Le goitre chez la perruche


par Manon Tremblay DMV


 

Depuis déjà quelque temps, Ti-loulou la perruche prend des médicaments (choline/méthionine) pour soigner son foie engorgé. Son bec supérieur qui allonge anormalement et qui présente des ecchymoses trahit la présence d’un problème hépatique. Il faut dire que Ti-loulou a la tête dure et il ne veut rien manger d’autre que des graines. Il croque quand même à l’occasion un avi-cake mais il choisit minutieusement les graines qui y sont incorporées. Même si un buffet de fruits et légumes digne des plus grands hôtels lui est offert quotidiennement, il le boude. Parfois même, il s’amuse à déchiqueter les carottes en prenant cependant bien soin de ne pas en avaler. C’est quand même amusant de voir tomber au fond de la cage tout ces petits morceaux d'oranges... Alors quand vient le temps de mettre son nez dans le plat vert pour s’enquérir de son contenu, il n’est pas étonnant qu’il regarde sa propriétaire avec le regard arrogant que seuls les oiseaux difficiles peuvent avoir. Il semble lui dire :«Crois-tu vraiment que je vais goûter à cette moulée? Pour sa part, Mme T ne s’inquiète pas trop du comportement toqué de sa perruche. Elle se dit qu’à force d’insister, son oiseau finira bien par varier son menu. D’autant plus qu’on l’a rassurée en lui disant qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter des suppléments de vitamines et de minéraux sur des graines d’oiseau de qualité (des graines vivantes et vitaminées) car ce sont les meilleures.

Un matin, Ti-loulou commence à éternuer à une fréquence anormale. Il avait déjà commencé à muer quelque temps auparavant et comme il était normal pour lui d’éternuer plus souvent durant ses périodes de mue, Mme T ne prêta pas trop attention. Mais cette fois-ci, quelque chose d’anormal se produit. La mue tirant à sa fin, Ti-loulou ne cesse d’éternuer. Des râlements sont également audibles. Comme Ti-loulou est quand même en forme et qu’il n’a pas cessé de parler et de jouer, Mme T décide de l’observer encore quelques jours. Mais voilà qu’une seconde mue débute au moment même où la précédente se termine. Comme les symptômes respiratoires de l’oiseau persistent, Mme T consulte le vétérinaire. À l’examen, la perruche est grasse et de petits râlements humides sont audibles. Un antibiotique est prescrit afin de traiter ce qui semble être une infection respiratoire. Malheusement, malgré l’administration du médicament, la condition de l’oiseau se dégrade et la difficulté respiratoire s’amplifie. Ti-loulou se tient maintenant gonflé sur son perchoir et est abattu. Il bouge la queue à chaque inspiration et s’il tente un effort, ses râlements empirent.

La perruche est donc de retour chez le vétérinaire pour une réévaluation. De nouveaux symptômes sont alors notés: son jabot est rempli de liquide et l’oiseau bouge beaucoup la tête et tente d’avaler souvent. Les bruits respiratoires se sont amplifiés et il a commencé à faire du picage au niveau du cou. Un diagnostic de goitre devient de plus en plus probable compte tenu de l’évolution du cas et de la diète presque exclusivement composée de graines de l’oiseau .

Comme l’état général de Ti-loulou ne nécessite pas une hospitalisation, la décision de le retourner à la maison avec un supplément d’iode (Lugol) fut l’option retenue. À 22h00 ce même soir, Ti-loulou prend sa première gorgée d’eau contenant du lugol. Le lendemain matin, les symptômes n’avaient pas empiré et déjà Ti-loulou respirait mieux. Après 48 h de traitement, la santé de la perruche s’était améliorée de 60% et après 2 semaines, elle était complètement rétablie.

Les pathologies de la glande thyroïde sont bien connues chez les oiseaux. Cependant, c’est le goitre de la perruche qui est de loin, la condition la plus communément rencontrée.

