L’attaque de Petit Willy le chien


par Manon Tremblay DMV


 

perruche calopsitte

Charlie la perruche calopsitte, venait tout juste de se faire tailler les ailes. Beaucoup trop courtes, il va sans dire, car il n’arrivait même plus à planer. Il tombait par terre comme une roche lorsqu’il tentait de s’envoler. Un peu déçue par la coupe drastique, Denise avait pris la résolution de ne plus faire tailler les plumes de son oiseau. Après tout, il se comporte bien lorsqu’il vole dans la maison.

Ce matin-là, Denise remit Charlie dans sa cage juste avant de quitter pour son travail. Elle ne laissait jamais l’oiseau libre quand elle n’était pas là pour surveiller. Dans la maison, il n’y avait pas seulement Charlie. Il y avait également Petit Willy, le Yorkshire-terrier. Le petit chien entretenait envers l’oiseau une haine et une jalousie à peine dissimulée. Il aurait bien voulu obtenir l’exclusivité des compliments et des câlins mais il devait partager avec le volatile de malheur. Ça le rendait aigri et rancunier.

Distraite, Denise qui était en retard oublia de verrouiller la porte de la cage de Charlie. À quel moment de la journée Charlie décida-t-il qu’une balade dans la maison serait bien plus intéressante que de rester sagement dans sa cage à attendre le retour de sa maîtresse? On ne pourrait dire exactement. Mais comme une porte de cage non barrée est pour lui l’équivalent d’une porte ouverte, Charlie se retrouva libre. Comme à son habitude, il a certainement essayé de voler de sa cage au divan. Il adore s’y installer et regarder par la fenêtre. Mais malheureusement, il tomba plutôt par terre. L’occasion était trop belle pour Petit Willy. Il allait enfin pouvoir se venger. Comme c’était pratique pour lui que Charlie ne puisse plus voler.

Le chat tout comme le chien est porteur de bactéries mortelles pour les perruches et perroquets.

À son retour à la maison, Denise trouva une cage vide et beaucoup de plumes éparpillées çà et là. Petit Willy la regardait innocemment. Enfin, un petit cri venant de dessous le divan lui fit comprendre que son pauvre Charlie était encore de ce monde, mais dans quel état? Charlie fut apporté d’urgence chez le vétérinaire. Plusieurs plaies de morsures étaient visibles sur le dessus de la tête et du dos du perroquet qui avait été dégarnis de plumes. Aucune fracture ou hémorragie interne ne fut décelée à l’examen. Cependant, l’oiseau était somnolent et portait son plumage gonflé. Son jabot était totalement vide: il n’avait donc pas mangé depuis quelques heures. Charlie fut mis en incubateur et des soins lui furent prodigués (fluides, antibiotiques, antidouleur, gavages). Les risques d’infection étaient très élevés. Les bactéries présentes dans la gueule des chiens sont très dangereuses pour les oiseaux. Le contact de la salive de Petit Willy avec la peau déchirée de Charlie a permis l’inoculation d’un grand nombre de ces bactéries. Sans traitement adéquat, ces bactéries prennent en moyenne 24 à 48 heures pour se multiplier et causer éventuellement une infection fatale.

Un chien peut blesser un perroquet intentionellement ou non.

Les oiseaux attaqués ne meurent pas nécessairement de leurs blessures mais de la septicémie (infection généralisée qui se propage par le sang) qui s’en suit. Des études menées chez les humains ont démontré que plusieurs bactéries peuvent être transmises lors d’une morsure: Pasteurella, Streptococcus, Staphylococcus, Neisseria, Corynebacterium, Moraxella, Enterococcus, Fusobacterium, Bacteroides, Porphyromonas, Prevotella, Propionibacterium, Peptostreptococcus. De tous ces microorganismes, trois bactéries sont plus fréquemment isolées des plaies de morsures infectées: Staphylococcus aureus, Pasteurella multocida et des coccies anaérobies. C’est Pasteurella multocida qui semble être la plus à craindre. En présence d’une souche virulente, une septicémie provoque la mort rapidement. Les souches moins virulentes ont le temps de visiter les poumons, le foie, les reins, la rate et le cœur. Les toxines produites par la bactérie endommagent définitivement ces organes. Tenter de traiter soi-même un oiseau mordu en utilisant un restant d’antibiotique trouvé dans la pharmacie est hasardeux. Les cas de résistance aux antibiotiques ne sont pas rares. Une combinaison de deux antibiotiques spécifiques est souvent nécessaire.

Charlie a eu de la chance. Quelques jours à l’hôpital auront suffi à le remettre sur pied. Six semaines après l’attaque terroriste de Petit Willy, plus rien n’y paraît. Charlie est tout beau et Denise a tenu sa résolution: Charlie n’aura plus les plumes d’ailes taillées.

 

 

 

© Manon Tremblay 2007

 

Photos
Perruche calopsitte (nymphicus hollandicus), CAJV
Hubert, gris d'Afrique (psittacus erithacus erithacus), Frédéric Faure
Quita, ara bleu et or (ara ararauna), CAJV