Histoire de Fred, mon grand perroquet


par Natacha Larivière, intervenante en comportement

 

Les aras me fascinent depuis toujours. Pour moi, il n’y a pas plus perroquet qu’un ara.

J’avais la chance depuis 2 ans de vivre au quotidien avec Misha mon ara ararauna femelle. Elle était avec moi depuis l’âge de 4 mois. Comme bien des passionnés, je ne pouvais bien évidemment pas en rester là... Je me suis mise à la recherche d’un ara chloroptera.

Je ressentais le besoin de donner une nouvelle chance à un oiseau de "seconde main". Pendant les deux dernières années, j’avais acquis des connaissances (grâce au CAJV) et de l’expérience par la ribambelle de Cocos qui vivent avec moi. Je me sentais mieux outillée pour me lancer dans cette nouvelle aventure aviaire. Du moins, c’est ce que je croyais!

 

Arrivée du Coco tant attendu!

Mon beau Fred (ara chloroptère de 2 ans) est arrivé par avion le 1er octobre 2004 à exactement 16 heures. Nous ne le savions pas encore, mais il allait changer nos vies et nos convictions à jamais. J’étais dans un état d’agitation extrême, accompagnée par ma mère et mon beau père qui venait pour me soutenir. Mon bel amour est arrivé les pattes froides comme des glaçons. Ce fut son premier vol et ce sera son dernier; les employés de l’aéroport n’ayant pas pris la peine de couvrir son transporteur pour faire le trajet de l’avion à l’aéroport. L’attente, l’angoisse, le bruit, la faim et l’incertitude, c’est ce à quoi les oiseaux qui vivent l’expérience de l’avion sont soumis. Pour des animaux proies tels que les perroquets, ce sont des instants de grand stress.


Fred, quelques heures après son arrivée à la maison

 

Bienvenue

Pendant que je remplissais les papiers nécessaires, un petit attroupement s’était formé autour de nous. Ma mère, de sa petite voix haute perchée, souhaitait la bienvenue à Fred dans sa nouvelle famille. Les gens étaient curieux de voir à qui la petite dame parlait ainsi. Vous voyez le portrait? Bref, mon bel oiseau est enfin arrivé à la maison très heureux de sortir du transporteur d’où il était prisonnier depuis plusieurs heures.

 

Un oiseau en colère

Au fil des jours, je me suis aperçue que j’avais affaire à un oiseau en colère et frustré. Il n’était pas du tout content d’avoir changé de famille. Il n’était pas intéressé du tout d’avoir un nouveau de mode de vie et de se retrouver avec des étrangers. Il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait, il était complètement perdu et angoissé.

Les deux premières semaines furent "rock'n roll!" Ce fut pour nous l’occasion de pratiquer notre "main prédatrice". Pour lui, toutes les occasions étaient bonnes pour nous mordre et ainsi nous démontrer la colère qu’il éprouvait.

Ces tentatives de morsures et parfois même d’attaques se sont estompées tout doucement au bout de quelques semaines. Il s’est aperçu que ce moyen d’exprimer ses frustrations ne donnait rien. Il s’est alors mis en tête de faire passer un mauvais quart d’heure à ses jouets en les attaquant, en les mordant, en criant et en grognant après eux. Une façon beaucoup plus acceptable et surtout moins douloureuse pour nous!

 

De nouvelles règles!

Au fur et à mesure, nous avons commencé à intégrer Fred dans les activités quotidiennes auxquelles nos autres oiseaux participent. Partager les repas, faire la vaisselle, plier le linge, laver le plancher, etc. Je me suis aperçue que cela provoquait encore plus de colère en lui. Johanne Vaillancourt, lors d’une consultation, m’avait alors expliqué que le fait de lui donner de nouvelles façons de faire provoquerait chez lui de la frustration. Il ne comprenait tout simplement pas pourquoi ça ne se passait pas comme dans son ancienne maison. J’ai compris alors tout le sens de la phrase: "éduquer c’est frustrer!"


Fred et Misha qui m'aident à cuisiner

 

Fred n’était pas habitué à être guidé ni encadré, il était par le passé davantage laissé à lui-même. Dans notre famille, il devait apprendre à vivre dans un certain cadre et ça ne lui plaisait pas du tout. Il nous montrait sa désapprobation en mordant, en criant ou simplement en se retirant des activités afin de s’isoler du groupe.

