La chlamydophilose ou la chlamydiose
vue sous un autre jour


par Manon Tremblay DMV


 

Le vétérinaire évalue la condition du perroquet.

Alain et son épouse vivent depuis plus de 15 ans avec Jano, leur perroquet ara bleu et jaune. Entre deux acrobaties, Jano apprécie grignoter une croustille avec Alain ou se blottir dans son cou pour se faire cajoler pendant les matchs de hockey. Il y a deux semaines, Alain s’est infligé une mauvaise fracture à la jambe qui a nécessité une intervention chirurgicale complexe et plusieurs jours d’hospitalisation. Pendant sa convalescence à la maison, il passe la majeure partie de son temps en compagnie de Jano. Ils sont inséparables!

Malheureusement, Alain se fait hospitaliser à nouveau dix jours après son retour à la maison, incommodé par un malaise respiratoire. Il meurt à l’hôpital des complications d’une pneumonie grave un mois après son admission. À l’autopsie, le pathologiste est formel. Cause du décès: infection respiratoire compliquée causée par Chlamydia psittaci.

Le département de la santé publique est alerté et son enquête le mène à Jano. Le perroquet m’est présenté pour subir une évaluation médicale. Tous les tests effectués sont normaux sauf le résultat de sérologie pour la chlamydiose qui est positif. Jano est donc porteur asymptomatique de la maladie.

Alain et son épouse étaient depuis longtemps en contact avec les particules infectieuses de la bactérie, mais leur système immunitaire avait toujours réussi à éviter qu’une infection s’installe chez eux. Cependant, suite à son accident, le système immunitaire d’Alain s’était affaibli et a été incapable d’empêcher l’infection. De plus, des contacts plus fréquents et étroits avaient eu lieu entre les deux lors du repos à la maison. Cette situation a mis Alain beaucoup plus en contact avec les sources potentielles de la bactérie (particules aérosol provenant des selles et des sécrétions naturelles des narines, yeux et bec de Jano).

Il est dommage de constater qu’Alain aurait fort probablement survécu si ses médecins avaient été informés de la présence d’un perroquet dans son entourage et de la possibilité de contact avec la bactérie Chlamydia psittaci, compte tenu que Jano n’avait jamais été testé pour cette maladie.

Jano fut traité et vit maintenant chez la fille d’Alain.

 

La maladie

L’infection des humains par la bactérie Chlamydia psittaci cause une maladie encore mal connue. Les symptômes miment souvent ceux d’autres maladies comme le simple virus Influenza (rhume) ou d’autres bactéries qui s’attaquent normalement au système respiratoire. Plusieurs amateurs d’oiseaux en ignorent l’existence bien que le stade porteur soit communément rencontré chez nos oiseaux de compagnie. Le problème chez les oiseaux cause bien des casse-tête, car il n’est pas toujours facile à diagnostiquer, son traitement est onéreux et il est potentiellement transmissible aux humains. Le dépistage des perroquets demeure une pratique fortement recommandée et peut aider à prévenir des situations désastreuses.

Lorsqu’on parle de chlamydiose chez les oiseaux, plusieurs pensent en premier lieu à la MTS du même nom. Il n’y a cependant aucun lien entre les deux infections, hormis leur nom.

Pour bien comprendre, il suffit de savoir qu’il existe quatre espèces de bactéries portant le nom de Chlamydia et que chacune d’entre elles est responsable d’un problème de santé différent :
 

  • Chlamydia trachomatis: Agent responsable de MTS chez les humains.
     
  • Chlamydia pneumoniae: Agent responsable d’infections respiratoires chez les humains.
     
  • Chlamydia pecorum: Cause des problèmes de santé chez les ruminants (avortement principalement).


  • Chlamydia psittaci: C’est la bactérie responsable du décès d’Alain. Tous les perroquets y sont sensibles à des degrés variables. Elle peut aussi infecter une multitude d’autres espèces d’oiseaux. La chlamydiose est qualifiée de zoonose, car un oiseau infecté peut transmettre la maladie aux humains. Cette bactérie peut aussi causer des infections chez plusieurs mammifères sauvages et domestiques, quelques amphibiens ainsi que chez les arthropodes.

