L’introduction d’un nouveau perroquet
dans un groupe déjà existant


par Johanne Vaillancourt


 

Les amateurs de perroquets sont souvent des passionnés qui ont de la difficulté à résister à la tentation d’adopter un ou plusieurs autres perroquets. Il n’est pas rare, lors de consultations, de rencontrer des gens vivant avec trois, quatre perroquets ou plus, qui se sentent souvent complètement dépassés et semblent perdre le "contrôle" de la situation, surtout s’ils ont choisi de vivre avec plusieurs espèces différentes de psittacidés.

La plupart du temps, le scénario ressemble à ceci: on adopte un très jeune perroquet, puis, vient inévitablement le perroquet d’une connaissance qui veut s’en séparer, puis le pauvre perroquet adopté dans un refuge et un autre. L’histoire est bien connue.

 

Les espèces

Ces deuxième, troisième, etc. oiseaux sont souvent d’espèces différentes et, fait très important, ces perroquets n’arrivent pas dans leur nouvelle famille sous la forme d’un contenant vide: ils ont vécu avant! Malheureusement, souvent les passionnés ne s’empêtrent pas avec ce genre de formalités. Ils adoptent une "espèce" en se fiant aux généralités de cette espèce - un gris d’Afrique doit forcément parler - un pionus doit forcément être calme - un lori doit forcément être drôle!

J’ai aussi pu observer ces dernières années, chez plusieurs passionnés que j’ai côtoyés, la tendance à comparer les attitudes de diverses espèces entre elles: "mon gris d’Afrique de 10 mois ne parle pas alors que mon amazone parlait déjà à 3 mois", "mon cacatoès est très sociable et va vers tout le monde, mais mon youyou du Sénégal attaque les membres de ma famille et les étrangers". Il semblerait que ces passionnés s’attendent à ce que tous les perroquets, peu importe l’espèce, le tempérament, la personnalité ou le vécu de l’oiseau, agissent de façon homogène selon certaines normes préétablies par les humains, du moins, en ce qui concerne les comportements de ces animaux "domestiques".

Malheureusement, ce n’est souvent pas le cas et l’aventure peut s’avérer un peu plus complexe lorsqu’on désire introduire un nouvel oiseau dans un groupe déjà existant (par groupe j’inclus le ou les perroquets ainsi que les humains de votre famille). Chaque oiseau arrive avec un bagage comportemental propre à son espèce, chaque tempérament est différent et chaque individu a sa personnalité et ses antécédents qui n’appartiennent qu’à lui. D’où l’importance de s’enquérir tout d’abord des particularités des espèces de perroquets que vous désirez faire cohabiter, c'est-à-dire, le tempérament général ainsi que les particularités comportementales. Sont-ce des oiseaux à groupe social monospécifique ou multispécifique? Il faudra aussi tenir compte des âges respectifs des oiseaux, de leurs expériences néo-natales (élevés à la main, élevés par les parents), de leur provenance (élevage, animalerie, capturés en nature) et chercher à obtenir le plus d’informations possible sur le passé du ou des nouveaux oiseaux que vous comptez introduire chez vous.

N’oubliez pas qu’un individu au tempérament calme aura peut-être de la difficulté à s’adapter à une autre au caractère exubérant; qu’un perroquet plus âgé ne verra pas d’emblée d’un très bon œil le compagnonnage d’un oiseau beaucoup plus jeune et surtout, qu’un perroquet élevé par les humains, n’ayant jamais eu de contact avec d’autres oiseaux et qui vit depuis un bon moment avec vous, n’accueillera pas nécessairement la venue d’un autre perroquet avec beaucoup d’enthousiasme…
De plus, si vous adoptez un perroquet de refuge, il y a des risques que ce dernier traîne à sa suite un lourd bagage émotionnel et comportemental auquel vous ou les autres oiseaux de la maisonnée serez confrontés. Êtes-vous prêt à faire face à cette éventualité?

 

La cohabitation

L’arrivée d’un nouvel oiseau va, à coup sûr, bouleverser l’équilibre qui était installé dans le groupe. Malgré le fait qu’à ce jour, aucune hiérarchie de dominance naturelle visant à établir un ordre dans un groupe de perroquets n’ait été répertoriée, il ne faut pas oublier que l’intimidation d’individu à individu (dominance relative) existe bel et bien, surtout dans un contexte de captivité (oiseau qui bloque l’accès aux postes d’alimentation, à certaines perches ou jouets, etc.).

Naturellement, la taille ou l’ordre d’arrivée (l’ancienneté) des oiseaux doivent être pris en compte. Un ara se laissera moins intimider qu’un plus petit oiseau et un perroquet déjà installé depuis un bon moment dans votre maison risque de "rouler des épaules" face à un nouvel arrivant de taille équivalente. Vous devrez être patient, car, malgré qu’on assiste parfois à de réels coups de foudre, l’acceptation ne se fera peut-être pas instantanément. Vous devrez laisser le nouvel arrivant "faire sa place" à l’intérieur du groupe, ce qui souvent peut prendre de quelques jours à plusieurs semaines.

