par Marie-Josée Hamel DMV
Ce serait merveilleux, n’est-ce pas, si comme pour les humains un tel centre antipoison ou info-santé perroquets, ouvert 24 heures sur 24, existait?
Les perroquets, on le sait tous, sont curieux de nature et plusieurs plantes, vernis et objets souvent insoupçonnés représentent un danger potentiel pour eux. Que faire si mon perroquet avale une feuille de dieffenbachia? Est-ce toxique? Est-il en danger de mort? Qu’est-ce que je peux faire? Que faire aussi si la fumée a envahi ma cuisine parce que je viens de rater mon souper et que Coco se trouvait sur mon épaule lors de cette tragédie!!???
Pour sûr, l’idéal serait d'avoir une maison "non toxique" mais qu’est-ce qu’une maison non toxique? Et si par malheur, un accident ou une ingestion accidentelle se produit, que dois-je faire??? Il convient tout d’abord de savoir ou distinguer le vocabulaire des différents termes, question de bien se comprendre par la suite.
La toxicologie est la science qui étudie les effets et les mécanismes d’action des agents chimiques (toxines, produits, etc.) sur les systèmes vivants (oiseaux, mammifères, etc.).
Un agent chimique ou toxique peut être un poison (herbicide, insecticide, produit ménager, etc.) ou une toxine. Les agents toxiques peuvent être exogènes ou endogènes. Ils sont endogènes s’ils originent de l’intérieur du corps (par exemple, lorsque la bactérie E.Coli produit sa toxine qui endommage les tissus de nos intestins et provoque des crampes et de la diarrhée sévère). La toxine est exogène lorsqu’elle vient de l’extérieur du corps: par exemple, les détergents ou produits chimiques humains, herbicides ou autres ou par des plantes.
Une toxine est une substance (protéine) produite par une bactérie, une plante ou un organisme qui a des effets néfastes sur les autres organismes vivants. Les toxines sont produites le plus souvent par des animaux, des plantes, des bactéries et des moisissures. Les toxines peuvent donc être exogènes ou endogènes.
Tout d’abord, selon une étude américaine, les principaux agents toxiques que nos oiseaux ingèrent, par ordre d’importance, sont écrits ici.
- 27% Métaux lourds
- 25% Pesticides
- 25% Produits nettoyants
- 12% Plantes
- 11% Médicaments et drogues
Bien identifier l’agent toxique responsable, c’est bien, mais pas toujours évident et comment reconnaître que mon oiseau a été intoxiqué, voilà qui est important !
Les intoxications ne produisent pas toujours des symptômes immédiats. Dans plusieurs cas chez les perroquets, les symptômes apparaîtront graduellement parce que les agents toxiques s’accumuleront graduellement dans le corps de l’oiseau (par exemple, lorsqu’il y a des intoxications par les métaux lourds comme le plomb ou le zinc), d’où l’importance d’une vigilance de tous les instants.
Ces signes sont malheureusement vagues et non spécifiques à une intoxication en particulier, mais il faut néanmoins en tenir compte car vous savez depuis longtemps déjà que les oiseaux cachent leurs symptômes et que lorsqu’ils les extériorisent, c’est que leur système n’en peut plus et que la maladie est déjà présente et en progression depuis quelques jours, voire quelques semaines.
Perroquet gonflé, apathie, faiblesse, anorexie, diarrhée, difficulté à respirer, vomissement, régurgitation, polyurie, polydipsie, perte de poids, cyanose, saignements, spasmes, tremblements, convulsions, l’oiseau se tient dans le fond de sa cage.
Si vous soupçonnez que votre petit perroquet a été en contact avec un produit toxique ou a avalé ou pourrait avoir avalé quelque chose, ayez ces renseignements à portée de main lorsque vous communiquerez avec votre vétérinaire ou lors de la consultation professionnelle avec votre oiseau:
- Le nom du produit ou de la plante avalé ou en contact avec l’oiseau.
- L'âge et le sexe du perroquet.
- A-t-il déjà subi un examen, est-il présentement sur médication et quelle est la prescription?
- A-t-il subi un trauma, un déménagement ou une chirurgie?
- S’il a avalé quelque chose, à quand remonte l'ingestion?
- Quelle quantité soupçonnez-vous que l’animal a avalée?
- Quand les symptômes cliniques ont-ils commencé?
- Quels sont les symptômes? Sont-ils progressifs ou stables?
- Dans quel environnement l’oiseau vit-il? Volière faite à la main, cage artisanale, etc?
