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Cacatomopolitain

Le magazine du perroquet d'aujourd'hui

Discutons un peu



La parlure perroquoise

par Arianne

 

cacatoès noel

Cela fait bientôt trois heures que je me dandine devant le comptoir… J’aimerais monter voir la vue là-haut, boire de l’eau à la champlure, mais personne n’a l’air de comprendre! Pourtant, j’émets de jolis petits "cwack" pour attirer l’attention. Mais les humains n’ont pas l’air de comprendre mon langage...

"Les perroquets, ce sont bien les oiseaux qui parlent, n’est-ce pas?" Bien sûr que nous parlons! Et notre langue primaire est le perroquet, qu’on se le dise! C’est en soi une langue très polyglotte, car il faut bien être un humain pour croire que le langage ne comporte que des mots, inventés (par l’humain de surcroît)! Si ces pauvres humains savaient quelle renommée ils ont dans le monde des animaux! Nous, qui avons un langage international, plus un langage par espèce, puis par tribu, par clan, par famille et enfin par couple, nous trouvons les humains tellement pauvres dans leurs façons de se comprendre. Je dis de se comprendre, car ils ne savent même plus qu’ils ont jadis connu ce langage international de toutes les créatures, et pourtant ils l’utilisent sans s’en rendre compte.

Pour un humain normal, il n’y a que les mots qui comptent, et encore, ceux que sa famille puis son groupe social lui ont appris. Et pourtant, le langage, expression de ce que l’on ressent et de ce que l’on pense, est tellement plus vaste! Chez nous, les animaux, tous les langages naturels possibles sont utilisés. Un regard, une position physique, une démarche, une action, une image que nous pensons et transmettons, une émotion, tout traduit notre état d’être, et est parfaitement compréhensible par les autres animaux. Bien sûr, chacun a des cris qui lui sont particuliers. Les sons "chien" se rapprochent de ceux des autres canidés, mais diffèrent totalement de ceux des oiseaux. Encore qu’il y ait des ressemblances: qu’un bête humain marche sur la queue du chien, du chat ou de l’ara, il aura le même son ou presque!

Commençons par effacer un mythe: celui qui répète, ce n’est pas le perroquet, mais en général son humain, qui reprend exactement tous les sons que son perroquet peut faire! Ceci prend beaucoup moins de temps qu’attendre le premier mot d’humain que le perroquet prononcera. Entre nous, perroquets intelligents, n’est-ce pas ce que vous avez tous remarqué? Qui d’entre vous n’a pas le parfait humain, qui répète tous nos "cwack", "arrra", sifflements et caquètements? Et cela nous amuse beaucoup, bien évidemment. Que c’est facile d’apprendre à un humain à faire des tours et des trucs!

cacatoès des Moluques après le vol

Cela dit, il répète, il répète encore, mais il ne comprend pas ce qu’il dit. La règle de base pour devenir bilingue perroquet-humain, c’est l’observation. Et cette règle est valable dans les deux sens. La seule différence est que nous autres les perroquets captifs n’avons rien d’autre à faire que d’observer les humains, tandis que l’humain n’a guère le temps de nous observer. Donc, nous apprenons plus vite à décoder notre humain que l’inverse.

Dans la nature, les perroquets vivent en bandes, parfois de centaines de perroquets de la même race. Nous avons alors un langage complet très bien établi, variant beaucoup selon la race, mais aussi, à l’intérieur de la même race, selon la bande à laquelle nous appartenons. Mais lorsque nous vivons, souvent seuls ou à deux ou trois perroquets de races différentes, avec des humains, il faut que nous adaptions ce langage à nos principaux interlocuteurs: les humains. Après tout c’est d’eux que nous dépendons entièrement pour la nourriture et même la douche.

