivant l’apparition des premiers signes cliniques.

Chez le jeune bébé perroquet encore au nid, la maladie est plus aiguë et généralisée. L’oisillon manque d’énergie et régurgite souvent. Les lésions au niveau des plumes apparaissent rapidement et sont très marquées. Les plumes tombent et cassent facilement. Les plumes abîmées sont douloureuses et le bébé est très inconfortable. La plupart décèdent rapidement, bien avant que des lésions au bec et aux griffes ne surviennent.

 

Maladie chez la perruche

Les symptômes sont observés chez les jeunes au sevrage. À ce moment, les jeunes perruches se couvrent de plumes normales mais aucune plume de vol primaire et secondaire ne pousse. Le polyoma virus est également responsable de tels symptômes.

 

Maladie chez le lori

Quand les anomalies de plumes deviennent visibles, le lori décède généralement rapidement. Cependant, quelques cas de guérison spontanée ont été rapportés.

 

Maladie chez l’éclectus

Cette espèce n’a pas tendance à montrer les symptômes de plumes classiques. Ce sont surtout des mues anarchiques et retardées qui sont observées. Une mauvaise qualité générale du plumage est parfois le seul changement noté.

 

Maladie chez le gris d’Afrique

Une forme aiguë de la maladie est décrite chez le très jeune perroquet. Elle est caractérisée par de la faiblesse, une stase du jabot (lenteur à se vider) et de la régurgitation. Le décès suit rapidement.

Les adultes sont pour leur part soit porteurs asymptomatiques ou présentent un plumage dystrophique généralisé, classique de la maladie. Les lésions de plumes sont parfois confinées aux seules plumes de la queue. Chez certains individus, seulement quelques plumes rouges poussent à travers le plumage gris. Cependant, ces plumes rouges ectopiques ne sont pas exclusives à la maladie et la malnutrition pourrait également être responsable de ce phénomène.

 

Mode de transmission et incubation

C’est en inhalant ou en ingérant des particules virales qu’un perroquet s’infecte. Une grande quantité de virus est normalement retrouvée dans les plumes (elles sont considérées très contagieuses), les pellicules, les fèces et les sécrétions du jabot.

Chez les bébés perroquets, les signes cliniques apparaissent généralement 2 à 4 semaines après le contact avec le virus. Dans d’autres cas (surtout chez les oiseaux un peu plus âgés), l’incubation peut durer de quelques mois à quelques années. Le virus apparaît dans le sang avant que les symptômes externes ne soient notés.

 

Diagnostic

Avec ou sans symptômes suggérant la maladie du bec et des plumes, il est sage de faire tester tout nouvel oiseau dès son acquisition. Deux tests sont disponibles:

1. Recherche du virus (antigène) dans le sang, les selles, les secrétions du jabot ou les plumes. Ce test est appelé PCR (réaction en chaîne par polymérase). Il est possible de détecter des virus dans le sang d’un oiseau 7 à 14 jours suivant le début de son infection. L’oiseau est alors virémique. Il le demeure s’il est incapable de produire suffisamment d’anticorps pour les neutraliser. La maladie poursuit alors son cours.

2. Recherche d’anticorps dans le sang (test d’hémagglutination). Il est possible de détecter des anticorps aussitôt que 1 à 2 semaines suivant l’exposition au virus. Théoriquement, les anticorps ont un effet protecteur contre la maladie lorsqu’ils sont en grand nombre. Certaines études ont démontré que ce sont les oiseaux qui produisent peu ou pas d’anticorps qui développent les signes cliniques de la maladie.
Les biopsies de plumes ne sont presque plus utilisées de nos jours comme moyen de diagnostic, le PCR et le test d’hémagglutination étant des plus fiables.

 

Interprétation des résultats

Test PCR

Chez un perroquet présentant des symptômes suggestifs de la maladie, un PCR positif annonce un pronostic très réservé à pauvre.
Chez un perroquet sans symptômes, si le PCR est positif, il faut retester dans trois mois. L’oiseau aura peut-être réussi à se débarrasser de l’infection.

Test d’hémagglutination

Chez un perroquet sans symptômes, la présence d’anticorps dans le sang n’indique pas nécessairement que l’oiseau est malade. Le test indique seulement qu’il a été en contact avec le virus. Un deuxième test est nécessaire afin de déterminer si la quantité d’anticorps augmente ou non. S’ils augmentent, l’oiseau combat activement le virus. Il développera la maladie ou peut-être guérira-t-il. S’ils diminuent, l’oiseau a réussi à se débarrasser du virus.Chez un oiseau présentant des symptômes de la maladie, le test annonce le même pronostic que le PCR.

 

Dernières recommandations

 

  • Tester tout oiseau dès son acquisition et respecter rigoureusement sa quarantaine.


  • Idéalement, retester l’oiseau 1 mois plus tard afin de s’assurer qu’il n’était pas en phase d’incubation indétectable par le test.


  • Isoler adéquatement tout oiseau positif.


  • Si le nombre de perruches ou d’inséparables vivant dans une volière ne permet pas de les tester tous individuellement, faire un prélèvement de poussières dans leur environnement et faire analyser l’échantillon par le test PCR.


  • Comme le virus est très résistant dans l’environnement (peu de désinfectants courants arrivent à le désactiver, mis à part le javel à 10% et l’iode à 10%), faire analyser les poussières d’environnement par le test PCR suite à une désinfection.

 

Conclusion

La maladie du bec et des plumes est sournoise et peut frapper là où on s’y attend le moins. Comme aucun vaccin n’existe encore, la prévention par le dépistage des individus et des lieux contagieux est fortement conseillée.

Pour un perroquet atteint de la maladie, l’euthanasie n’est pas forcément la solution. Il est possible de le garder en prenant soin de ne jamais le mettre en contact avec d’autres oiseaux. Des petites attentions peuvent lui rendre la vie plus facile: conditions de captivité optimales, traitement des infections secondaires s’il y a lieu, administration de stimulants d’immunité, éviter le stress.

 

Référence
Harrison Greg J., Lightfoot Teresa L., Clinical avian medicine, vol. I & II, Spix Publishing, 2006

 

 

 

© Manon Tremblay 2007

 

Photos
Melopsittacus undulatus et amazona ochrocephala ochrocephala, Julie Taschereau
Melopsittacus undulatus et amazona ochrocephala ochrocephala, Julie Taschereau
Melopsittacus undulatus, Julie Taschereau
Agapornis fischeri, CAJV
Chichou, cacatua alba, CAJV
Lorius garrulus, Annick Durieux
Yao, psittacus erithacus erithacus, Diane Vachon