 

Le terme chlamydiose est couramment utilisé dans le vocabulaire populaire lorsqu’il est question d’une infection par Chlamydia psittaci chez les perroquets et chez les humains. Cependant, cette appellation est peu précise et décrit en réalité une simple infection causée par l’une ou l’autre des quatre bactéries appelées chlamydia. C’est donc un terme général et peu spécifique. Par contre, lorsque Clamydia psittaci infecte un animal (oiseau, mammifère ou autre) on devrait alors parler d’ornithose. Le mot psittacose devrait être réservé pour désigner la même maladie, mais chez les psittacidés seulement.

En réalité, il n’existe aucune règle formelle dans l’usage de ces termes et leur utilisation varie beaucoup d’un auteur à l’autre. Récemment, le nom Chlamydia psittaci fut changé pour Chlamydiophila psittaci.

On pourra dorénavant ajouter à la liste le mot Chlamydiophilose pour désigner cette maladie.

 

Une zoonose réelle

Aux États-Unis, 32 à 70 cas de Chlamydiophilose humaine sont signalés chaque année aux autorités de la santé. Chez eux, la maladie est à déclaration obligatoire dans plusieurs états. Au Québec, un seul cas fut rapporté au RAIZO (réseau d’alerte et d’information zoosanitaire du MAPAQ) en 2001. C’est bien, compte tenu de toutes les possibilités de contacts des humains avec des oiseaux potentiellement porteurs ou malades. Il est possible de croire que plusieurs infections passent inaperçues, ne sont pas diagnostiquées ou ne sont tout simplement pas rapportées.

Les gens au système immunitaire affaibli (personnes soumises à de grands stress ou très fatiguées, personnes porteuses du VIH ou prenant des médicaments antirejet suite à une greffe d’organe, personnes très âgées ou enfants très jeunes) courent un plus grand risque de développer la maladie lorsqu’ils sont exposés à la bactérie. Les gens au système immunitaire en parfaite condition ont beaucoup plus de chances de contrôler une invasion par la bactérie. Lorsqu’elle est diagnostiquée à temps, la chlamydiophilose humaine est traitable et très rarement fatale (moins de 1% des cas). Cependant, laissée sans soins appropriés, le taux de mortalité peut grimper à 15-20%.

 

L'oiseau infecté excrète les corps infectieux, notamment lorsque soumis à un stress.

Le cycle de vie de Chlamydophilla psittaci est compliqué

Chlamidophilla psittaci vit normalement à l’intérieur des cellules de son hôte. Cette vie intracellulaire, elle la fait sous la forme de corps réticulé responsable de la phase de reproduction de la bactérie. La bactérie choisit de préférence les cellules du système respiratoire et digestif pour se reproduire. Une grande quantité de rejetons appelés corps élémentaires sont remis en circulation dans l’oiseau et excrétés dans les selles, les sécrétions nasales, oculaires et buccales. C’est le stade infectieux de la maladie. Ces corps élémentaires ne peuvent pas se reproduire, mais sont infectieux et servent à contaminer d’autres individus. Il est important de savoir qu’ils sont produits par intermittence, principalement lorsque l’oiseau est soumis à un stress (son système immunitaire s’affaiblit). L’infection d’un autre oiseau, animal ou humain se fait par l’inhalation de ces particules en suspension dans les poussières. Une fois entrées dans l’organisme, elles se logent dans les cellules, se transforment en corps réticulés qui recommenceront un autre cycle. Les corps élémentaires survivent plusieurs mois dans l’environnement et sont résistants à la dessiccation. Pour cette raison, il n’est pas toujours facile de dépister la maladie. Tout dépend du test utilisé. Si par exemple le test est basé sur la recherche de particules de la bactérie dans les selles ou les sécrétions nasales, il peut s’avérer négatif alors que le perroquet est contaminé. Ce faux négatif signifie simplement que l’oiseau n’est pas en phase d’excrétion active de corps élémentaires au moment où l’échantillon a été prélevé. Il faut donc bien choisir son test de dépistage.

