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Qu'est-ce qu’un EAM ? 
(oisillon élevé à la main)


par Johanne Vaillancourt


 

La plupart des perroquets disponibles sur le marché proviennent d’élevages

et (malheureusement), les méthodes d’élevage contemporaines annoncent pour la grande majorité… le nourrissage à la main des oisillons.

L’expression "nourri à la main" veut dire:

  • Que les poussins sont retirés très tôt du nid ou, parfois même, naissent en couveuse;
  • Qu’ils n’ont pas ou peu de contacts filiaux;
  • Conséquemment, ils subissent de façon systématisée, une imprégnation humaine.

 

Le perroquet est le seul animal "domestique" à qui on fait subir doctrinairement ce genre de traumatisme. Cette méthode d’élevage aura des répercussions sur tous les comportements de l’oiseau.

Ainsi, le jeune perroquet se développera…

  • Sans avoir trop conscience de son identité;
  • Il créera des attachements factices avec l’humain;
  • Allant même parfois jusqu’à rejeter les interactions avec les individus de sa propre
    espèce.

 

Puisque l’empreinte filiale de l’oiseau sera humaine...

  • Il développera des attitudes qui seront programmées par l’humain;
  • Ces attitudes risquent d’entrer en conflit avec les prescriptions de ses instincts.

 

 

Oui, mais qu’est-ce que l’empreinte?

En gros, l’empreinte est un aspect de l’apprentissage qui se produit en très bas âge (avant le sevrage alimentaire), à une période où le jeune perroquet est très sensible et où il est exposé à un stimulus très significatif… L’empreinte crée un rapport exclusif des oisillons avec son ou ses parents (selon l’espèce) autour de l’apport alimentaire, de la becquée et autour de la sécurisation du lieu.

L’oisillon s'attache à un modèle qui est présent…

  • Dès qu’il commence à prendre conscience de l’environnement qui l’entoure (ouverture
    des yeux et des oreilles).

 

Bien que ce modèle soit habituellement la mère…

  • Ce peut tout aussi bien être une autre espèce animale (dans le cas qui nous concerne:
    l’humain).

 

On parle donc de la mise en place définitive d’un lien entre un déclencheur extérieur et un comportement instinctif.

  • Cette mise en place n'est pas commandée par un déterminisme biologique spécifique
    (comme un lien de parenté, une odeur) mais serait circonstancielle.
  • L’imprégnation se fera avec l’être qui sera là au moment où celle-ci se passera. C’est
    tout.

 

L’empreinte a des répercussions à très long terme:

  • Reconnaissance des parents;
  • Identité (apprend les caractéristiques de son parent);
  • Attachement;
  • Relations et adaptation sociale;
    • Les types d’individus avec lesquels il aura des relations privilégiées.
  • L’impression filiale induit l’empreinte sexuelle de l’oiseau (caractéristique du parent, de
    l’espèce).

 

L’empreinte est une forme d’apprentissage rapide, spécifique et irréversible:

  • Cette forme d’apprentissage est des plus efficace puisqu’elle ne demande aucune forme
    de renforcement;
  • C’est un phénomène qui fait partie de l’instinct de survie des animaux.

 

Les comportements qui seront acquis par imprégnation…

  • Risquent de demeurer permanents et seront déterminants sur d’autres comportements
    ultérieurs de l’oiseau.

 

Une imprégnation défaillante produira un oiseau avec un système de défense actif:

  • Un oiseau qui a vécu des failles au niveau de l’attachement et du détachement vivra de
    l’anxiété chaque fois qu’il sera confronté à une situation de détachement.
  • En devenant anxieux, l’oiseau ne sera pas apte à apprendre avec confiance.
  • L’imprégnation est une étape capitale dans les processus d’apprentissage de l’animal.

 

EAM = Imprégnation hétérospécifique et systématique à l’humain  


C’est la source même de la plupart des dysfonction ou problèmes du comportement des perroquets EAM.

  • L’imprégnation pathogène entraîne des orientations relationnelles invalidantes pour
    l’oiseau.
  • Entres autres, l’imprégnation sexuelle extra spécifique et/ou double imprégnation intra
    et extra spécifique.
  • Elle entraînera des dysfonctionnements du comportement sexuel, parental et des
    désordres du système social.

 

Ainsi, le premier apprentissage de l’oisillon sera l’imprégnation filiale:

  • Reconnaissance des caractéristiques de son parent.
  • Et chez l’EAM, cette imprégnation sera humaine.

 

L’oiseau considérera ne faire qu’une seule espèce avec l’humain.

  • Il prendra l’humain comme modèle dans ses apprentissages sociaux et pour sa survie
    • (et ce qu’il en tirera ne sera certes pas toujours pour vous plaire).
  • Il s’attendra à ce que la pression sociale de son groupe soit en concordance avec son état
    de perroquet (qu’il identifie à l’humain bien entendu)
    • ce qu’il peut comprendre ou accomplir.
  • Il s’attendra à pouvoir communiquer avec son espèce:
    • le plus naturellement du monde et ce,
    • dans les deux sens = être compris et comprendre.
  • Il s’attendra à ce que vos besoins réciproques soient similaires, sinon identiques.
  • Il s’attendra à être accepté et à faire partie (totalement) de son groupe social (votre
    famille).
  • Et plus tard, il se pourrait qu’il s’attende à choisir et à prendre pour époux ou épouse un
    des membres de ce groupe social.