- A-t-il de nouveaux compagnons ailés dans la maison? Depuis combien de temps?
- Avez-vous changé sa diète? Est-ce que sa nourriture sent mauvais?
- Comment sont ses fientes? (n’oubliez pas d’apporter le papier du fond de sa cage des dernières 24 heures lors de votre visite, cela peut être utile au vétérinaire).
- Depuis combien de temps avez-vous l’oiseau, d’où vient-il?
- Instiller à l’aide d’un compte-gouttes de la saline physiologique goutte à goutte dans les yeux pour une demi-heure. Si l’oiseau garde son œil fermé ou s’il y a du sang présent, CONSULTEZ UN PROFESSIONNEL.
- Laver doucement l’oiseau avec une solution deux tiers d’eau tiède et un tiers de savon à vaisselle doux (style Dawn ou Dove).
- Rincer et répéter l’opération au besoin.
- Ne pas oublier de procurer à l'oiseau un endroit chaud et confortable pour qu’il récupère
et ne prenne pas froid après les bains.- S’il y a une substance collante adhérant aux plumes (colle, crazy glue, peinture, etc.),
- ÉVITEZ d'utiliser du gaz à briquet ou de la térébenthine. De grâce, cela est excessivement
toxique!!!!- N’hésitez pas à mettre à l'oiseau un petit collier élisabéthain pour éviter l’ingestion des
matières collées sur ses plumes.
- Retirez immédiatement l’oiseau de la pièce.
- Installez-le dans un endroit bien aéré et ventilé, mais au chaud toujours!! S’il présente toujours des symptômes de difficultés respiratoires après quelques minutes, consultez un professionnel.
- Ne pas faire vomir, car l'oiseau va irriter son jabot deux fois plutôt qu’une et il pourrait ravaler; ses voies respiratoires pourraient être attaquées et il risque de s'étouffer.
- L’idéal sera de consulter. Selon la substance avalée, le vétérinaire devra stabiliser l’oiseau s'il est en détresse et/ou procéder à certains tests diagnostiques et administrer alors les drogues et traitements qui s’imposent.
Il existe des multitudes de produits toxiques pour les perroquets et ceux qui sont énumérés ici ne sont que les plus fréquents. Dans le doute, n’hésitez surtout pas à consulter une personne ressource.
Intoxication aiguë ou progressive selon la quantité et la
concentration en métaux lourds absorbés.
Sources:
- Peinture écaillée
- Peinture à l'huile d’artiste peintre
- Poids de ligne à pêche
- Stores vénitiens
- Attache métallique de bouteille de vin ou champagne
- Matériel de soudure ou de plomberie
- Lampe Tiffany
- Cartouche d’arme à feu
- Glaçure de bol en céramique
- Linoléum
- Peinture sur les antiquités ou autres objets avec des soudures ou joints métalliques
- Le recouvrement arrière des miroirs…
Le plomb s’infiltre dans les tissus et dans les os de
l’oiseau et il est excrété par les reins.
Ce métal produit des symptômes affectant les systèmes nerveux,
rénal et digestif, séparément ou tous à la fois. Le vétérinaire
peut parfois, à l’aide de la radiologie, voir les particules
suspectes dans le système digestif de l’oiseau.
Intoxication aiguë ou progressive
Sources:
- Cage en acier galvanisé
- Quincaillerie
- Contenants de cuisine (bols à mélanger)
- Monnaie américaine après 1983
Signes cliniques: tous ceux mentionnés ci-dessus dans les symptômes à observer.
Apparition des signes cliniques rapides (en général les signes cliniques apparaissent de quinze minutes à une heure après l’ingestion): excitation, salivation, vomissement, tremblements pouvant même aller jusqu’à l’arrêt cardiaque et la mort.
Apparition des signes cliniques : rapide
Si contact cutané : rougeur, enflure, douleur et ulcération de
la peau.
Si contact oculaire : irritation légère à ulcération de la
cornée.
Si ingestion : ulcération et nécrose de la langue, du pharynx et
de l’œsophage.
Intoxication rapide.
Râles respiratoires, ataxie, dépression, apathie et souvent
décès rapide.
Les feuilles, le fruit, la pelure et les graines sont
toxiques.
L’ingestion chez les petits oiseaux: détresse respiratoire,
congestion généralisée, liquide autour du cœur (hydropéricarde)
et décès. Les signes cliniques surviennent environ douze heures
après l’ingestion. Chez les plus gros oiseaux, les signes sont
plus vagues: oiseau gonflé, apathique, difficulté respiratoire.