À partir du moment où on décide de vivre avec plus d’un perroquet, nous devons agir en fonction de plusieurs, c’est-à-dire que dorénavant la dynamique "familiale" sera différente: vous aurez des interactions de groupe! Cette nouvelle façon d’interagir ne devra en aucun cas se faire au détriment ni en faveur de l’oiseau déjà en place. L’arrivée du nouveau perroquet ne doit pas soustraire d’avantages à l’oiseau "senior" et ce dernier ne doit pas non plus recevoir de privilèges sous prétexte qu’on ne veut pas attiser sa jalousie.

Vous ne devrez pas non plus forcer leur compagnonnage. Pour s’accepter, les perroquets doivent se choisir et décider eux-mêmes du moment propice aux rapprochements. Certains oiseaux vont s’agréger d’emblée, pour plusieurs, il faudra un certain temps d’adaptation et d’apprivoisement l’un à l’autre, et d’autres encore risquent de ne jamais sympathiser.

Un fait invariable cependant, plus l’humain s’ingérera dans la présentation des oiseaux, plus il retardera ou fera obstacle aux rapprochements. Si l’humain persiste à s’immiscer dans la relation entre les perroquets, il risque de devenir la principale source de conflit entre ces derniers et il y aura compétition, intimidations ou prises de bec pour obtenir son attention. Les perroquets vivant en notre compagnie se chamaillent principalement en fonction de nos réactions et ce n’est qu’en de très rares cas que ces confrontations se poursuivent en l’absence de l’humain. Si vos perroquets se disputent en votre présence, ne réagissez pas et quittez la pièce. Si un de vos perroquets reçoit votre l’attention chaque fois qu’il harcèle un congénère (vous le disputez ou séparez les oiseaux), il est certain que pour lui, ce comportement deviendra payant puisqu’il vous aura fait réagir.

Il en va de même pour celui qui se fait harceler: si à chaque altercation vous intervenez pour chasser l’assaillant, il ne prendra jamais sa place et pourrait, à la rigueur, se servir du stratagème de la victime pour attirer votre compassion et obtenir l’attention désirée.

La jalousie n’est (paraîtrait-il) pas qu’une émotion humaine et un oiseau qui vit un attachement très fort avec son humain peut ressentir la présence d’un autre perroquet comme la menace de devoir partager ou perdre la faveur de l’humain chouchou au profit du nouveau venu. Certains oiseaux souffrant d’insécurité émotionnelle dans leur relation avec l’humain peuvent devenir agressifs avec ce dernier, avec le nouvel oiseau ou s’en prendre à eux-mêmes (picage) et vivre une grande anxiété s’ils ont l’impression que l’addition d’un autre perroquet dans le groupe leur porte préjudice. Vous devrez apprendre à partager votre temps à peu près équitablement avec tous les perroquets vivant sous votre toit.

En plus de la considération de l’humain, la plupart des conflits entre perroquets proviennent de la promiscuité ou d’un territoire restreint. Chacun devra être installé confortablement et disposer d’un environnement assez vaste (volière) ou de sa propre cage ainsi que de ses propres accessoires (jouets, perchoirs, écuelles), surtout au début de la cohabitation. Si vous disposez d’une vaste volière pour vos oiseaux, assurez-vous tout de même que chacun ait accès à ses écuelles d’eau et de nourriture. Le manque d’espace et la présence constante d’un compagnon imposé (qui n’a pas été choisi) sont source de bien des démêlés entre perroquets qui vivent en captivité.

Avant de vous lancer dans des adoptions impulsives, arrêtez-vous quelques instants, le temps de considérer votre situation de groupe et de bien vous informer sur l’espèce ou la personnalité de l’individu que vous désirez acquérir. Car en plus, vous devrez minimalement tenir compte du temps que vous pouvez allouer à vos compagnons à plumes, ainsi que de l’espace dont vous disposez pour bien prendre soin de vos oiseaux.

Ne prenez pas pour acquis l’idée préconçue que deux perroquets de même espèce vont forcément bien s’entendre ou que le second, d’espèce différente fera un excellent compagnon pour votre oiseau. Si vous décidez d’adopter un nouvel oiseau, faites-le pour vous, parce que vous le désirez et que vous jugez disposer du temps nécessaire pour chacun des oiseaux cohabitant avec vous. Si vos perroquets se découvrent des atomes crochus, prenez-le comme un bonus.

Bonne cohabitation!

 

 

 

© Johanne Vaillancourt 2006 -2009

 

Photos
Nicodème, cacatua galerita triton, Puck, poicephalus senegalus, Suzie, aratinga jendaya, et, amazona aestiva, Frédéric Faure
Peanut, psittacus erithacus erithacus, et Étienne, amazona aestiva, CAJV
Gigi, ara rubrogenys, et Chiko, ara ararauna, Henri Brisson
Lilo, ara ararauna, et Jo, cacatua galerita, Cristina Marques
Cracou, amazona aestiva, et Rubens, deroptyus accipitrinus, CAJV
Molly, anodorhynchus hyacinthinus, et Elmo, ara macao, CAJV
Peanut, Jamie et Bib, psitaccus erithacus timneh, CAJV