Les oiseaux ont deux glandes thyroïdes, situées dans leur cou, juste à l’entrée de la cage thoracique. Elles sont situées de chaque côté de la trachée et la veine jugulaire passe tout près d’elles. Les glandes sont ovales et de couleur blanc crème. Elles mesurent en moyenne 2 mm et pèsent 3 mg chez la perruche. Quand une perruche souffre de goitre, ses glandes peuvent atteindre le poids impressionnant de 300 mg et mesurer jusqu’à 1 cm chacune!

Les hormones sécrétées par la glande thyroïde (T3=triiodothyronine et T4=thyroxine) sont essentielles à la vie et servent à régulariser plusieurs fonctions du corps. Entre autres, elles stimulent le métabolisme, participent à assurer la stabilité de la température corporelle malgré les variations de température ambiante, contrôlent la croissance, assurent la maturation des gonades et régularisent la mue de l’oiseau en permettant la pousse de nouvelles plumes. La thyroïde fabrique surtout de la T4, et pour ce faire, elle a besoin de la thyroglobuline présente dans le sang (La T4 est transformée en T3 principalement à l’extérieur de la glande). Comme l’iode est absolument nécessaire à la fabrication de la thyroglobuline, une carence alimentaire impliquant ce minéral se traduit par l’arrêt de la production de T4 par la thyroïde.

Quand il n’y a plus assez de T4 en circulation dans le sang, l’hypophyse antérieure s’active et produit une hormone appelée TSH. Sous l’effet de cette TSH, les cellules épithéliales des follicules de la glande thyroïde s’activent et se multiplient dans le but de faire de la T4, mais en vain. Il n’y a pas de thyroglobuline disponible dans le sang à cause du manque d’iode. La glande grossit et grossit encore pour atteindre 100 à 150 fois sa taille normale. Si l’oiseau ne reçoit pas d’iode, le cercle vicieux persiste : pas d’iode, pas de thyroglobuline, pas de T4 pour arrêter la production de TSH qui s’accumule de plus en plus dans le sang et qui stimule constamment la glande thyroïde à produire de la T4 qu’elle n’est plus en mesure de faire.

Il est intéressant de préciser que la thyroglobuline aviaire contient plus d’iode comparé à celle des mammifères. Cela rend donc les oiseaux plus susceptibles à développer un goitre secondaire à cette carence alimentaire.

Les symptômes rencontrés chez un oiseau ayant le goitre sont causés soit par le manque de T4 ou par l’effet mécanique de compression des organes par la glande devenue trop grosse.

Symptômes possibles du goitre


  • Obésité (c’est parfois le seul symptôme observé. L’oiseau peut toutefois devenir très maigre s’il n’arrive pas à se nourrir adéquatement à cause de la compression de l’oesophage)
  • Fréquents mouvements de la tête et efforts pour avaler
  • Changement dans la voix
  • Respiration rapide - Lenteur du jabot à se vider
  • Accumulation de mucus dans le jabot
  • Dilatation du jabot
  • Bruits respiratoires sifflants (principalement à l’inspiration) ou humides au repos et/ou à l’exercice. On entend souvent la perruche émettre un son à chaque battement d’ailes lorsqu’elle vole
  • Régurgitation et plumes du dessus de la tête souillées par le mucus régurgité
  • Picage au niveau du cou
  • Difficulté respiratoire parfois sévère
  • Léthargie, manque d’énergie
  • Peau sèche, plumes ébouriffées, perte de plumes sans démangeaison, prédisposition à développer des infections cutanées bactériennes/fongiques
  • Augmentation du cholestérol et triglérides sanguin
  • Dépôt de gras sous-cutanés et lipomes, foie gras
  • Diminution de la fertilité
  • Petites selles dures (constipation)

 

