Les bactéries et le perroquet


par Manon Tremblay DMV


 

Le perroquet peut-être porteur ou victime de maladies.

Jules et les bactéries

Jules est un adorable bébé cacatoès à huppe blanche (cacatua alba). Il vit pour l’instant dans une animalerie du quartier et reçoit de nombreux visiteurs charmés par sa personnalité. Il quémande les caresses et n’hésite pas une seconde à sauter dans les bras du premier curieux qui s’approche de son perchoir pour aller se blottir dans son cou. Il frétille de plaisir quand on le gratte sous les ailes et accepte volontiers tous les bisous qu’on lui donne. Cependant, le comportement amical du perroquet n’est pas sans risque: tous ceux qui l’approchent et le manipulent peuvent transporter sur eux des agents infectieux tels les virus et les bactéries.

Nous ne sommes pas sans savoir que notre environnement est envahi par des millions et des milliards de ces minuscules organismes dont certains sont pathogènes, la majorité étant, heureusement, inoffensifs. Ces micro-organismes ne peuvent pas se déplacer de façon autonome sur de longues distances. C’est ainsi que le concept de vecteur entre en jeu.

Un vecteur (ou transporteur) est une entité qui transporte sur elle des micro-organismes d’un endroit à un autre. Par exemple, le vent peut pousser des virus d’un poulailler à l’autre et permettre la propagation d’une épidémie chez les volailles. Même si les bâtiments sont à plusieurs kilomètres l’un de l’autre, la contamination reste possible. Les insectes, les animaux et la vermine sont d’autres vecteurs possibles.

Ainsi, par extension, il est facile de réaliser que l’humain lui aussi peut servir de vecteur et transporter des micro-organismes. Si par exemple, Jules est porteur asymptomatique d’une maladie (la chlamydiose), il émet dans son environnement des bactéries qui se colleront aux mains et aux vêtements de ceux qui le manipulent. Si ceux-ci ne se lavent pas les mains et ne changent pas de vêtements une fois chez eux, ils risquent fort de contaminer leur oiseau. La situation inverse est tout aussi valable. Si Jules est en parfaite santé, il pourrait bien se faire contaminer par des gens qui ont fait la tournée des animaleries en touchant à tout ce qui est vivant, et ce, sans avoir pensé à se laver les mains. De plus, beaucoup de cas de propagation des maladies ont été causés par des éleveurs qui laissent entrer trop facilement les gens dans leur élevage de perroquets. Comment être sûr que ceux qui nous rendent visite n’arrivent pas d’un autre élevage où sévit un problème? La prudence est de mise.

 

La règle d’or réside donc dans l’application des règles fort simples d’hygiène

 

  • se laver les mains après avoir manipulé un perroquet inconnu.
     
  • laver ses vêtements et prendre une douche après la visite d’un local qui contient beaucoup d’oiseaux; portez une attention particulière aux chaussures qui peuvent être souillées de matières fécales.désinfecter et nettoyer les jouets et les accessoires dans l’environnement de l’oiseau.

 

Le simple fait de sortir à l’extérieur, l’hiver, ne détruira malheureusement pas les virus et les bactéries présents sur les vêtements. Les agents infectieux pathogènes sont parfois très stables dans l’environnement et ne sont pas tous désactivés par un seul et même produit désinfectant.

 

Voici une liste d’agents infectieux communs, leurs caractéristiques et les moyens de les éradiquer

 

  • Polyomavirus: stable dans l’environnement et résistant à 56 degrés pendant 2 heures. L’eau de Javel et les désinfectants à base de phénols efficaces.


  • Poxvirus (variole): très stable, jusqu’à un an, dans le sol. La vapeur et le phénol 5% sont efficaces.
    Salmonelle: stable, de 8 mois à 2 ans dans les matières fécales; plusieurs désinfectants sont efficaces. Une température de plus de 60 degrés tue la bactérie.


  • Chlamydia (chlamydiose): stable plusieurs semaines dans l’environnement. La chaleur, les ammoniums quaternaires, la formaline 1% et le glutaraldehyde sont efficaces.


  • Virus du PBFD (psittacine beak and feather disease) : très stable dans l’environnement; l’eau de Javel à 10% et l’iode semblent avoir une certaine efficacité.
     

Conscient des limites des produits désinfectants, il est maintenant plus facile de comprendre l’importance du choix judicieux de ces derniers selon les situations. Une compagnie sérieuse doit inscrire clairement la liste des agents pathogènes détruits par son produit.

 

Voici un guide qui présente, en résumé, les différentes caractéristiques des produits désinfectants les plus communs.

Pour plus de détails, on devra se référer aux instructions accompagnant le produit qu’on désire utiliser.

    eau de javel

  • Eau de Javel: bonne efficacité contre plusieurs bactéries et virus; efficacité modérée contre les spores de fongus et de bactéries; à la concentration de 1/32, elle a une bonne efficacité à condition de l’appliquer sur une surface propre. Les rayons UV diminuent son pouvoir d’action. Ses vapeurs sont très irritantes, il est donc impératif de bien rincer et de bien ventiler.


  • Chlorexidine (Hibitane): bonne efficacité contre plusieurs bactéries, fongus (candida) et quelques virus; efficacité diminuée par la présence de débris organiques; non irritant pour la peau, il peut servir, si dilué, à désinfecter les plaies. Ne jamais mettre en contact avec l’eau de Javel avec laquelle il crée une violente réaction chimique.


  • Désinfectant: glutaradehydes

  • Glutaraldehyde: efficace contre plusieurs bactéries et virus; efficace contre la chlamydia; très irritant: à utiliser avec précaution.


  • Iode (Proviodine, Betadyne): efficace contre plusieurs bactéries, quelques virus et les fongus; s’emploie surtout pour désinfecter les plaies.


  • Phénols (Lysol): efficace contre plusieurs bactéries et fongus ainsi que quelques virus; irritant pour la peau et le système respiratoire; bien ventiler.






  • Désinfectant Parvosol

  • Ammoniums quaternaires (Parvosol): efficaces contre plusieurs bactéries, quelques virus et la chlamydia. Efficacité diminuée par les savons. Bien ventiler et bien rincer. Si l’oiseau ingère ou inhale ce produit, une paralysie respiratoire et le décès peuvent survenir.


  • Alcool (éthanol 70%): efficace contre plusieurs bactéries et virus, mais le temps de contact doit être de 20 minutes ou plus. Vapeurs irritantes.
    Formaline et Formaldehyde: extrêmement dangereux et toxiques, ne pas utiliser comme désinfectant.

 

À la lecture de tout ce texte, on se demande quel désinfectant est le meilleur pour la maison. Il est bien facile de se perdre dans tous ces produits. En bref, l’eau de Javel ou la chlorexidine demeurent de bons choix. Bien entendu, rien ne remplace le bon vieux savon pour enlever les débris et bien nettoyer.

En résumé, si on empêche les virus et les bactéries de voyager sur nous, si les perroquets subissent des tests de dépistage des maladies contagieuses et si leur environnement est propre, bien des désagréments pourront être évités et tous les petits Jules ne s’en porteront que mieux.

 

 

 

© Manon Tremblay 2005

 

Photo
Mae-west, cacatoès blanc (cacatua alba), CAJV