Diarrhée ou polyurie


par Manon Tremblay DMV


 

Une goutte, deux gouttes, trois gouttes. Cela devrait suffire, se dit Solange. C’est ce qui est inscrit sur la bouteille. Son perroquet a la diarrhée et elle s’apprête à lui donner le médicament qu’elle s’est procuré en animalerie. Pierrot, son amazone ne semble cependant pas vouloir être coopératif. Des trois gouttes déposées sur sa nourriture, il est bien difficile de dire ce qu’il a réellement ingurgité. Ses vigoureux coups de bec dans le bol de graines semblent avoir dispersé la potion magique aux quatre vents.

Malgré le traitement, le fond de cage du perroquet persiste à devenir rapidement détrempé. Une odeur désagréable s’en dégage. Solange prend finalement rendez-vous chez son vétérinaire. Elle lui explique que depuis un peu plus d’un mois, son oiseau a la diarrhée. Ses selles sont tellement liquides que lorsqu’il défèque, un jet d’eau est projeté. Elle a aussi remarqué qu’il buvait plus ces derniers temps. Selon elle, Pierrot ne doit pas être si malade; son appétit n’a jamais été si bon. On pourrait même dire qu’il est de plus en plus vorace.

L’examen physique de Pierrot permet de constater qu’il a beaucoup maigri depuis sa dernière visite, même si rien n’y paraît de l’extérieur. L’observation du fond de sa cage révèle quelques indices. En fait, l’oiseau n’a pas la diarrhée, mais il produit plutôt une quantité importante d’urine.

 

La selle normale d’un perroquet se compose de trois éléments

 

  • Une partie solide et colorée (brun ou verdâtre selon la diète) qui représente la selle proprement dite. En cas de diarrhée, cette portion n’a plus de forme.


  • Une partie solide (blanc crème) de consistance crayeuse qui vient des reins. Ce sont des urates.


  • Une partie liquide comme de l’eau. Elle n’est présente que lorsque l’organisme élimine un surplus de liquide (si l’oiseau mange beaucoup d’aliments riches en eau ou s’il est malade).
     

 

Dans le cas de Pierrot, il est faux de prétendre qu’il a la diarrhée. La partie colorée de ses selles est bien formée. Il est donc inutile de le traiter pour ce problème. Une quantité impressionnante de liquide mouille cependant le papier du fond de la cage. Il faut trouver la cause de cette surproduction d’urine.

Une petite quantité d’urine est prélevée ainsi qu’un échantillon sanguin. Leurs analyses ne donnent pas de résultats rassurants. Une grande quantité de glucose est présente dans l’urine et le taux de sucre sanguin (glycémie) est très élevé. Pierrot souffre de diabète. Cela n’a rien de rassurant car cette maladie est encore mal comprise chez les oiseaux. Le contrôle de la glycémie est un processus complexe modulé par des hormones produites par le pancréas. Les deux principales sont l’insuline et le glucagon. L’insuline a pour effet de permettre au sucre sanguin de pénétrer dans les cellules quand la glycémie est trop élevée. Le glucagon pour sa part, permet au sucre emmagasiné dans l’organisme d’être libéré afin de venir normaliser une glycémie trop basse. Chez les humains, le diabète implique un problème de gestion de l’insuline (soit qu’il n’y en a pas assez de produite, soit qu’elle ne travaille plus comme elle devrait). Chez les oiseaux granivores, ce n’est pas l’insuline qui est la principale responsable du contrôle de la glycémie, mais le glucagon. Chez le perroquet diabétique, il semble que le glucagon fait augmenter le sucre sanguin anormalement.

Dans le but de régulariser la glycémie de Pierrot, son alimentation a tout d’abord été modifiée. Tous les fruits sucrés ont été retirés ainsi que tous autres aliments contenant du sucre. Des contrôles sanguins ont démontré que malgré cette intervention, son hyperglycémie (taux de sucre sanguin élevé) persistait. La seule option restante pour Pierrot était le traitement à l’insuline. Même si ce n’est pas un désordre de l’insuline qui cause le diabète des oiseaux, son administration aide quand même à faire descendre le taux de sucre sanguin. Pierrot reçoit maintenant deux injections d’insuline par jour, ce qui contrôle bien ses symptômes… pour l’instant. Chaque oiseau répond différemment à cette thérapie.

Le diabète est une maladie rare chez nos perroquets de compagnie. Il apparaît généralement spontanément et ce qui le déclenche est le plus souvent indéterminé. Une pancréatite, un cancer du pancréas ou du rein sont des causes possibles. On a aussi déterminé que l’injection de depo provera (médroxyprogestérone acétate) chez les femelles dans le but de contrôler leur production d’œufs a été associée à l’occasion avec le déclenchement d’un diabète. Ce produit devrait n'être utilisé qu’en tout dernier recours. L’utilisation de Leupron (quoique beaucoup plus dispendieux) est définitivement plus sécuritaire. Le diabète a été décrit, entre autres, chez la perruche, la perruche calopsitte, l’amazone, le gris d’Afrique, le ara, le cacatoès, le toucan, le pigeon et les oiseaux de proie.

 

Les symptômes classiques de cette maladie sont ce qu’on appelle les quatre "P"

 

  • Polyurie( surproduction d’urine)
  • Polydipsie( soif intense)
  • Polyphagie(appétit augmenté)
  • Perte de poids
     

Pour l’instant, le diabète demeure une maladie incurable. Le diagnostic de diabète se base sur les signes cliniques et une hyperglycémie et glucosurie (sucre dans l’urine) persistantes. Une glycémie élevée qui revient à la normale n’est pas inquiétante, car d’autres facteurs, non graves, peuvent faire augmenter le taux de sucre sanguin transitoirement (après un repas, stress, agitation). Un diabète temporaire a même été décrit chez la perruche calopsitte incommodée par une péritonite à jaune d’œuf. Le tout et rentré dans l’ordre une fois l’infection contrôlée.

Il est primordial d’apprendre à bien savoir observer les selles d’un perroquet. Une foule de renseignements s’y cachent. Les gens confondent souvent la polyurie et la diarrhée. Faire le bon diagnostic et traiter rapidement un oiseau malade assurent un meilleur succès thérapeutique. Pour Pierrot, l’avenir n’est pas nécessairement rose. Il est possible qu’avec le temps, il ne réponde plus à la thérapie avec l’insuline. Le seul espoir demeure la recherche. Peut-être qu’un jour, les percées scientifiques faites chez les humains pourront aider les oiseaux. Actuellement, espérons que la recherche dans le domaine aviaire se poursuive et donne des résultats.

 

 

 

© Manon Tremblay 2005

 

Photos
Dino, amazona aestiva, Diane Boudreau
Nymphicus hollandicus, François Goupil
Bébé, aratinga finschi, CAJV
Lili, amazona aestiva, CAJV