Diagnostic


  • Historique : la perruche se nourrit exclusivement de graines
  • Examen physique : un ou plusieurs des symptômes cités plus haut sont présents. Il arrive qu’exceptionnellement, la glande thyroïde soit palpable juste à l’entrée du thorax. Pour ce faire, elle doit être considérablement grosse
  • Radiographie : la trachée est parfois déplacée vers le haut ou le bas

 

Traitement

L’administration d’iode est curatif pour les oiseaux ayant le goitre. Parfois, une hospitalisation peut s’avérer nécessaire pour les individus en détresse respiratoire. Le stress et la fréquence des manipulations doivent être maintenus au strict minimum pendant cette période. Le traitement est d’abord initié avec de l’iode injectable puis continué avec de l’iode (Lugol) dans l’eau de boisson quand l’oiseau se porte mieux. L’hospitalisation permet également de prodiguer des traitements de support (oxygénothérapie, etc.). Le traitement au Lugol peut durer 3 à 4 semaines selon le cas.

Prévention

Une perruche de 35 grammes a besoin de consommer 20 microgrammes d’iode par semaine afin de satisfaire ses besoins. Il est donc important que sa diète soit variée et que ses graines soient saupoudrées d’un supplément de vitamines et minéraux contenant de l’iode. Pour une perruche qui ne consomme que des graines (même celles de haute qualité) sans aucun supplément ajouté, le risque de développer un goitre est réel. Bien que les graines soient sensées être complètes, les vitamines et minéraux qui y sont ajoutés le sont en très petite quantité. De plus, un minéral instable comme l’iode a tôt fait de perdre son activité thérapeutique après son ajout au mélange. L’iode est vraiment instable, surtout s’il est exposé à l’air et à la lumière : même dans une bouteille ambrée et bien scellée, le lugol perd rapidement son efficacité.

En consultant la liste d’ingrédients contenus dans le sac de graines de Ti-loulou, on peut constater que certains aliments goitrogéniques font partie des premiers ingrédients de la liste (graines de lin, fève de soya et kale). Cependant, l’iode figure bien loin en bas de la liste comme deuxième avant-dernier ingrédient… En grande quantité, les substances goitrogéniques empêchent la synthèse de la T4 même s’il y a assez d’iode disponible. Il est donc facile de comprendre par cet exemple que même les graines dites de qualité supérieure ne peuvent pas rencontrer tous les besoins alimentaires d’un oiseau. Vous devez donc ajouter un supplément de vitamines et de minéraux en poudre quotidiennement sur les graines de votre oiseau si elles représentent son seul menu. Lisez bien la liste d’ingrédients du supplément choisi et assurez-vous qu’il contienne bel et bien de l’iode et que la date de péremption n’est pas dépassée.

Exemples d’aliments goitrogéniques : Il ne faut pas interdire aux oiseaux d’en manger, mais il n’est pas conseillé qu’une perruche en consomme en grande quantité

  • fève de soya
  • graines de lin
  • kale
  • chou
  • brocoli
  • navet
  • graines de colza
  • maïs

 

Une autre source d’iode pouvant être mis à la disposition de la perruche sans pour autant croire qu’elle soit suffisante à elle seule est le bloc minéral iodé.

Il est intéressant à utiliser, mais l’iode qu’il contient perd rapidement son efficacité. Il doit être renouvelé régulièrement.

Finalement, pour certaines perruches, il est possible que votre vétérinaire vous conseille de lui donner du lugol dans son eau une fois par semaine comme mesure préventive.

 


Bibliographie

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Rosskopf Walter, Woerpel Richard, Diseases of cage and aviary birds, third edition, Williams & Wilkins, 1996

 


 

© Manon Tremblay 2004


Photos
Poirot, perruche ondulée (melopsittacus undulatus), Joanne Lafrance
Perle et Pistache, perruche ondulée (melopsittacus undulatus), Tamara Pringles
Lili et Carlos, perruche ondulée (melopsittacus undulatus), Christiane Gervais