Dieffenbachia, Philodendron, Lys, Schefflera, Clématite
Les oiseaux jouent habituellement avec les plantes et ne les
ingèrent pas nécessairement, mais la surveillance étroite est
toujours de mise; si possible, éviter de les exposer inutilement
à cette source d’empoisonnement est toujours préférable. Les
signes cliniques apparaissent assez rapidement après ingestion.
Signes cliniques: régurgitation, anorexie, irritation de la
bouche, difficulté à manger.
L’automédication est malheureusement trop fréquente de la part de monsieur et madame-tout-le-monde et elle est quelquefois mortelle pour nos perroquets. On ne peut, sans risque, administrer un médicament humain ou pour un autre animal à nos oiseaux: certains sont toxiques et d’autres complètement inutiles et de plus, ils ne feront qu’aggraver l’état de santé de notre animal.
Avant de prescrire un médicament, tout comme pour notre médecine à nous les humains, le vétérinaire doit procéder à un examen minutieux et à certains tests diagnostiques parfois indispensables afin de prescrire adéquatement, et avec le plus de justesse possible, la bonne médication. Il doit aussi conseiller de revoir l’animal en réévaluation afin de s’assurer de la bonne voie de guérison de son patient et, dans certains cas, continuer, ajuster ou ajouter d’autres médicaments indispensables.
Les perroquets sont des petits cachottiers et une observation minutieuse de votre part ainsi qu’un examen physique de votre compagnon permettra de le guérir.
Plusieurs autres intoxications sont possibles: aux herbicides, à l’alcool, aux insecticides, etc. L’important est d’éviter l’accès à tous ces produits et de prévenir les expositions futures.
Autant de poisons, autant de traitements possibles!
Comme dit précédemment, il n’est pas toujours facile
d’identifier rapidement la source de l’empoisonnement: soit
qu’on n’a pas vu notre oiseau avaler le produit parce qu’on
était absent et aussi parce que les symptômes sont vagues et
souvent non spécifiques. Le vétérinaire se doit alors de
procéder à des analyses radiologiques, sanguines (dosage de
métaux lourds, biochimie, frottis sanguins, hématologie) et
cytologiques des sécrétions de l’oiseau en plus de l’examen
général.
Ces étapes de diagnostic sont essentielles en vue d’établir le plus rapidement possible l’état physique externe et interne de l’oiseau, afin de le décontaminer et de lui administrer les traitements et antidotes (s’ils existent) les plus appropriés, et ce, dans le délai le plus court possible.
Examen à distance de l’oiseau: convulsions? difficultés respiratoires ? hémorragie?
Traitements urgents (hospitalisation du patient nécessaire):
a-Stabiliser l’oiseau: oxygène, chaleur, hydratation, contrôle
des convulsions ou autres symptômes par des médicaments de
classes thérapeutiques appropriés.
b- Prévenir l’absorption du produit inhalé ou en contact avec la
peau ou les yeux ou le système digestif. Pour ce faire, un
lavage des surfaces en contact, un lavage du jabot et l’ajout
d’agents absorbants comme le charbon activé ou autres produits
cathartiques..
Si le produit consommé a un antidote connu, alors l’usage de ce
produit spécifique est institué dans le protocole de traitement.
Une fois le patient stable, la prise d’une anamnèse complète s’impose: âge, sexe, problème de santé, médication prise, dose. Qu’est-ce que l’oiseau a ingéré ? Depuis combien de temps? Quand les signes ont-ils commencé? Etc…
Quelques fois, plusieurs heures ou jours d’hospitalisation sont nécessaires pour bien stabiliser l’oiseau et éviter ou minimiser des séquelles physiques et/ou nerveuses quelquefois permanentes.
Malheureusement, dans quelques cas, des décès surviennent et
ce, malgré toute la bonne volonté du propriétaire à reconnaître
les symptômes de l’intoxication, du vétérinaire et de son
personnel spécialisé à les soigner. Dans ce cas, une nécropsie
pourrait être effectuée avec des prélèvements sanguins si le
vétérinaire le juge nécessaire afin de préciser, si possible, le
diagnostic et ainsi éviter d’autres fâcheux événements.
© Marie-Josée Hamel DMV 2005
Photos
Elmo, ara macao, CAJV
Sylvie, amazona aestiva, Marcel Julien
Nymphicus hollandicus, François Goupil
Milo, ara militaris, Carole Boulay
Edgar, poicephalus gulielmi, Jeanne Bessette
Faites plaisir à un être cher...
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Johanne Vaillancourt
536 pages