 

Vous attendiez-vous à cela ?

 

Loin de moi l’idée de rejeter la faute sur l’éleveur ou l’acquéreur (ou les deux)…

  • Mais force m’est de constater que la situation existe bel et bien et qu’il serait peut-être
    temps d’y remédier (puisque l’information est disponible).

 

 

La responsabilité de l’éleveur…

Serait de voir à ce que l’oisillon puisse bénéficier d’une période d’imprégnation
"normale" avec ses parents (son espèce):

  • La plupart des espèces prennent soin de leur progéniture en couple.
  • Comprendre que les perroquets font partie de ces espèces qui ont une longue période de
    dépendance juvénile puisqu’ils ont aussi une longue espérance de vie.
     

Ainsi, une longue période de dépendance…veut dire… une longue période d’imprégnation, particulièrement chez certaines espèces à plus longue période de dépendance, tels les grands perroquets ou les espèces monospécifiques. Cette imprégnation dépasse largement le cadre du 12 semaines (3 mois) et, de ce fait, qu’ils soit possible que période de socialisation "naturelle" de certaines espècespuisse s’étendre au-delà de l’âge de 16 mois à 24 mois.

Si nous comparons avec les méthodes d’élevage actuelles… nous sommes bien loin du compte.

Maintenant, puisque le perroquet a un très faible taux de reproduction, si ce n’est pour des raisons mercantiles…

  • Les éleveurs devront, je l’espère, dans un avenir proche, devoir justifier leurs
    motivations à continuer à pratiquer cette forme d’élevage qui serait considérée barbare
    si un éleveur de chien décidait d’agir de cette façon.
  • Cui bono ? (Cicéron) – Qui profite ?

 

La tâche d'élever des perroquets ne devrait pas s'improviser. Une connaissance (minimale) de ce qui se joue dans les premières semaines ou mois de vie des différentes espèces de perroquets devrait pouvoir éviter les abus, par ignorance ou négligence, éviter de produire des jeunes oiseaux avec une imprégnation pathogène, mal socialisés, et conséquemment, mal préparés à vivre dans un milieu qui n’est pas du tout adapté (ni préparé) à répondre à leurs besoins… leur future famille humaine.

 

La première responsabilité de l’acquéreur

  • Cesser (de grâce) de penser en termes de "chiot ou chaton" en désirant se procurer l’oisillon le plus jeune possible.
  • Cesser de croire que l’oiseau créera + d’attachement si vous le nourrissez vous-même.

 

Gardez en tête que:

  • L’éleveur a un produit à vendre, et il produira ce que vous lui demandez!
  • Vous prenez à charge + que la moitié du travail qui devrait incomber à l’éleveur.
  • Accepteriez-vous de vous procurer à prix fort, un chiot "qui n’est pas fini?"

 

 

La deuxième responsabilité de l’acquéreur…

 

  • Serait de ne pas accepter d’adopter un animal avec une imprégnation si mal conduite;
  • De comprendre qu’il n’a pas du tout les qualifications requises pour entreprendre la
    lourde tâche de sevrer lui-même l’oisillon.

 

Les risques pour le développement physique et psychologique sont trop nombreux pour être laissés aux mains de novices:

  • Pneumonie par aspiration;
  • Graves brûlures du jabot;
  • Anorexie (nourriture trop froide ou trop chaude);
  • Inanition;
  • Risque de maladie (le système immunitaire du bébé n’est pas entièrement développé);
  • Risque (élevé) de ne pas reconnaître un symptôme qui indique que l’oiseau ne va pas bien.

 

… et de comprendre que la période de socialisation du jeune oiseau est trop importante pour qu’on puisse décider de la conduire soi-même. Sans au moins avoir une bonne base des besoins et de l’éthogramme (comportements
naturels et normaux) de l’espèce qu’on décide d’adopter.

Pour ceux qui auraient l’intention de se procurer un jeune perroquet, dites-vous bien que vous n’avez rien à gagner en vous procurant un jeune animal…

  • À l’imprégnation morbide;
  • Carencé dans ses besoins affectifs émotifs et souvent, nutritionnels…
  • …et dont, pour toutes ces raisons, la socialisation sera déficiente.

 

Parce que, quoi qu’on en dise, même le plus soucieux des éleveurs ne remplacera jamais la présence sécurisante et structurante des parents eux-mêmes.

Avant de faire l’acquisition d’un bébé perroquet chez l’éleveur, informez-vous, demandez un jeune dont le nourrissage, le sevrage et la première socialisation ont été conduits par les parents naturels (EPP- élevé par les parents). Un éleveur consciencieux et soucieux du bien-être de ses oisillons n’aura aucune raison de vous refuser une telle demande.

Pour les autres (ceux qui ont déjà fait l’acquisition d’un EAM – élevé à la main), je ne peux que vous inviter à continuer de visiter les pages de ce site pour tenter d’améliorer le cadre de vie de votre oiseau à l’imprégnation pathologique. Comprenez bien que ce n’est pas gagné d’avance !

 

© Johanne Vaillancourt 2008

 

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Photos
Tchico, ara ararauna, Karine Zwenger