 

Les chloroptères

De mon côté, j’ai dû m’ajuster à un oiseau qui avait un passé de deux ans et qui arrivait chez moi avec un grand chagrin causé par la séparation d’avec les êtres avec qui il avait vécu depuis qu’il était bébé. J’ai aussi appris à connaître cette espèce spécifique d’ara. Les chloroptères de 2 ans sont très immatures, rien à voir avec mon ara bleu et or du même âge. Ils sont hyperactifs et ont énormément de difficulté à se concentrer. Ils sont très "physiques", toujours en mouvements; bref, ils n’arrêtent jamais. Ils utilisent leur bec pour communiquer et ils mordillent beaucoup pour jouer. Comme ils n’ont aucune idée de la force qu’ils possèdent dans leur bec c’est à l’éducateur de le leur enseigner. Cet enseignement est très important, l’oiseau ne l’apprendra pas seul. De nombreux aras finissent par être abandonnés ou délaissés dans leur coin parce que leurs humains ont peur de leur bec une fois l’oiseau devenu adulte. Pourtant avec de la patience et de la persévérance, il est possible d’avoir une relation saine avec son oiseau. Comme c’est un oiseau qui a un développement qui s’échelonne sur plusieurs années avant d’atteindre sa maturité, il faudra éduquer, répéter et répéter pendant 5 ans et souvent même davantage. C’est tout un contrat, mais tellement gratifiant quand vous voyez votre Coco s’améliorer de jour en jour sous vos yeux.


          
Premier Noël dans sa nouvelle famille  

 

Éducation

Pendant l’apprentissage de Fred, pour contrôler la force de son bec, j’avoue avoir eu de nombreux bleus sur les bras et les mains. Il n’avait pas la moindre idée qu’à ce moment-là il me faisait mal. Il ne comprenait pas pourquoi je le déposais sur le perchoir le plus proche en lui disant: "C’est fort!" Quelques instants plus tard, je le reprenais et je le remettais dans la même situation pour qu’il fasse le lien entre son geste et la conséquence. La petite lumière dans sa tête a pris un certain temps avant de s’allumer. Il n’était pas content du tout de voir nos jeux cesser chaque fois qu’il pinçait fort. Il criait, se défoulait sur ses jouets. J’avais toujours en tête que j’avais en face de moi un jeune oiseau, pas un oiseau méchant qui veut faire mal intentionnellement. Je devais garder mon calme même quand ça faisait la vingtième fois et parfois plus que je recommençais le même manège avec mon beau Fred.

 

Les hauts et les bas

Cette période de deux mois a été plutôt difficile. Fred passait quelques semaines où il était d’humeur joyeuse, il mordillait doucement, aimait se faire caresser. Puis, la colère refaisait surface et il se remettait carrément à mordre et à vouloir s’isoler. Comme c’est un oiseau qui parle beaucoup, il nous sortait tout le vocabulaire qu’il connaissait sur un ton de voix autoritaire, le tout entrecoupé de cris et de grognements.

Suite à cela et aux efforts de presque deux mois et demi, vers le début janvier, j’ai vu petit à petit mon Fred se métamorphoser sous mes yeux. D’oiseau en colère, il est devenu un être joyeux avec un grand sens de l’humour. Je l’entends souvent se dire à lui-même en empruntant ma voix: "Ben oui mon beau p'tit bébé d’amour!"

Il cherche à s’intégrer de lui-même dans toutes nos activités quotidiennes. Il m’aide à faire la vaisselle et à mettre les ustensiles dans le tiroir en les lançant joyeusement. Il vient jouer à la lutte sur le divan avec moi. Je l’appelle affectueusement mon lutteur, il se lance sur moi, roule sur le dos en grognant comme un chien. Il adore jouer dur, mais il conserve davantage le contrôle de son bec. Il lui arrive encore souvent de manquer de douceur, mais il faut toujours garder à l’esprit qu’il est jeune et en apprentissage et qu’il lui faudra encore du temps pour parvenir à intégrer tout ce qu’il a appris de façon plus permanente.


Fred vous dit au revoir

Cette belle aventure avec Fred se poursuit chaque jour au quotidien. J’avoue avoir trouvé les premiers mois difficiles, mais avec l’aide de Johanne et de la persévérance, j’ai pu enfin voir les choses évoluer. Adopter un oiseau de "seconde main", ce n’est pas comme aller chercher un bébé de 4 mois qui attend tout de nous et dépend de nous pour satisfaire ses moindres besoins. C’est un tout autre défi et il faut composer avec le passé de l’oiseau et l’éducation (souvent le manque ou la mauvaise éducation) que l’oiseau aura reçue. Il faut du temps et de la persévérance afin de redresser la situation.

Mon chéri est maintenant avec nous depuis près de 5 mois et je l’aime de tout mon cœur. C’est un oiseau attachant, qui a le sens du spectacle (il n'y en a pas deux comme lui pour chanter et danser). C’est un cabotin qui aime nous faire rire. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une fois de plus à adopter un oiseau de "seconde main". Pour l’instant, je me plais à le voir évoluer de jour en jour et cela me comble totalement.

 

 

 

© Natacha Larivière 2005
http://www.ara-le-sanctuaire.com

 

Photos
Fred, ara chloroptera, François Goupil et Natacha Larivière
2e photo en compagnie de Misha, ara ararauna, François Goupil et Natacha Larivière