Le gros problème est que l’humain est en quelque sorte à l’opposé de nous dans la chaîne alimentaire. Lui se nourrit de tout; nous, nous servons fréquemment de repas aux autres. L’un est un prédateur, l’autre une proie. Or il y a une énorme différence entre les deux: le prédateur pense à attaquer, pour se nourrir comme pour se défendre, tandis que la proie pense à se sauver. De cette différence fondamentale découlent des particularités d’expression remarquables. Et la compréhension mutuelle en prend un sacré coup si on ignore cette différence. Par exemple, l’homme a très rarement besoin de faire peur aux autres, et si vraiment besoin est, il fait rouler ses puissants biceps pour impressionner. Le perroquet n’a même pas de biceps! Par contre, il a très souvent besoin de faire peur, pour essayer de décourager un éventuel prédateur. Le cacatoès des Moluques est assez bien équipé pour ce genre de parade: aigrette fluo érectile, plumes gonflables, sifflement se rapprochant des crachats de chats…

cacatoès et son humain

Les autres perroquets ne peuvent que faire des mimiques de bec et gonfler un peu leurs plumes. Mais bon, ça ne fait pas peur à beaucoup de monde, sauf peut-être aux humains non avertis. Ce genre de parade est réflexe, inné, tout comme l’homme met instinctivement les mains devant la tête pour se protéger advenant un choc.

Mais voilà, l’humain ignorant la condition de "perroquet- casse-croûte" se méprend parfois sur ces parades et les tourne en jeu: "Oh! Qu’il est beau Coco!, C’est bien", dit-il au cacatoès tout hérissé qui crache à qui mieux mieux. Remarquez qu’avec le cacatoès, cette puce qui se prend pour le dictateur du monde entier, ça peut avoir du bon… Coco va détourner son attitude "Godzilla la terreur" en numéro de clown, et comme il en retirera de la belle attention, il oubliera d’aller vraiment martyriser les invités.

Cependant, dans d’autres cas, ce n’est pas un jeu, mais vraiment l’expression d’une peur qui peut rapidement dégénérer en panique. Il y a vraiment quelque chose d’effrayant dans l’ambiance de votre perroquet, quelque chose qui est une menace pour sa vie, et attention! Un perroquet défend très chèrement sa vie! Garez les doigts, les oreilles, tout ce qui peut s’attraper et se mordre.

Pourquoi en arrive-t-on là? À cause d’un énorme défaut de compréhension de la part de l’humain. Il n’a pas fait attention à la frayeur puis à la détresse qui s’emparait de son perroquet. Il n’a sans doute pas pris le temps assez d’étudier son langage au moins corporel, et il ne se met pas assez en état de percevoir les émotions de son perroquet. Que le perroquet soit empathique – c'est-à-dire qu’il soit capable de ressentir les émotions d’un autre individu - c’est connu. L’homme a juste tendance à oublier qu’il a aussi cette capacité. S’il la travaillait un peu, se forçant à se rendre réceptif aux états émotionnels de son perroquet, il lui arriverait sans doute beaucoup moins de problèmes!

toilettage cacatoès des Moluques

J’aimerais vous donner un truc, à vous, humains, parents de perroquets: Lorsque vous voulez faire quoi que ce soit avec votre oiseau, décidez d’abord clairement dans votre tête de ce que vous voulez faire, et comment vous allez le faire. Ensuite, approchez votre oiseau et dites-lui ce que vous voulez faire avec lui, que ce soit un jeu ou une coupe de griffes. Assurez-le que vous êtes parfaitement maître de la situation, que vous savez exactement ce que vous allez faire, que vous ne lui ferez absolument pas mal, et que c’est pour son bien.

Mais attention! Soyez-en profondément persuadé vous-même, sans quoi le perroquet ressentira votre hésitation, votre manque d’assurance, et commencera déjà à avoir peur! Et savez-vous quoi? Cette règle d’or fonctionne aussi avec tous les autres animaux, avec les enfants, et même avec les maris! Essayez, et vous verrez!

Ariane

 

 

 

Photos
Arianne, cacatoès des Moluques (cacatua moluccensis), Christine Cadoux

 

© Les éditions du perroquet anarchiste 2005
ISSN 1715-6335
Dépôt légal 2e trimestre 2005
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada

 

 

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