 

La maladie chez les humains

L’humain se contamine en inhalant des bactéries infectieuses ou par contact bec / bouche avec un oiseau infecté. L’incubation de la maladie est d’environ 5 à 14 jours, parfois plus. Si l’infection passe inaperçue chez certains, d’autres développent des symptômes graves:

  • Fièvre
  • Frissons
  • Maux de tête
  • Myalgie
  • Toux non productive
  • Souffle court
  • Serrement de poitrine
     

Plus rarement, la bactérie infecte le cœur (endocardite, myocardite), le foie (hépatite), les articulations (arthrite), les yeux (kérato-conjonctivite), le cerveau (encéphalite).
Chez la femme enceinte, la bactérie peut provoquer la mortalité fœtale.

 

La maladie chez le perroquet

L’incubation chez l’oiseau peut varier de 3 jours à plusieurs semaines. Certains perroquets ne développent la maladie qu’après plusieurs années suivant leur exposition à la bactérie. Tout ce temps, ils auront été porteurs asymptomatiques, excrétant des particules par intermittence.

Les symptômes de cette maladie sont très variables et non spécifiques. Ils miment souvent ceux des problèmes respiratoires ou digestifs. Leur gravité dépend de la virulence de la souche de la bactérie et de l'état immunitaire du patient. Un oiseau affecté aura un ou plusieurs de ces signes:

  • Léthargie
  • Anorexie avec perte de poids et déshydratations secondaires.
  • Plumage hérissé
  • Écoulement nasal et/ou oculaire (rhinite, conjonctivite)
  • Diarrhée verdâtre (entérite)
  • Urates jaunes (biliverdinurie secondaire à une hépatite)
  • Problèmes neurologiques secondaires à une atteinte du système nerveux central
  • Une baisse significative de la fertilité et des mortalités de bébés dans le nid sont à prévoir.
  • Chez la perruche calopsitte, la chlamydophilose provoque parfois une semi-paralysie.
  • Chez les très jeunes oiseaux, il se produit parfois une infection généralisée aiguë qui entraîne la mort rapidement sans qu’aucun signe n’ait été perçu.

 

Le dépistage de la psittacose s'effectue très bien chez le perroquet.

Prévention

La quarantaine des oiseaux nouvellement arrivés est primordiale. Un test de dépistage est fortement recommandé. De simples détails permettent d’éviter au maximum les situations à risques de contaminer.

  • Changer le papier de fond de cage fréquemment afin d’éviter que les selles ne sèchent et ne forment facilement de la poussière pouvant contenir des particules infectieuses. Humecter le papier avant de le manipuler est aussi recommandé.


  • Mouiller le plancher avec un désinfectant avant de passer le balai.


  • Ne pas passer l’aspirateur dans la pièce des oiseaux, car cela met facilement des poussières en suspension.


  • Nettoyer fréquemment les planchers avec une solution désinfectante. Un temps de contact de 5 minutes est recommandé.
     

Les particules contagieuses de Chlamydia psittaci sont désactivées par la chaleur et par différents désinfectants:

 

  • Ammonium quaternaire dilué 1 /1000 (quatsyl)
  • Alcool isopropylique 70%
  • Lysol 1%
  • Eau de javel diluée 1 / 100

 

Les vapeurs de ces produits sont irritantes. Assurez-vous de bien rincer et de ne pas les employer en présence des perroquets.

 

Références
RAIZO, réseau d’alerte et d’information zoosanitaire du MAPAQ, bilan 2001, vol.6, no1, juin 2002
Compendium of measures to control Chlamydia psittaci infection among human (psittacosis) and pet bird (avian chlamydiosis), 2001
Par VIN : Waltham / OSU Symposium for the treatment of small animal disease, update on avian chlamydiosis, Keven Flammer DMV, 1997
Western véterinary conférence note, Avian chlamydiosis, Brian L. Speer DMV, 2002

 

 

 

© Manon Tremblay 2005

 

Photos
Quita, ara bleu et or (ara ararauna), CAJV